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Baudelaire de Jean-Paul Sartre (extrait)

dimanche 26 janvier 2003

Baudelaire, de Jean-Paul Sartre, édition Folio-Essais

« Il n’a pas eu la vie qu’il méritait. » De cette maxime consolante, la vie de Baudelaire semble une illustration magnifique. Il ne méritait pas, certes, cette mère, cette gêne perpétuelle, ce conseil de famille, cette maîtresse avaricieuse, ni cette syphilis- et quoi de plus injuste que sa fin prématurée ? Pourtant, à la réflexion, un doute surgit : si l’on considère l’homme lui-même, il n’est pas sans faille ni, semble-t-il, sans contradictions : ce pervers a adopté une fois pour toute la morale la plus banale et la plus rigoureuse, ce raffiné fréquente les prostituées les plus misérables, c’est le goût de la misère qui le retient auprès du maigre corps de Louchette et son amour pour « l’affreuse juive » est comme une préfiguration de celui qu’il portera plus tard à Jenna Duval ; ce solitaire a une peur afrfreuse de la solitude, il ne sort jamais sans compagnonil aspire à un foyer, à une vie familale, cet apologiste de l’effort est un « abloulique » incapable de s’astreindre à un travail régulier ; il a lancé des invitations au voyage, il a réclamé des des dépaysements, rêvé de pays inconnusmais il hésitait six mois avant de partir pour Honfleur et l’unique voyage qu’il a fait lui a semblé un long supplice.