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La Restitution, l’oeuvre de la mémoire.

vendredi 3 mai 2013

La Restitution est un roman d’Hadrien Laroche, écrivain français, et paru en Âout 2009 aux éditions Flammarion. Cette oeuvre est la dernière d’un triptyque composé de : Les Orphelins (2005, éd. Flammarion, Les Hérétiques (2006, éd. Flammarion) et La Restitution.

Dans ce livre, le prologue (intitulé "prologue sarmate") ouvre le récit afin de nous mettre dans l’ambiance de l’histoire. Cette oeuvre est fractionnée en "journées"dont le protagoniste, Henri Berg, nous les décrit par le biais d’un point de vue interne, et par l’utilisation du "je". Trois journées se passent et sont nommées chacune d’entre elles : la première s’intitule "Spoliation", la seconde "Servitude", et la dernière "Signature". Enfin, le récit se termine par un épilogue nommé "l’isthme". Les titres de ces journées ne sont pas choisis au hasard, et forment des étapes à passer pour l’auteur, dans ce récit.

Pour comprendre en partie le titre de l’oeuvre, définissons ce terme de "Restitution". Dans un sens historique, ce terme renvoie aux spoliations des juifs, durant la période de l’Holocauste (1939-1945). Aujourd’hui, la question de la restitution au sens mémoriel constitue l’unique reste juridique, matériel et économique et appelle à l’interrogation de la Shoah. Mais le personnage de Berg déclarera lui-même : "la restitution du passé est délicate, voire impossible" .

Les portraits des personnages principaux sont établis de façon légère, mais sont essentiels dans le récit. Le premier est celui de Letitia, la réceptionniste de la pension dans laquelle l’auteur va séjourner, ce dernier va également rappeler quelque élément familiaux à propos de ce personnage, à savoir que "son grand-père tenait un magasin de fourrures" et que "sa grand-mère était modiste". Cette jeune femme est un peu la bonne à tout faire de la pension puisqu’elle s’occupe et éduque les enfants, elle va aussi faire les courses etc, mais c’est surtout le seul vrai personnage féminin dans ce récit. Il est essentiel de voir que chaque éléments des portraits des autres personnages est aussi pour le narrateur, un moyen d’évoquer le peu de souvenirs des liens qu’il lui reste, puisque avec l’évocation du grand-père de Letitia, il dira que son grand-père à lui "était collabo’".
Le second portrait est celui de son meilleur ami Herbert Morgenstern qui consacre sa vie à tenter d’accepter le drame vécu par son père lors de la Shoah ; ce qui amènera le narrateur à évoquer la spoliation des juifs, comme celle des œuvres d’arts, sujet principal de ce récit tout autant que la quête identitaire à travers les souvenirs, la restitution.

La perte des biens matériels du narrateur va être essentielle dans le récit, elle ne sera donc pas le résultat d’un pur hasard. Nous avons la sensation que le fait de perdre quelque chose est un moyen de restituer ses souvenirs. Chaque objet tend à une signification particulière dans le récit ; l’oubli du porte-feuille sera la plus équivoque puisque à la fin, le narrateur va se rendre compte qu’il fallait perdre ses papiers pour se retrouver. L’imper qu’il va acheter dans un dépôt-vente est la cause de la perte de ses papiers du fait que les poches soient trouées. Cependant, ces dernières pourraient faire référence aux souvenirs qui manquent dans sa mémoire, mais il ne va jamais recoudre ces poches et cela pourrait illustrer un moyen de tout faire pour se rappeler, pour restituer cette mémoire, retrouver ses souvenirs épars çà et là, et ne pas reproduire la même erreur que son père qui était de mourir de ne pas savoir.

L’évocation du sujet des Signatures dans ce récit est tout aussi importante. Le père de Berg a vendu son nom, cela lui apparaissait important afin de se retrouver " en vendant son nom, H.Berg cherchait à coïncider avec soi-même ". Vendre son nom serait un moyen de se détacher des liens de toute sorte pour échapper à cette spoliation. L’histoire de son père est essentielle pour répondre à la question qui demeure " la mémoire peut-elle être spoliée ou non ? " La mémoire semble la seule chose qui reste aux personnes qui ont vécu cette période de spoliation nazie, et la restitution servirait à retranscrire ces souvenirs demeurant importants afin de se retrouver mais surtout de témoigner. Cependant, le protagoniste va nous démontrer que la mémoire peut effectivement être volée " on a volé la mémoire de mon père comme je fus pillé de la mienne ". Le narrateur semble restituer le peu de souvenirs qu’il lui reste, et cette figure paternelle paraît importante dans le récit, mais l’ambiguïté demeure puisqu’il va s’interroger sur la véritable identité biologique de son père et qu’il sera tout aussi heureux de se sentir dépossédé de ses origines, comme s’il allait enfin pouvoir renaître de ses cendres, tel un phœnix. Remarquons que la figure de la mère est vue comme néfaste pour le narrateur puisqu’il évoquera lui-même que sa mère l’a forcé à bouleversé ses souvenirs, et qu’elle a introduit le chaos dans son crâne. Et finalement la seule figure féminine qui pourrait être vue comme bienveillante pour lui serait Letitia, mais cette dernière partira à la fin sans même un au revoir, le laissant seul face à lui-même.

Dans ce livre, les objets et la mémoire passent de main en main, se perdent et se restituent par le biais de l’écriture. La disparition des liens familiaux est le sujet de l’enquête du narrateur.
En définitive, ce roman est véritablement le roman de la mémoire et de l’identité à travers des réflexions à la fois philosophiques et personnelles du narrateur.

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