
par Christelle Grassi
Le novembre 2006
Il était une fois une jeune maman un peu bohême et romantique. Elle aimait tendrement ses enfants et son mari. Un jour sa petite fille Chaperette interrogea sa mère : « Ma petite maman que j’aime, comment as-tu rencontré mon papa ? »
« Ah, ma chérie, répondit la mère, ton père est le héros qui m’a sauvée il y a une vingtaine d’année… »
- Sauvée ? Mais sauvée de quoi maman ?
- Sauvée des griffes du loup gourmand de mon quartier. A l’époque on me surnommait le petit Chaperon rouge.
- Pourquoi Chaperon rouge ?
- Oh je ne sais plus très bien. Je pense que c’était à cause de ce magnifique bonnet que m’avait offert ton arrière grand-mère un soir de noël.
Le jour de ma rencontre avec ton père, ma mère, ta grand-mère Pipa, m’ avait chargée d’amener un gâteau et une bouteille de vin chez sa mère, ma grand-mère et ton arrière grand-mère Fifa.
C’était une magnifique journée, les oiseaux chantaient et la bise affûtée du Maramu sifflait dans les feuillages de la forêt. Le soleil luisait et je me souviens même avoir eu un petit coup de soleil sur le bout du nez. J’ étais une enfant très sage, très obéissante et surtout très polie. C’est pourquoi lorsque le loup gourmand du quartier m’aborda je ne pus m’empêcher de lui répondre avec courtoisie lorsqu’il me demanda : « Où vas-tu ma chère enfant ? » Je lui répondis gentiment et sans mensonge aucun, que je me rendais chez ma grand-mère. Je lui ai même indiqué le chemin puisqu’il me le demandait. Je n’ai appris que plus tard qu’il ne fallait pas le faire…
Le loup gourmand est arrivé avant moi chez grand-mère Fifa. Il était si gourmand qu’il avait fait entrer grand-mère dans sa bedaine !... Lorsque je suis arrivée je fus très surprise de voir combien ma grand-mère avait changé… En fait, c’était ce gourmand qui avait pris sa place dans le lit… Il fit la même chose avec moi mais j’en garde un souvenir merveilleux : ce fut ma première leçon concrète et pratique de SVT (sciences et vie de la terre). J’ai exploré le larynx, la tyroïde puis la trachée de près pour la première et la dernière fois. Ensuite je suis tombée dans l’estomac en passant près du foie. C’était impressionnant et magnifique. J’entendais le bruit régulier et incessant du cœur de notre ami le loup. J’avais la preuve vivante que même les loups ont un cœur. Je n’ai pas eu le temps d’explorer l’intestin car ton père, ce héros, est arrivé.
C’était le jeune fils du chasseur le plus beau et le plus renommé du village. Il avait entendu des ronflements bizarres chez grand-mère Fifa qui l’avaient interpellés. Il est entré dans la maison et a découvert le loup gourmand allongé dans le lit de Fifa. Il pensait pouvoir encore sauver Fifa en ouvrant le ventre de ce chenapan qui dormait. Il la sauva en effet mais sauva aussi celle qui allait bientôt devenir sa femme et la mère de ses deux magnifiques enfants. En l’occurrence moi. Je suis tombée sous le charme de ton père, le chasseur, dès ma sortie du ventre du loup. Ce fut la même chose pour lui : le coup de foudre…
_Oh comme c’est romantique maman…
Je n’ai jamais eu à regretter ma mésaventure avec le loup puisque sans cela je n’aurais peut-être jamais rencontré l’homme de ma vie… »
Moralité :
La vie est faite d’expériences inattendues
qui sont toujours bonnes à prendre
du moment qu’elles sont analysées
sous le bon angle.
Illustration de René de la Nézière pour Le Petit Chaperon rouge. Dans Les Contes de Perrault, Tours, Mame, (29,6 x 23,1 cm).
BnF, Littérature et art. (4 Y26614) D.R.