Bac de français 2026 - aides spécifiques

Balzac, La peau de chagrin (texte 2), p. 83-84 (édition Nathan)

Publié le : 10-03-2026 par : Valérie Pérez

Parcours : les romans de l’énergie : création et destruction

Vous trouverez sur cette page :

  • un extrait de La peau de chagrin de Balzac.
  • des questions pour guider votre compréhension.

L’explication de ce texte se trouve ICI.

Comment faire ces activités de manière efficace ?

Vous allez lire le texte plusieurs fois et répondre aux questions. Ensuite vous regarderez le corrigé et vous allez comparer vos réponses et les miennes. À partir de cela vous allez faire un travail réflexif !
Vous allez vous interroger sur les points suivants :

• Ai-je dit la même idée essentielle que dans la correction, ou ai-je oublié un élément important ?
• Ma réponse s’appuie-t-elle sur les mêmes passages du texte que la correction ?
• Ma réponse est-elle aussi précise que la correction, ou reste-t-elle trop vague ?
• Ai-je expliqué le sens comme dans la correction, ou me suis-je contenté de repérer un mot ou un procédé ?
• La correction apporte-t-elle une idée ou une interprétation que je n’avais pas vue ?
• Après comparaison, qu’est-ce que je dois ajouter ou corriger dans mes réponses ?

Note pour mes élèves de première G5 : vous devez préparer les réponses aux 6 questions de comparaison entre vos réponses et les miennes. Ce travail est à faire en binôme (et un trinôme qui ne change pas). La restitution de ce travail est à l’oral (pour le 20 mars 2026)

— Je voudrais bien savoir, dit Émile à cette jolie créature, si parfois tu songes à l’avenir.
— L’avenir ! répondit-elle en riant. Qu’appelez-vous l’avenir ? Pourquoi penserais-je à ce qui n’existe pas encore ? Je ne regarde jamais ni en arrière ni en avant de moi. N’est-ce pas déjà trop que de m’occuper d’une journée à la fois ? D’ailleurs, l’avenir, nous le connaissons, c’est l’hôpital.
— Comment peux-tu voir d’ici l’hôpital et ne pas éviter d’y aller ? s’écria Raphaël.
— Qu’a donc l’hôpital de si effrayant ? demanda la terrible Aquilina. Quand nous ne sommes ni mères ni épouses, quand la vieillesse nous met des bas noirs aux jambes et des rides au front, flétrit tout ce qu’il y a de femme en nous et sèche la joie dans les regards de nos amis, de quoi pourrions-nous avoir besoin ? Vous ne voyez plus alors en nous, de notre parure, que sa fange primitive, qui marche sur deux pattes, froide, sèche, décomposée, et va produisant un bruissement de feuilles mortes. Les plus jolis chiffons nous deviennent des haillons, l’ambre qui réjouissait le boudoir prend une odeur de mort et sent le squelette ; puis, s’il se trouve un cœur dans cette boue, vous y insultez tous, vous ne nous permettez même pas un souvenir. Ainsi, que nous soyons, à cette époque de la vie, dans un riche hôtel à soigner des chiens, ou dans un hôpital à trier des guenilles, notre existence n’est-elle pas exactement la même ? Cacher nos cheveux blancs sous un mouchoir à carreaux rouges et bleus ou sous des dentelles, balayer les rues avec du bouleau ou les marches des Tuileries avec du satin, être assises à des foyers dorés ou nous chauffer à des cendres dans un pot de terre rouge, assister au spectacle de la Grève, ou aller à l’Opéra, y a-t-il donc là tant de différence ?

En vous appuyant sur le texte de Balzac, répondez aux questions ci-dessous. Si cela vous paraît vraiment trop difficile, n’hésitez pas à consulter l’explication de ce texte que vous trouverez en cliquant ICI.

Initialement, j’ai prévu que vous répondiez d’abord aux questions avant de travailler sur l’explication de texte. Mais le contraire est aussi possible selon votre propre ressenti. L’essentiel, dans l’immédiat, c’est de répondre aux questions ! Je précise toutefois que si vous regardez la correction, sans essayer de répondre aux questions par vous-mêmes, cela ne sert absolument à rien !

Compréhension du sens global

1. Pourquoi Émile pose-t-il une question sur l’avenir ?
2. Quelle est la réaction d’Aquilina ? Quel ton adopte-t-elle ?
3. Quel rôle joue Raphaël dans cet échange ?

Étude des procédés

4. Relevez deux procédés qui marquent le refus d’Aquilina de penser à l’avenir.
5. Relevez dans le deuxième paragraphe des images qui montrent une dégradation physique.
6. Comment la structure du texte (du dialogue vers le monologue) renforce-t-elle le propos d’Aquilina ?
7. Relevez deux antithèses marquantes dans le dernier paragraphe. Que soulignent-elles ?

Interprétation

8. Pourquoi peut-on dire qu’Aquilina adopte une vision “égalitaire” de la vieillesse ?
9. En quoi ce discours est-il tragique ?
10. Quelle critique sociale Balzac glisse-t-il ici ?
Travailler le vocabulaire et les effets de style.
Consigne : Relevez dans le texte les expressions appartenant aux champs lexicaux suivants :
• Le corps et ses marques de vieillesse
• La saleté, la déchéance
• Le luxe et les apparences sociales

Prolongement : En colonne, associez à chaque champ lexical un effet produit (répulsion, compassion, ironie, etc.)

Correction :

1. Pourquoi Émile pose-t-il une question sur l’avenir ?

Émile pose cette question parce qu’il s’interroge sur la manière dont Aquilina envisage sa vie future. Il semble vouloir savoir si elle pense à ce qui arrivera plus tard et si elle se projette dans l’avenir.

Sa question traduit une attitude raisonnable et prudente : il considère l’avenir comme quelque chose auquel il faut réfléchir.

Remarque méthodologique : dans une explication de texte, il faut toujours identifier la situation d’énonciation au début du passage : qui parle, à qui, et dans quel but. Ici, la question d’Émile lance le débat sur la vision de l’existence.

2. Quelle est la réaction d’Aquilina ? Quel ton adopte-t-elle ?

Aquilina réagit immédiatement en riant et en rejetant l’idée même de penser à l’avenir. Elle affirme que l’avenir n’existe pas encore et qu’il ne sert donc à rien d’y penser.

Elle adopte un ton ironique et provocateur, qui montre qu’elle se moque de cette préoccupation pour l’avenir. Elle préfère vivre dans le présent.

Remarque méthodologique : il est essentiel d’observer les indications de ton données par le narrateur (« en riant »). Ces éléments permettent de comprendre l’attitude du personnage et d’interpréter son discours.

3. Quel rôle joue Raphaël dans cet échange ?

Raphaël intervient brièvement pour exprimer son étonnement. Il ne comprend pas comment Aquilina peut voir l’hôpital comme son avenir sans chercher à éviter ce destin.

Il joue donc le rôle d’un interlocuteur qui questionne et relance le débat, ce qui permet à Aquilina de développer plus longuement sa vision pessimiste.

Remarque méthodologique : dans un dialogue littéraire, certains personnages servent de relais pour faire avancer le discours principal. Ici, Raphaël permet au texte de passer d’un échange bref à un discours plus développé d’Aquilina.

Étude des procédés

4. Relevez deux procédés qui marquent le refus d’Aquilina de penser à l’avenir.

Deux procédés soulignent ce refus :
• Les questions rhétoriques :
« Qu’appelez-vous l’avenir ? »
« Pourquoi penserais-je à ce qui n’existe pas encore ? »
• La négation insistante :
« Je ne regarde jamais ni en arrière ni en avant de moi. »

Ces procédés montrent clairement son rejet de toute projection dans le futur.

Remarque méthodologique : repérer les procédés grammaticaux (négations, interrogations) est essentiel pour comprendre la position du personnage. Ils traduisent souvent une attitude ou une conviction forte.

5. Relevez dans le deuxième paragraphe des images qui montrent une dégradation physique.

Plusieurs images décrivent la dégradation du corps avec la vieillesse :
• « la vieillesse nous met des bas noirs aux jambes »
• « des rides au front »
• « froide, sèche, décomposée »
• « produisant un bruissement de feuilles mortes »
• « sent le squelette »

Ces images évoquent un corps qui se décompose progressivement, comme une matière morte.

Remarque méthodologique : dans une explication de texte, il faut repérer les images et les métaphores. Elles révèlent souvent la vision du monde du personnage (et parfois de l’auteur). Ici, la vieillesse est associée à la mort et à la décomposition.

6. Comment la structure du texte (du dialogue vers le monologue) renforce-t-elle le propos d’Aquilina ?

Au début du passage, le texte est construit sous forme de dialogue entre les personnages. Puis Aquilina prend progressivement la parole et développe un long discours presque continu.

Cette évolution transforme le dialogue en longue tirade (presque un monologue), ce qui donne plus de force à sa vision pessimiste de l’existence.

Remarque méthodologique : il est important d’analyser la structure du passage. Les transformations de la forme (dialogue → longue tirade/monologue) peuvent renforcer l’intensité du discours et mettre en valeur une idée centrale.

7. Relevez deux antithèses marquantes dans le dernier paragraphe. Que soulignent-elles ?

Deux antithèses importantes apparaissent :

• « dans un riche hôtel » / « dans un hôpital »
• « balayer les rues avec du bouleau » / « les marches des Tuileries avec du satin »

Ces oppositions montrent que la richesse ou la pauvreté ne changent rien à la vieillesse et à la dégradation du corps.

Remarque méthodologique : repérer les antithèses est très important dans l’analyse littéraire. Elles servent ici à montrer une opposition d’idées ou à dénoncer une illusion sociale.

Interprétation

8. Pourquoi peut-on dire qu’Aquilina adopte une vision « égalitaire » de la vieillesse ?

Aquilina considère que la vieillesse touche tout le monde de la même manière. Que l’on soit riche ou pauvre, élégant ou misérable, le corps finit par se dégrader.

Elle affirme donc que les différences sociales disparaissent face au temps et à la mort.

Remarque méthodologique : lorsqu’une question demande une interprétation, il faut relier les procédés stylistiques à une idée générale. Ici, les antithèses montrent que la vieillesse efface les distinctions sociales.

9. En quoi ce discours est-il tragique ?

Le discours est tragique parce qu’il présente la vieillesse comme une fatalité inévitable et dégradante.

Aquilina décrit un avenir où le corps se décompose, où la beauté disparaît et où les autres regardent les vieillards avec dégoût. Cette vision donne une image très sombre de l’existence humaine.

Remarque méthodologique : pour montrer la dimension tragique de ce texte, il faut repérer les thèmes de fatalité, de mort, de dégradation ou d’impuissance humaine.

10. Quelle critique sociale Balzac glisse-t-il ici ?

Balzac critique la superficialité de la société, qui valorise la beauté, la jeunesse et les apparences.

Lorsque ces qualités disparaissent avec la vieillesse, les personnes sont méprisées et rejetées. Le texte montre donc une société qui ne respecte plus les individus lorsqu’ils ne correspondent plus aux critères de séduction ou de réussite.

Remarque méthodologique : dans une explication de texte, il faut toujours réfléchir à la portée critique ou sociale du passage. Balzac est un écrivain réaliste qui observe et dénonce les mécanismes de la société.

Travailler le vocabulaire et les effets de style.
Consigne : Relevez dans le texte les expressions appartenant aux champs lexicaux suivants :
• Le corps et ses marques de vieillesse
• La saleté, la déchéance
• Le luxe et les apparences sociales

Champs lexicaux

Le corps et les marques de vieillesse
• « bas noirs aux jambes »
• « rides au front »
• « froide »
• « sèche »
• « décomposée »
• « squelette »
• « cheveux blancs »

La saleté et la déchéance
• « fange primitive »
• « boue »
• « décomposée »
• « haillons »
• « odeur de mort »

Le luxe et les apparences sociales
• « riche hôtel »
• « dentelles »
• « satin »
• « foyers dorés »
• « Opéra »
• « Tuileries »

Remarque méthodologique : repérer les champs lexicaux permet de comprendre les grandes idées qui structurent le texte.

Illustration : Table de travail de Balzac - Maison de Balzac à Paris.
Matériaux et techniques : Noyer
Dimension : 73,5 x 98,3 x 61 cm

Description : Balzac a conçu toute La Comédie humaine sur cette petite table qu’il faut imaginer avec un encrier, des feuilles de papier, un chandelier et la cafetière, lorsque l’écrivain s’y installe au début de la nuit pour travailler. Il se montre très attaché à ce meuble acquis longtemps avant qu’il devienne écrivain et « qui aura été témoin de mes pensées, de mes angoisses, de mes misères, de mes détresses, de mes joies, de tout ! Aussi ne la donnerai-je qu’à… Je ne veux pas vous dire tous mes secrets aujourd’hui. » Il l’a naturellement léguée à celle à qui il se confiait, Ève Hanska, devenue Mme de Balzac quelques mois avant la mort de l’écrivain.

Source : Maison de Balzac à Paris.