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Denis Diderot, Article « Autorité Politique »

La 5ème séance est consacrée au texte de Diderot. En vue de l’évaluation finale, il est demandé aux élèves de répondre aux questions suivantes pour la prochaine séance (Ces questions sont celles du manuel Des textes à l’œuvre chez Hachette) :

  Quelles figures de l’autorité le texte évoque-t-il successivement ? Pourquoi ? Quel sens donnez-vous à cette progression ?

  Etudiez les marques de l’énonciation.

Au lieu de donner une définition telle qu’on attend d’un article de dictionnaire, celle-ci est rejetée au profit de la liberté. A partir de ce moment c’est la « liberté qui se substitue à cette définition. La contestation passe donc par le refus de définir, d’expliciter. Montesquieu (1) avance alors une loi, celle de « Nature » qui n’impose qu’une seule autorité, l’autorité paternelle. Montesquieu évoque une autre autorité imposée par « la violence » qu’il juge usurpatrice, tyrannique et dans ce cadre-là les soumis peuvent devenir un jour les tyrans. L’autorité qu’il appelle « puissance demande concertation puisqu’il est question de « consentement des peuples », de « conditions » et de « légitime » parce que l’autorité suprême ne peut être que celle de Dieu. Montesquieu invoque la raison et la nature pour s’opposer à une autorité absolue humaine puisque tout comme Erasme l’annonçait dans l’Eloge de la Folie, le « Roi véritable » est Dieu. Tout comme Montesquieu, Diderot dénonce un roi qui se livre à « l’idôlatrie ». Cette autorité est même considérée comme un « crime ».

Au niveau de l’énonciation, on remarque l’abondance du pronom « on » dans le 1er § qui pourrait être identifié au « vous » du lecteur. La deuxième valeur de « on » qui apparaît dans le 3ème § est mis pour les tyrans. Le seul »on » inclusif et à valeur générale est celui de la fin du texte : « … ce pouvoir de Dieu, dont on parle tant … » qui semble réclamer d’adhésion de tous. L’unique occurrence du « je » dans le texte n’implique pas à proprement parler l’auteur dans cette argumentation. C’est un « je » qui explique et qui prend une distance par rapport au débat se voulant effectivement neutre dans ce genre d’écrit. On soulignera que c’est aussi un procédé pour mieux convaincre et persuader.

On remarque l’audace de Diderot qui prête à Dieu sinon une voix, des intentions toutes philosophiques dignes des philosophes des Lumières qui demande d’agir avec « raison et avec mesure ».

C’est à partir de cette réflexion que nous proposons une évaluation finale sous la forme d’un commentaire littéraire du 3ème § de ce texte de Diderot. Les élèves peuvent expliquer qu’après une réfutation totale de l’autorité politique, l’auteur admet une autorité sous conditions avec une autorité légitime pour le peuple et bénéfique pour l’Etat, un cadre et « des limites », et une liberté individuelle préservée. Une deuxième partie du commentaire peut être consacrée au refus d’une monarchie absolue et, à fortiori, de droit divin avec Dieu qui est le « Roi véritable », l’homme qui ne peut se donner corps et âme qu’à Dieu seulement et Dieu qui est le seul maître en ce monde avec une pointe d’humour puisque ce « maître » est « aussi jaloux qu’absolu ».

Les procédés peuvent être étudiés également dans une troisième partie. Diderot s’efface derrière un « on » et un seul « je » qui permet uniquement de relancer le débat et cependant même si les marques du locuteur sont effacées, ce texte ne manque pas d’audace puisqu’il fait tenir un discours indirectement par Dieu et rappelle les commandements chrétiens au service de son argumentation. Dieu ou les philosophes réclament que l’on agisse avec « raison » et mesure, que l’homme ne se prenne pas pour Dieu et Montesquieu reprend des termes bibliques tels que « créateur », « créature », « idolâtrie » et son texte devient un véritable sermon digne du siècle précédent. Moralisateur, il fait office de prédicateur avec une péroraison qui rend le discours irréfutable ; si le pouvoir de Dieu existe vraiment et le conditionnel de « ne serait » ne nous en fait point douter, alors l’autorité suprême de l’homme ne peut exister car elle serait alors une hérésie pour le roi lui-même et tous ses sujets.

Les élèves ont donc vu que l’Encyclopédie est une œuvre collective de contestation qui a permis une plus grande diffusion des idées dans un siècle de censure ; ils attaquent, entre autres, la domination de l’Eglise contraire à l’économie du pays, les « infâmes préjugés » qui s’opposent au progrès et à la liberté de penser, l’absolutisme… Beaucoup de ces philosophes ont fui ou ont été emprisonnés d’où une écriture indirecte ; la fiction, la lettre, l’article ou encore dans des textes rigoureusement structurés et à facture classique. Leur critique est solidement argumentée donc et un simple article peut cacher une satire.

Les philosophes se fondent sur l’observation et la raison à la recherche de la vérité.

En guise de prolongements, on pourra proposer aux élèves au cours de ce même trimestre la lecture d’une œuvre intégrale qui se propose d’approfondir cette contestation et d’étudier d’autres stratégies argumentatives avec Candide de Voltaire. On se souvient que Voltaire a nié être l’auteur de ce livre et que l’incipit de ce roman ou conte (genre mal défini à son époque) il utilise encore le déguisement et il joue sciemment avec le conte merveilleux et le conte philosophique usant d’une deuxième arme tout au long de son œuvre : l’ironie.

(1) Le texte de Montesquieu est comparé à celui de Diderot.

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