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Alain Zannini de Marc-Edouard NABE

samedi 23 novembre 2002

Alain Zannini de Marc-Edouard NABE aux Editions du ROCHER

J’ai lu et entendu beaucoup de choses sur ce roman. On le dit trop long : 808 pages. On dit aussi que c’est un journal intime de plus (voir bibliographie de l’auteur ci-dessous.) C’est à se demander si certains critiques lisent bien les livres qu’ils sont censés critiquer !

Le dernier roman de Marc-Edouard NABE est remarquable sur plusieurs points._ C’est un roman "épico-polyphonico-érotique." (p.225)

Je ne veux pas raconter le sujet du livre, ce serait forcément le limiter. Je dirai juste qu’un narrateur, apparemment figure de l’auteur, quitte Paris pour Patmos (ce que fit réellement Marc-Edouard NABE ), île grecque sur laquelle Saint-Jean écrivit l’Apocalypse.

Il y aurait beaucoup à dire sur les exils d’écrivains... Quitter un lieu pour un autre ... et dans le roman de Nabe c’est aussi jouer avec le temps romanesque et les genres littéraires. Le narrateur en exil se replonge dans son passé, s’interroge et commente ce qu’il écrit. La mémoire est presque un personnage dans ce livre : Marc-Edouard la cherche, la stimule, la provoque. Il écrit p. 209 "je n’ai toujours pas abandonné mes fantasmes de reconstitution mentale..., phrase aux multiples résonances dans le roman.

Un mot sur l’écriture romanesque, sur le style de Nabe. L’auteur cultive les apparences du naturel dans un style en fait très travaillé (c’est l’éternel paradoxe !). Ainsi, le narrateur nous entraîne loin, passant d’un sujet à l’autre avec aisance, comme il ferait au cours d’une conversation. Le plus touchant, les deux chapitres dans lesquels le narrateur évoque la maladie de son fils, alors nourrisson, sur fond de messe orthodoxe. Etonnant chassé-croisé littéraire dans lequel le roman fait se rencontrer l’apôtre saint-Jean et le petit Alexandre alors âgé de deux semaines.

Les jeux de mots très fréquents et pourtant chaque fois inattendus ne manquent pas de séduire le lecteur. Idem pour les références littéraires : loin d’alourdir la narration, elles provoquent de véritables jouissances intellectuelles. Un exemple parmi tant d’autres : le narrateur visite la bibliothèque de Patmos dans laquelle s’entassent des livres rares et anciens :

"C’était peut-être ça, le temps : de la poussière de silence ? Le moine me désignait les ouvrages de son doigt jaune comme on montre au zoo les animaux en voie de diparition. Et capturés dans toutes les jungles : théologiques, philosophiques, historiques, liturgiques, littéraires... Une énorme édition très rare de Platon écrasait les Grenouilles d’Aristophane. Kroax ? Non loin de là, l’oeuvre complète de saint-Grégoire le Théologien recopiée dans des temps moyen-âgités, à quatre mains, par un moine et son fils, tous deux bandits de la calabre (quarante feuilles- il en manque juste trente-neuf) !"(p.106)

J’ai beaucoup aimé aussi le mélange des genres, le jeu entre le biographique et le romanesque. Je cite Marc-Edouard NABE p.21 :

"Un drôle de roman commence : je veux vous prévenir, vous lecteur du seul temps qui existe, celui de la lecture. Vous êtes dans le vrai moment de ma vie, moi je n’y suis que par anticipation, et encore, rétrospectivement."

On pourrait aussi évoquer tous les autres personnages du roman. Ils apparaissent à la fois comme des doubles du narrateur et comme des personnages à part entière d’un univers romanesque éblouissant comme le soleil de Patmos. Tantôt ils surgissent de la mémoire - presque infaillible - du narrateur, telle Diane, torride fantôme du passé ; tantôt ils croisent son chemin, son destin.

Qui est Alain Zannini ? Il porte le véritable nom de Marc-Edouard Nabe, et le jeu sur le double est intéressant, en particulier dans le chapitre intitulé "La fête des Dieux" : "Lui, c’est l’autre moi."
On nous dit aussi au début du roman qu’il est "Le flic du temps" (titre du chapitre 11). Il enquête sur la disparition de deux trésors ...

Marc-Edouard et moi !

Quatrième de couverture

En 2000, Marc-Édouard Nabe va mal. Il quitte tout et va se réfugier à Patmos, là où saint Jean a écrit l’Apocalypse. Sur cette île grecque, il lui arrive bien des aventures et mésaventures qui constituent la trame de ce vaste roman à la fois policier et mystique. Des personnages tels que Isidore, le pope kleptomane, Irini, la voyante aveugle, ou la secte chinoise de l’Agneau Immolé (sans oublier l’inspecteur Alain Zannini), entraînent le narrateur dans une épopée de la rédemption. Sur le nom, le père, le fils, la mémoire, les femmes, les amis, l’écriture a son mot à dire.

Le lecteur sera surpris de se retrouver avec Jésus-Christ parmi les prostituées d’un club parisien ou bien avec la Vierge Marie au milieu d’un hôpital pour enfants malades... Glissements, substitutions, dédoublements : tel est l’univers d’un auteur parvenu, enfin ! à maturité, et qui, après quatre tomes de journal intime consacré aux autres, s’est décidé, dans une sorte d’apothéose autobiographique, à se poser finalement la seule question moderne qui compte :
« Qui suis-je ? »

A lire aussi de Marc-Edouard NABE aux Editions du Rocher :

  • Nabe’s dream, Journal Intime 1 1991
  • Rideau1992
  • LÂge du Christ 1992
  • Petits riens sur presque tout 1992
  • Tohu-bohu, Journal Intime 2 1993
  • Oui 1998
  • Non 1999
  • K.-O et autres contes 1999
  • Coups d’épée dans l’eau 1999
  • Kamikaze, Journal Intime 4 2000
  • Une lueur d’espoir 2001
  • Messages