Navigation rapide

Accueil > Collège & lycée > Le français en Première > Convaincre, persuader, délibérer > La rhétorique > Définition de la rhétorique (extrait n°2)

Définition de la rhétorique (extrait n°2)

novembre 2002

Chapitre II, Livre Premier

Définition de la rhétorique. La vraisemblance, le signe, l’exemple.

I/ La rhétorique est la faculté de considérer,
pour chaque question, ce qui peut être propre à
persuader. Ceci n’est le fait d’aucun autre art,
car chacun des autres arts instruit et impose la
croyance en ce qui concerne son objet : par
exemple, la médecine, en ce qui concerne la
santé et la maladie ; la géométrie, en ce qui
concerne les conditions diverses des grandeurs ;
l’arithmétique, en ce qui touche aux nombres, et
ainsi de tous les autres arts et de toutes les autres
sciences. La rhétorique semble, sur la question
donnée, pouvoir considérer, en quelque sorte, ce
qui est propre à persuader. Voilà ce qui nous fait
dire qu’elle n’a pas de règles applicables à un
genre d’objets déterminé.

II/ Parmi les preuves, les unes sont indépen-
dantes de l’art, les autres en dépendent. Les
premières sont toutes celles qui ne sont pas
fournies par notre propre fonds, mais préexistent
à notre action. Tels sont les témoins, la torture,
les conventions écrites et les autres éléments de
même nature. Les preuves dépendantes de l’art,
c’est tout ce qu’il nous est possible de réunir au
moyen de la méthode et par nous-mêmes. Nous
avons donc, en fait de preuves, à tirer parti des
premières et à trouver les secondes.

III/ Les preuves inhérentes au discours sont de trois sortes : les unes résident dans le caractère moral de l’orateur ; d’autres dans la disposition de l’auditoire ; d’autres enfin, dans le discours lui-même, lorsqu’il est démonstratif, ou qu’il paraît l’être.

IV/C’est le caractère moral - de l’orateur- qui amène la persuasion, quand le discours est tourné de telle façon que l’orateur inspire la confiance. Nous nous en rapportons plus volontiers et plus promptement aux hommes de bien, sur toutes les questions en général, mais, d’une manière absolue, dans les affaires embrouilllées ou prêtant à l’équivoque. Il faut d’ailleurs que ce résultat soit obtenu par la force du discours, et non pas seulement par une prévention favorable à l’orateur. Il n’est pas exact de dire, comme le font quelques-uns de ceux qui ont traité la rhétorique, - que la probité de l’orateur ne contribue en rien à produire la persuasion ; mais c’est, au contraire, au caractère moral que le discours emprunte je dirai presque sa plus grande force de persuasion.

V/ C’est la disposition des auditeurs, quand leurs passions sont excitées par le discours. Nous portons autant de jugements différents, selon que nous anime un sentiment de tristesse ou de joie, d’amitié ou de haine.
C’est le seul point, nous l’avons dit, que s’efforcent de traiter ceux qui nous écrivent aujourd’hui sur la rhétorique. Nous entrerons dans le détail à cet égard, lorque nous parlerons des passions.

VI/ Enfin, c’est par le discours lui-même que l’on persuade lorsque nous démontrons la vérité, ou ce qui paraît telle, d’après des faits probants déduits un à
un.