
1. Théâtre / art dramatique
Le théâtre est un genre littéraire fondé sur la représentation scénique d’une action par des comédiens devant un public.
L’art dramatique désigne l’ensemble des techniques d’écriture et de mise en scène propres au théâtre.
2. Drama / dramatique
Le mot drama est un mot grec qui signifie action / agir.
Le théâtre est donc fondé sur l’action, et non sur la narration.
3. Action dramatique
L’action dramatique est l’ensemble des événements qui se déroulent sur scène et font progresser l’intrigue.
Dans le menteur de Corneille elle repose sur :
• des conflits,
• des choix,
• des révélations,
• des retournements.
4. Ressort dramatique
Un ressort dramatique est un procédé qui permet de faire avancer l’action et de maintenir l’intérêt du spectateur. C’est le cas du mensonge dans la pièce que nous avons étudié à propos du mariage à Poitiers.
5. Double énonciation
La double énonciation est une caractéristique essentielle du théâtre.
Toute parole théâtrale s’adresse :
1. aux personnages (récepteurs de niveau 1),
2. au public (récepteur de niveau 2).
Ainsi, le spectateur comprend souvent plus de choses que les personnages. Par exemple dans notre scène, le spectateur comprend que Dorante est en train de mentir à son père Géronte.
6. Aparté
Un aparté est une réplique qu’un personnage prononce pour le public seulement, sans être entendu des autres personnages sur scène.
Fonctions :
• révéler une émotion, intention,
• créer de l’ironie,
• renforcer la complicité avec le spectateur.
7. Stichomythie
La stichomythie est un échange très rapide de répliques courtes entre deux personnages.
Effets :
• accélération du rythme,
• tension dramatique,
• affrontement verbal.
8. Rythme théâtral
Le rythme d’une scène dépend :
• de la longueur des répliques,
• des silences,
• des stichomythies,
• des apartés.
Il influence la perception émotionnelle du spectateur.
9. Langage du corps
Au théâtre, le sens ne passe pas uniquement par les mots.
Le langage du corps comprend :
• les gestes,
• les déplacements,
• les postures,
• les regards,
• les silences.
10. Objets scéniques
Les objets scéniques sont les objets présents sur scène.
Ils peuvent :
• avoir une fonction pratique,
• avoir une valeur symbolique,
• devenir des ressorts dramatiques (lettre, arme, masque…).
11. Espace scénique
L’espace scénique est l’organisation matérielle de la scène :
• lieux,
• décors,
• entrées et sorties,
• distance entre les personnages.
Il participe pleinement au sens de la pièce.
12. Mise en abyme
La mise en abyme consiste à représenter le théâtre dans le théâtre (une pièce dans la pièce).
Fonctions :
• réflexion sur l’illusion théâtrale,
• interrogation sur le mensonge,
• mise à distance critique.
13. Théâtre dans le théâtre
Procédé proche de la mise en abyme, où des personnages deviennent eux-mêmes acteurs ou spectateurs. C’est exactement le cas de Dorante, qui invente une intrigue, emploie un vocabulaire exagéré propre aux personnages qu’il veut jouer.
14. Le mensonge comme métaphore du théâtre
Le théâtre repose sur une illusion acceptée :
• les acteurs font semblant,
• le public sait que c’est faux,
• mais accepte d’y croire.
15. Le comique
Le comique vise à provoquer le rire, mais aussi la critique.
a) Comique de mots
Il peut être fondé sur :
• jeux de langage,
• répétitions,
• malentendus,
• registres de langue.
b) Comique de situation
Dans notre texte, il est fondé sur les mensonges de Dorante.
Teste tes connaissances !
Le corrigé se trouve après les questions.
Les questions ci-dessous portent sur un extrait du Menteur de Corneille que tu peux retrouver en cliquant ici.
Question 1 – Théâtre / art dramatique
Montrez en quoi cet extrait relève pleinement de l’art dramatique. Vous expliquerez comment le texte est conçu pour être joué sur scène et non simplement lu. Appuyez votre réponse sur au moins deux éléments précis du texte.
Question 2 – Drama / action
Expliquez pourquoi on peut dire que cette scène est fondée sur l’action dramatique plutôt que sur la narration. Identifiez un événement précis qui fait avancer l’intrigue.
Question 3 – Action dramatique
Montrez comment cette scène fait progresser l’action dramatique de la pièce. Vous repérerez au moins deux éléments parmi les suivants : conflit, choix, révélation, retournement.
Question 4 – Ressort dramatique
Quel est le principal ressort dramatique de cette scène ? Expliquez comment il maintient l’intérêt du spectateur et provoque une attente pour la suite de la pièce.
Question 5 – Double énonciation
Expliquez le principe de la double énonciation au théâtre. Montrez en quoi elle est particulièrement efficace dans cette scène, en prenant un exemple précis.
Question 6 – Aparté
a) Repérez un aparté dans l’extrait.
b) Expliquez sa fonction et l’effet produit sur le spectateur.
Question 7 – Stichomythie et rythme théâtral
Montrez que certains échanges relèvent de la stichomythie. Expliquez en quoi ces répliques courtes influencent le rythme et la tension dramatique de la scène.
Question 8 – Langage du corps
Indépendamment des paroles, quels gestes ou attitudes corporelles peuvent être imaginés dans cette scène ? Expliquez comment le langage du corps renforce le conflit entre Géronte et Dorante.
Question 9 – Théâtre dans le théâtre / mise en scène du mensonge
Montrez que Dorante se comporte comme un acteur à l’intérieur même de la pièce. En quoi peut-on dire qu’il « joue un rôle » devant son père ?
Question 10 – Le comique
Identifiez et expliquez deux formes de comique présentes dans cette scène (comique de mots et/ou comique de situation). Montrez que le rire repose sur le mensonge de Dorante.
Correction
Question 1 – Théâtre / art dramatique
Corrigé détaillé :
Cet extrait relève pleinement de l’art dramatique parce qu’il est écrit pour être représenté : il met en scène une situation conflictuelle (un père impose un mariage, le fils résiste), portée par le dialogue, sans narrateur. Le texte est construit pour être joué : on entend des changements de ton (ordre / supplication / panique), des interruptions (« Je suis… »), des réactions immédiates (« Quoi ? »), et un aparté (« Oh ! ma chère Lucrèce ! ») qui suppose une mise en scène (Dorante se tourne vers le public). La dimension théâtrale se lit enfin dans l’efficacité scénique : Géronte domine, Dorante improvise et « joue », et la scène vise un effet direct sur le spectateur (tension + comique).
3 points incontournables :
1. Dire que le texte est fait pour la représentation scénique (dialogue, absence de narration).
2. Appuyer sur des indices jouables : interruptions, exclamations, aparté.
3. Montrer l’effet produit sur le spectateur (conflit + comique + tension).
Question 2 – Drama / action
Corrigé détaillé :
Le mot drama signifie « action » : au théâtre, la parole n’est pas seulement informative, elle agit. Dans cette scène, l’action avance parce qu’un événement surgit en direct : Dorante déclare soudain « Je suis donc marié ». Cette phrase est un acte dramatique : elle crée immédiatement un problème nouveau et bloque le projet du père (« Je te veux marier »). On ne raconte pas une action passée pour le plaisir du récit : la scène fait basculer la situation présente, sous les yeux du public.
3 points incontournables :
1. Rappeler que drama = action, et que la parole est une action scénique.
2. Citer l’événement qui fait avancer l’intrigue : « Je suis donc marié ».
3. Montrer l’effet : la déclaration renverse le plan de Géronte et relance l’intrigue.
Question 3 – Action dramatique
Corrigé détaillé :
L’action dramatique progresse ici par une succession très nette :
• Conflit : Géronte impose (« En un mot, je le veux »), Dorante résiste (« Vous êtes inflexible ! »).
• Choix / stratégie : Dorante comprend qu’il doit ruser (« Il faut jouer d’adresse »), donc il choisit le mensonge comme solution.
• Retournement / révélation : Dorante annonce être marié (« Je suis donc marié »), ce qui transforme l’enjeu de la scène : désormais, ce n’est plus « quel mariage ? », mais « que vaut cette déclaration ? » et « comment Géronte va-t-il réagir ? ».
3 points incontournables :
1. Identifier au moins deux mécanismes (conflit + retournement, ou conflit + choix, etc.).
2. Citer des répliques qui montrent la contrainte et la résistance.
3. Expliquer comment la scène fait avancer l’intrigue (nouvel obstacle, nouvelle attente).
Question 4 – Ressort dramatique
Corrigé détaillé :
Le ressort dramatique principal est le mensonge (le faux mariage à Poitiers). Il permet à Dorante de gagner du temps et de reprendre la main face à l’autorité paternelle. Ce procédé maintient l’intérêt du spectateur parce qu’il crée une tension : on sait que Dorante invente, mais on se demande s’il sera cru, jusqu’où il va pousser son invention, et quelles conséquences cette fable aura sur la suite (ex. : identité d’Orphise, réactions des autres personnages, pièges à venir).
3 points incontournables :
1. Nommer clairement le ressort : le mensonge.
2. Expliquer sa fonction : faire avancer l’action + maintenir l’attention.
3. Formuler l’attente : va-t-il être démasqué ? quelles conséquences ?
Question 5 – Double énonciation
Corrigé détaillé :
La double énonciation signifie que chaque réplique s’adresse à deux destinataires : les personnages sur scène (ici Géronte) et le public. Dans cette scène, elle est très efficace car le spectateur comprend davantage que Géronte : Dorante annonce un mariage inventé, et le public saisit la ruse (surtout après « Il faut jouer d’adresse » et l’aparté). Le décalage crée une ironie dramatique : Géronte prend la parole de Dorante au sérieux, tandis que le spectateur voit le mécanisme comique du mensonge en train de se fabriquer.
3 points incontournables :
1. Définir : destinataire niveau 1 (personnages) / niveau 2 (public).
2. Montrer le décalage de compréhension (Géronte croit / public sait).
3. Nommer l’effet : ironie dramatique + complicité + comique.
Question 6 – Aparté
Corrigé détaillé :
a) L’aparté est : « Oh ! ma chère Lucrèce ! ».
b) Il a plusieurs fonctions : il révèle l’intention ou l’émotion de Dorante (il pense à Lucrèce, donc refuse l’idée de Clarice), il crée une complicité avec le public (le spectateur entre dans ses pensées), et il accentue le comique car l’écart entre ce que Géronte croit entendre et ce que Dorante pense réellement devient évident. Sur scène, l’aparté suppose une adresse spécifique : Dorante se détourne légèrement de Géronte, change de ton, parle « pour lui » mais en réalité pour le public.
3 points incontournables :
1. Repérer et citer l’aparté exact.
2. Dire à qui il s’adresse : au public seulement.
3. Donner ses effets : révélation, complicité, ironie/comique.
Question 7 – Stichomythie et rythme théâtral
Corrigé détaillé :
On observe des échanges très rapides faits de répliques courtes et d’interruptions, proches de la stichomythie, par exemple : « Impossible ! et comment ? » / « Je suis… » / « Quoi ? » / « Dans Poitiers… ». Cette fragmentation accélère le rythme, donne une impression d’urgence et de tension : Dorante hésite, Géronte presse, interroge, exige. Le spectateur perçoit alors un duel verbal : l’autorité de Géronte se manifeste par des questions et injonctions, tandis que Dorante gagne du temps en retardant l’aveu, ce qui augmente l’effet comique (on voit le mensonge se construire à vue).
3 points incontournables :
1. Identifier une zone d’échange très rapide et en citer un exemple.
2. Expliquer l’effet sur le rythme (accélération, tension).
3. Relier à l’enjeu : affrontement + mensonge en train de naître (comique).
Question 8 – Langage du corps
Corrigé détaillé :
Le langage du corps complète les mots. Géronte peut être campé dans une posture de domination (immobile, geste d’autorité, regard fixe), cohérente avec ses injonctions (« Fais ce que je te dis », « En un mot, je le veux »). Dorante, au contraire, peut montrer agitation et ruse : reculs, hésitations, gestes de supplication. Le texte suggère même un geste fort : Dorante annonce qu’il veut « embrasser vos genoux », ce qui suppose une mise en scène (agenouillement ou début d’agenouillement). Les déplacements (rapprochement, recul, détour vers le public pour l’aparté) rendent visible le conflit : autorité verticale du père / stratégie et théâtre du fils.
3 points incontournables :
1. Proposer des gestes cohérents avec les répliques (autorité vs supplication).
2. Citer l’indice majeur : « j’embrasse vos genoux » (jeu corporel).
3. Montrer l’effet : le corps renforce le conflit et la tension/comédie.
Question 9 – Théâtre dans le théâtre / mise en scène du mensonge
Corrigé détaillé :
Dorante se comporte comme un acteur car il fabrique une intrigue et la joue devant son père. Il invente des personnages (Orphise, Armédon), un lieu (Poitiers), une cause (« On m’a violenté », « fatalité… inopinée ») et se donne un rôle : victime contrainte, amoureux foudroyé. Il adopte un style emphatique et romanesque (« Une âme de rocher ne s’en fût pas sauvée », « son œil vainqueur ») qui ressemble à un langage de théâtre ou de roman. On peut donc dire qu’il y a « théâtre dans le théâtre » : Dorante met en scène une fiction à l’intérieur de la fiction, et Géronte devient malgré lui un « spectateur » qu’il faut convaincre.
3 points incontournables :
1. Dire que Dorante joue un rôle et compose une fiction.
2. Relever des indices : noms inventés + récit fabriqué + vocabulaire emphatique.
3. Expliquer l’enjeu : convaincre Géronte → Géronte devient spectateur.
Question 10 – Le comique
Corrigé détaillé :
Le comique repose d’abord sur un comique de situation : Dorante, pour échapper au mariage imposé, invente un mariage antérieur. Ce mensonge crée une situation absurde et risquée, car il doit improviser sous la pression de Géronte, ce que le public voit en direct (hésitations, retards, contradictions possibles). Ensuite, on repère un comique de mots lié à l’exagération lyrique : Dorante décrit Orphise avec emphase (« Une âme de rocher ne s’en fût pas sauvée », « son œil vainqueur », « assujettit mon cœur »). Le rire naît du contraste entre la gravité du discours amoureux et la réalité : Dorante invente, et le public le sait (double énonciation).
3 points incontournables :
1. Identifier deux formes de comique (situation + mots, ou situation + ironie).
2. Citer au moins une formule emphatique (ex. « âme de rocher », « œil vainqueur »).
3. Relier au mensonge + double énonciation : le public sait que c’est faux → rire.