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Brodsky et les autres de Sergueï DOVLATOV

dimanche 27 avril 2003

Littérature russe contemporaine Brodsky et les autres - la culture russe en portraits et anecdotes de Sergueï DOVLATOV, Photographies de Marianna VOLKOVA.
Traduit du russe par Christine Zeytounian-Beloüs, aux Editions du Rocher, Collection Anatolia, 2003.

C’est toute la culture russe du XXème siècle que nous présente Sergueï Dovlatov. A l’aide de photographies en noir et blanc, de portraits littéraires, d’anecdotes et de dialogues savoureux, l’auteur brosse le portrait des artistes russes en exil.

Pourquoi ce livre ? Pour se souvenir, et parce que « La mémoire, pour dire les choses joliment, est le seul fleuve qui coule inversement au Léthé. » (p.9)

Les grands noms de la littérature, de la peinture, de la musique s’offrent à notre regard sous un jour singulier : c’est à travers la complicité, la tendresse et l’humour désopilant de Dovlatov que le lecteur pénètre dans cette culture russe en exil.

Mikhaïl Barychnikov, Roman Jakobson, Rudolf Noureïev, Vladimir Horowitz, pour ne citer qu’eux, sont surpris dans des dîners, dans des colloques, ou en cours à l’université. Et l’auteur de citer les conversations de ces grands hommes, les rendant plus humains, plus proches de nous, nous faisant partager leurs émotions d’artistes comme leurs tracas quotidiens.

Chaque page contient un texte bref, fragment de vie, à chaque fois inattendu. L’oeuvre n’est pas sans rappeler celle Georges Perec, Je me souviens. Livrant la quintessence du souvenir, Dovlatov, tel Georges Perec, se fait l’écho de toute une génération, mais avec cet arrière-plan politique qui justifie l’exil, avec aussi l’enthousiasme de la liberté d’expression enfin retrouvée. Mais ailleurs. Les rues de New York sont l’autre grande figure du livre. Elles répondent aux conflits poltiques de la société soviétique, société qui n’eut de cesse d’alimenter les conversations :

"Le poète Sosnora était en visite à New York. Je me souviens lui avoir dit pour critiquer l’Amérique :
- Ici, il y a plein de nourriture, de vêtements, de distractions et personne ne pense !
Sosnora a répliqué :
- En Russie, au contraire, tout le monde n’arrête pas de penser. A la nourriture, aux vêtements, aux distractions.
(p.117)

Dans la première partie du livre, ce sont « les autres », contemporains en exil et amis de toujours. Dans la deuxième partie, c’est l’émotion d’une photographe, la musicienne Marianna Volkova, d’un écrivain, Sergueï Dovlatav, évoquant Joseph Brodsky, le grand poète russe. Chacun évoque avec les moyens de son art « son » Brodsky :

« C’est mon Brodsky, tel que je l’ai connu et tel que je me souviens de lui, avec toutes ses bizarreries, ses sautes d’humeur et ses complications. » (p. 178)

Il y a, à la fin du volume, quelques pages superbes de Marianna Volkova, réfléchissant à la fois sur Brodsky et sur la photographie, car « chaque portrait a son histoire, il évoque des circonstances particulières, des émotions, des conversations ... Tout cela tourbillonne autour des clichés comme des grains de poussières dans un rayon de soleil. » (p. 176)

Enfin, le recueil se clôt sur une analyse de Samuel Brussel, marchant « dans les pas de Serioja Dovlatov ».