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Complainte sur certains ennuis (analyse)

2000

Analyse : Complainte sur certains ennuis

La Complainte sur certains ennuis est la 28ème du recueil. Elle est encadrée par deux complaintes à structure dialogique consacrées à Pierrot :l’Autre complainte de Lord Pierrot et la Complainte des noces de Pierrot. Les pronoms Je et Tu rythment ces deux complaintes ; celle que nous étudions fait partie des 11 complaintes du recueil écrites à la 3ème personne.
Le motif de la résignation parcourt ce poème. Il fait l’objet d’un ressassement, qui tantôt prend la forme d’exclamatives, et tantôt souligne l’incapacité du poète à exprimer ce qu’il veut. Le ton habituel de la complainte n’est cependant pas absent de ce poème qui mêle l’autodépréciation à la jovialité, la dérision à l’angoisse nihiliste.

Eléments pour une explication :

- 1ère strophe : elle est caractérisée par un ton grinçant qui trahit une angoisse existentielle : exclamation bien connue du vers 2 ; autodépréciation au vers 4, le génie apparaissant comme ce qui est inaccessible.

- « Cosmogonies » : citation de J.P. Bertrand p. 76 in Les Complaintes de Jules Laforgue, Ironie et désenchantement :

- Strophe 2 et 3  : incapacité du poète à dire le cosmos, le monde ;

- Utilisation du conditionnel pour exprimer le thème des illusions perdues : le poète voudrait faire une expérience mais il n’expérimente rien.

- L’attitude du poète est la résignation, résignation ressassée dans l’ensemble du poème.

- Le motif de l’ennui comme expression de l’expérience nihiliste ; voir Paul Bourget, qui dans ses Essais de 1885 emploie le terme de « nihiliste » pour désigner un type psychologique qui serait à l’origine des créations littéraires de Baudelaire, Flaubert, mais aussi de Renan, Taine et Stendhal : « D’un bout à l’autre de l’Europe, la société contemporaine présente les mêmes symptômes, nuancés suivants les races, de cette mélancolie et de désaccord. Une nausée universelle devant les insuffisances de ce monde soulève le cœur des Slaves, des Germains et des Latins. Elle se manifeste chez les premiers par le nihilisme, chez les seconds par le pessimisme, chez nous-mêmes par de solitaires et bizarres névroses ». Un peu plus loin, Bourget associe le nihilisme à la décadence en particulier pour Baudelaire.

- D’un point de vue philosophique, comme dans la poésie de Laforgue, l’ennui est vécu comme l’expérience nihiliste par excellence. La Complainte sur certains ennuis semble en effet structurée sur la théorie de Schopenhauer dans Le monde comme volonté et comme représentation : pour Schopenhauer, l’ennui (titre de la complainte) détermine l’étonnement philosophique (voir le vers 4). La philosophie qui en découle est l’impossibilité d’une expérimentation du bonheur (qui peut se traduire dans le poème par l’attitudes de « ces dames [qui] sont aigries » v.11). Cette impossibilité à expérimenter le bonheur, c’est l’ennui, et le poème est l’expression d’une résignation face à cette impuissance.

- A côté de ce nihilisme métaphysique, on retrouve le ton habituel des Complaintes. Etudier en particulier :

· La jovialité et la simplicité de la parole ;

· La plainte amoureuse et la subversion du motif amoureux ;

· Les effets d’oralité et les tours populaires : parenthèses, incises (fonction discursives), les interjections.