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Nouveauté !

Arrêter d’écrire de David Markson

2007

Publié aux éditions en 2007.

Qu’est-ce qui pourrait arrêter un écrivain d’écrire ? « Ecrivain » entité narratrice du dernier Markson avoue dès l’ouverture du roman :

« Ecrivain est très tenté d’arrêté d’écrire.

Ecrivain est plus que las d’inventer des histoires. »

D’où des réflexions sur l’écriture romanesque qui ponctuent le texte tantôt comme une conversation avec le lecteur tantôt comme un dialogue d’Ecrivain avec soi-même :

Un roman sans la moindre indication d’une intrigue quelconque, voilà ce qu’aimerait inventer Ecrivain. (p. 12)

Alors à défaut d’intrigue l’auteur passe en revue les anecdotes et les fins souvent tragiques des autres écrivains, des peintres, des philosophes, des musiciens et autres artistes en tous genres. Arrêter d’écrire est ainsi une succession de paragraphes qui s’offrent comme des sujets de romans possibles, comme des réflexions sur l’injustice qui entoure la vie d’artiste (« Schubert n’a jamais pu se payer de piano. », p. 45), et comme une réflexion sur la mort qui rend vaine tout acte d’écrire : « F. Scott Fitzgerald est mort après plusieurs crises cardiaques. Ses derniers relevés de droits d’auteur montrèrent que sept exemplaires de Gatsby le magnifique s’étaient vendus au cours des six derniers mois. »

Panthéon romanesque, le roman de David Markson pousse ainsi l’écriture aux limites de l’amertume et de l’anecdotique : est-il vain d’écrire, puisque tous les grands hommes meurent dans les souffrances, dans la misère et dans l’incompréhension ? C’est ce que suggèrent ces bribes de conversations que le lecteur saisit au fil des pages, ces critiques acerbes que les grands hommes se jettent entre eux :

« Ecrit avec l’imagination d’un sauvage ivre.
Disait Voltaire de Hamlet.

Il n’est pas d’horreur concevable à l’esprit humain qui ne se soit pas déversé dans ces pages stupides.
A dit Alfred Noyes à propos d’Ulysse. »

Etonnante écriture que celle de David Markson ! Sous les apparences de l’anecdotique et de la lassitude, l’auteur se joue de son lecteur et s’amuse. Pas question d’arrêter d’écrire ! Car le roman est bien pensé, finement travaillé, et demande au lecteur une activité de décryptage qui est un plaisir de plus dans cette lecture. Comment David Markson passe t-il d’un texte à l’autre, d’une anecdote à une citation … pas question d’arrêter de lire ! Le lecteur s’amuse lui aussi des indices donnés par l’auteur, comme ce jeu sur l’écriture beckettienne :

« Samuel Beckett a un jour assisté à un match entre New York et Houston au Shea stadium.

Je pourrais mourir aujourd’hui, si je le souhaitais, simplement en faisant un petit effort, si j’étais capable de le souhaiter, si j’étais capable d’un effort. ».
Mais il est temps d’arrêter cette critique (thème qui d’ailleurs parcourt lui aussi le roman) avant de mal finir :

« Berlioz à propos des critiques :
D’où viennent-ils ? A quel âge les envoie-t-on à l’abattoir ? »

Présentation de l’éditeur :

L’auteur de ce livre envisage d’arrêter d’écrire. Las du manège romanesque et de ses vains artifices, il accumule alors anecdotes, citations et autres « curiosités culturelles » sur les artistes de tous les pays et de tous les temps, compilant les causes de décès, soulignant les ironies de la postérité, signalant des hasards surprenants… Peu à peu, certains motifs émergent de cette litanie terrifiante, tels que la vanité de l’art ou l’absurdité de la mort, tandis que l’hypocondriaque « Écrivain » s’efforce de donner un sens à son refus de jouer le jeu littéraire.

Joute verbale entre le sublime et le ridicule, florilège piégé autant que monologue intérieur, Arrêtez d’écrire questionne notre culture, notre mémoire, et finit par évoquer un énigmatique jeu de l’oie où le lecteur, sans cesse déstabilisé, ne peut s’empêcher de relancer à son tour les dés pipés de la lecture.

Messages

  • Voici une information sur un livre que nous venons de publier aux Editions de l’Ecole normale supérieure Lettres et sciences humaines :

    Ceci n’est pas une tragédie.
    L’écriture de David Markson

    Françoise Palleau-Papin

    Première monographie consacrée àcet écrivain américain particulièrement novateur, Ceci n’est pas une tragédie présente l’ensemble de son œuvre, de 1956 à2007.

    David Markson renouvelle la forme romanesque pour dire quelque chose de notre époque, de la fragmentation de sa culture, de son questionnement, de ses triomphes et de ses échecs. Depuis son roman parodique du Far West et les romans policiers des années 1960, ou encore ses expériences avec l’écriture sous contrainte dans les années 1970, jusqu’aux récits les plus récents, dont La Maîtresse de Wittgenstein et Arrêter d’écrire, Markson joue avec la forme romanesque, qu’il parodie, fragmente et redéfinit. Proche de la monodie de la tragédie grecque, mais sans la cohérence d’un cosmos balisé, sa voix narrative dresse un pacte autobiographique particulier, dépassant l’individu, dans le monde incertain d’après la Shoah. Entre l’hyper-roman àla manière d’Italo Calvino et le murmure beckettien d’une voix proche du silence, Markson trouve une expression singulière, troublante, intime : celle de nos aspirations et de nos doutes.

    Françoise Palleau-Papin est maître de conférences àla Sorbonne nouvelle,
    spécialiste de littérature américaine

    Décembre 2007
    304 pages
    14 x 22
    ISBN 978-2-84788-106-6
    29 euros

    Voir en ligne : Nouveautés, ENS Editions