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A propos de l'auteur

  • Valérie Pérez

    Fondatrice de ce site et auteur de la majorité des articles mis en ligne.
    Professeur agrégée de Lettres Modernes.
    PRAG de Lettres à l’université de La Rochelle.
    Doctorat de philosophie en cours sous la direction de Laurence Cornu.
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Commentaire de Chanson d’Automne de Verlaine

Le titre de ce poème saturnien renvoie à la section dont il est extrait, Paysages tristes, et à la création poétique avec le substantif « chanson ». Il étonne par son rythme et sa brièveté, après le long poème qui précède, Nuit du Walpurgis classique.
Ce poème chante un paysage mental, au sens baudelairien du terme. Il établit une correspondance entre l’âme triste d’un « je », figure du poète, et une saison connotant la tristesse et la mort. Il est composé de trois strophes, ayant chacune six vers de quatre pieds. La première donne le ton, avec la métaphore d’une musique triste, celle du vent qui chassera le poète dans la dernière strophe. La seconde décrit les souffrances d’une âme nostalgique. La dernière sonne l’heure du départ : fin du poème mais aussi, peut-être, départ vers la mort.

Nous ferons une analyse linéaire de ce poème en nous demandant dans quelle mesure la mélancolie, annoncée par le titre du recueil et par le texte liminaire, peut-elle devenir le miroir de la souffrance nostalgique du poète. Un miroir dans lequel elle se regarde et se décline tout au long des trois strophes.

Dans la première strophe, Verlaine joue sur la disposition en miroir et l’écho de syllabes dans lesquelles le son [o] est décliné sur toutes ses possibilités : o ouvert, o fermé, voyelle nasale, et cela dès le titre, Chansons d’Automne.

Ainsi, dès le premier vers, l’on entend comme un écho du titre, première note mélancolique de cette « Chanson ». Le [S] de « sanglots » crée aussi une allitération avec le titre, comme s’il s’agissait bien, pour le poète, de gloser le titre choisi, ce qui est confirmé par la reprise du substantif « automne » au vers 3.

Ces échos, ces reprises, semblent être le premier principe de l’écriture de ce poème. Mais ce travail sur les répétitions n’est pas insignifiant : il mime le ressassement mélancolique d’un « je » que l’on peut immédiatement identifier comme une figure du poète. Cela ne veut pas dire que ce texte soit autobiographique. Tout cela est très conventionnel : on y trouve un « je » qui se définit comme un poète s’appropriant le topoï poétique de l’automne, comme un « je » qui se poserait comme l’auteur même du poème, du poème s’écrivant sous nos yeux. D’où l’utilisation d’un bout à l’autre du temps présent, présent de l’écriture, présent de l’énonciation : « Blessent mon cœur » au vers 4, « je me souviens » au vers 8, « Et je pleure » au vers 12, « Et je m’en vais » au vers 13 et enfin « Qui m’emporte » au vers 15.

Il est intéressant de constater que le « je » est tantôt objet, et objet de souffrance, blessé puis emporté par le vent, tantôt sujet de verbes dont les actions sont liées, sont des conséquences les unes des autres, comme le montre la répétition de la copule « et » : « Je me souviens (…) Et je pleure » « Et je m’en vais » : se souvenir, pleurer et partir, c’est ainsi que la mélancolie se définit pour le poète saturnien.

Mais pleurer, c’est chanter, c’est suivre la musique du vent pour écrire, se laisser emporter par elle. Ce cœur blessé est celui qui écrit, et qu’est-ce qu’écrire ? c’est suffoquer, comme Verlaine le suggère au vers 7 : « Tout suffocant/ Et blême ». Le participe présent adjectivé « suffocant » montre une action en train de s’accomplir. Une action ? Non, plutôt un état : suffocant de pleurs, blême, le poète est la proie d’une mélancolie nostalgique, comme il nous le dit au cœur même du poème, au centre même, aux vers 10-12 : « Je me souviens/Des jours anciens/Et je pleure. »
A ce moment de notre lecture, nous touchons précisément à la thématique poétique de Chanson d’Automne : le « Je » du poème est à l’automne de sa vie et pleure, c’est à dire chante et écrit sur son état d’âme en proie aux souvenirs, à la nostalgie. Il y a un moment, presque fatal, pour se souvenir : « quand/Sonne l’heure ». Les rimes sont éloquentes : le verbe « sonne » joue sur les sonorités qui le rapprochent d’ « automne », il en est une variation sur le thème du temps. Idem pour « souviens » et « anciens » : c’est toujours le thème du temps passé.

Nous pouvons donc bien parler de saison mentale : certes il y a le cliché de l’automne, avec cette rime attendue, « monotone », saison-symbole de ce qui s’achève, de ce qui est triste, de ce qui est nostalgique. Mais Verlaine est original malgré tout : il fait de l’automne la saison de l’écriture, et affirme, une fois de plus, qu’il écrit sous l’égide de Saturne : chaque vers, ou presque, est le miroir mélancolique de l’écriture. Il étonne cependant, par la légèreté du vers 16 « Deçà, delà » qui évoque un mouvement sans direction, qui n’a que le hasard pour guide. Peut-être est-ce là le chemin vers un autre poème, vers la suite du recueil. Nous l’avons vu, écrire c’est suffoquer, c’est pleurer, mais c’est aussi partir. Et ce poème, c’est bien cette « feuille morte » du dernier vers : elle s’en va, le poème peut s’achèver.

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Forum

  • > Commentaire de CHANSON D’AUTOMNE

    Simple rectification concernant la structure de ce poème ; les 6 vers ne sont pas de 4 syll chacun, les vers 3 et 6 ne comportent que trois syllabes : De/ L’au/ tomn(e),le e final étant toujours muet.

    • > Commentaire de CHANSON D’AUTOMNE

      7 septembre 2007, par Professeur de lettres

      La composition syllabique 443 443 443 entraîne une répétition du souffle (monotonie) en même temps qu’une rupture au sein des strophes (443) qui accentue la suffocation,les pleurs, etc.