Exemple à partir d’un sujet sur La Boétie

La Boétie ne cherche-t-il qu’à dénoncer le tyran ?

La démarche :
La dissertation littéraire pour le bac de français est une réflexion que vous déployez sur votre copie à partir d’une question qui vous est proposée et qui porte obligatoirement sur une œuvre que vous avez étudiée pendant l’année scolaire.
Cette réflexion s’articule en trois temps, donc en trois parties qu’on peut comprendre ainsi :

I/ Oui, le sujet dit des vérités sur l’œuvre étudiée
II/ Mais ce n’est pas tout ! On introduit de nouvelles notions que l’on compare à celles du sujet pour en montrer les limites.
III/ Car finalement, il y a d’autres notions qui semblent bien plus pertinentes pour comprendre le problème posé par le sujet de la dissertation.

Première partie : Oui, le sujet dit des vérités sur l’œuvre étudiée, et on le montre en expliquant les notions clés du sujet en s’appuyant sur l’œuvre.

Par exemple, oui La Boétie cherche à dénoncer le tyran. Il en fait une critique en montrant que ce personnage est monstrueux, quelle que soit la façon dont il a pris le pouvoir. Il le décrit comme un personnage cruel. La Boétie écrit également que « le tyran n’aime jamais et n’est jamais aimé ». Il est riche car il a pillé son peuple. On peut voir que La Boétie "dénonce" (il faut TOUJOURS utiliser les mots du sujet dans la rédaction de la dissertation) également le fait que le tyran asservit le peuple en lui proposant des divertissements qui l’occupent tellement que le peuple n’est plus en mesure de réfléchir ni de retrouver sa liberté naturelle. L’abêtissement des peuples est entretenu par le tyran, ce qui fait que les gens perdent l’ardeur de défendre leur liberté. Par ailleurs, son pouvoir repose sur la manipulation : « le tyran asservit les sujets les uns par les autres » écrit La Boétie.

Deuxième partie : Mais ce n’est pas tout ! On introduit de nouvelles notions que l’on compare à celles du sujet pour en montrer les limites.
La Boétie ne s’intéresse pas seulement au personnage du tyran. Il ne fait pas que « dénoncer le tyran ». Il dénonce également ceux qui l’entourent, c’est-à-dire les courtisans, qui ne sont pas nombreux, mais qui sont corrompus car ils ne cherchent que leur propre profit au détriment du peuple (voir le texte 2 que nous avons étudié et que vous trouverez dans cette rubrique). Et aussi, le propos de La Boétie ne consiste pas seulement à « dénoncer ». En effet, peut-on se contenter de dire que La Boétie cherche à dénoncer le peuple qui se laisse plonger volontairement dans la servitude ? Plutôt que de parler de « dénonciation », nous pouvons affirmer qu’en se livrant à de nombreux récits, en donnant des exemples historiques qui sont bien ancrés dans la culture humaniste de son époque (par exemple le fait que la plupart des tyrans ont été tués par leurs propres gardes), en manifestant son étonnement par des hyperboles, des interrogations rhétoriques (voir notre texte 1 pour les détails) La Boétie cherche à éveiller les consciences, à amener son lecteur à ouvrir les yeux, et à reconquérir sa propre liberté, laquelle est naturelle. Défendre la liberté naturelle est peut-être plus important que de "dénoncer le tyran".

Troisième partie : Car finalement, il y a d’autres notions qui nous semblent bien plus importantes pour comprendre le problème posé par le sujet de la dissertation.
Ainsi, La Boétie fait bien davantage que « dénoncer le tyran ». Son objectif est plutôt de se livrer à une analyse fine des mécanismes de la tyrannie. Il analyse la structure d’un pouvoir, la tyrannie, qui repose sur un système logique qui est pyramidal. Et ainsi, ce qu’il dénonce, c’est moins le tyran que la corruption de tout un système politique. Il montre également que la servitude ne repose pas seulement sur la cruauté de ce système, mais aussi, et surtout, sur la faiblesse d’un peuple qui alimente la tyrannie en laissant le tyran et ses acolytes le piller, le voler, en un mot l’assujettir. La Boétie, qui est un humaniste, donc quelqu’un pour qui la dignité humaine est quelque chose de primordial, cherche surtout à éveiller les peuples, à les sortir de leur torpeur afin qu’ils puissent reconquérir leur liberté. Ainsi, plutôt que de seulement dénoncer le tyran, La Boétie analyse en quoi consiste la tyrannie (ses mécanismes secrets) et comment s’en émanciper afin de retrouver sa liberté. Selon lui, la liberté est naturelle chez tous les êtres vivants, y compris les animaux, et elle doit donc toujours être défendue.

Quelques remarques sur la méthode : ce que j’ai mis en caractères gras ci-dessous ne doit pas être gardé tel quel dans la dissertation que vous allez rendre au correcteur.
Ce que j’ai mis en rouge, c’est la démarche de réflexion pour comprendre ce qu’est une dissertation. À la place de cette phrase en caractères gras, vous devez rédiger une phrase qui porte sur les thématiques que vous étudiez (annonce de ce dont vous allez parler).

Important : Plus vous allez retenir de connaissances sur La Boétie, plus vous avez de bonnes chances de vous en sortir. Par contre il ne faudra jamais juste développer vos connaissances dans la copie. Je l’ai déjà dit, je le répète : tout ce que vous écrivez dans la dissertation, vous devez le relier au maximum au sujet de la dissertation et à votre problématique. Sinon ça s’appelle un hors-sujet. Et on ne peut pas avoir la moyenne quand on fait un hors sujet.

Quelques remarques sur la problématique : Pour faire une problématique facilement, vous reprenez les mots-clés du sujet. Vous pouvez les transformer en nom commun si ce sont des verbes. Par exemple, dans le sujet dont il est question dans ces pages, on pourrait avoir le terme de « dénonciation » au lieu de dénoncer. Mais surtout, vous devez y ajouter un ou plusieurs autres mots (notions), qui seront une allusion, une référence à ce que vous allez développer dans la troisième partie. Donc là, ça pourrait donner quelque chose comme : dans quelle mesure la dénonciation du tyran permet-elle à La Boétie d’aborder le problème de la liberté humaine, tout en dévoilant les mécanismes de la tyrannie ? Attention : là c’était facile de transformer « dénoncer » en « dénonciation ». Mais des fois on ne peut pas ! Donc ça pourrait donner quelque chose comme " Dans quelle mesure le fait de dénoncer le tyran permet-t-il à La Boétie, etc. ».
Vous voyez là, j’ai transformé « dénoncer » en « le fait de dénoncer. ». Tout ça, ce sont des exemples, il faut juste que vous compreniez que le principe de la problématique c’est de conserver un (ou plusieurs) mots clés importants du sujet et d’ajouter une notion importante de la troisième partie de votre dissertation.

Quelques remarques sur l’introduction et la conclusion :

L’introduction : on présente l’auteur, on cite de titre de l’oeuvre en le soulignant (Discours de la servitude volontaire) on formule une idée qui amène le sujet de la dissertation qui vous est proposé. On cite « le sujet de la dissertation » entre guillemets. En deux phrases environ, on présente l’idée principale du sujet. On formule la problématique en une question ou deux (qui commence de préférence par « Dans quelle mesure » ou « En quoi ». On annonce le plan.

La conclusion : à la fin de l’épreuve, vous relisez chaque partie de votre devoir pour corriger les fautes d’orthographe et de grammaire. Ainsi, vous lisez la première partie pour corriger les fautes, et dans la partie de la copie réservée à la conclusion vous rédigez 2 ou 3 phrases qui résument cette partie. Ensuite, vous lisez la deuxième partie pour en corriger l’orthographe et vous retournez sur la page de la conclusion pour rédiger 2 ou 3 phrases de résumé. Même chose avec la troisième partie. Et quand vous avez terminé, vous pouvez répondre de manière explicite à votre problématique. Vous pouvez aussi faire une ouverture. Pour ce faire, je vous conseille d’utiliser les textes de Rabelais et Ronsard que nous avons étudiés. Concernant ces deux textes de Rabelais et Ronsard, si vous pouvez les utiliser aussi un peu dans le corps du devoir, c’est très bien.