Accueil > Collège & lycée > Le français en Première > L’Humanisme > Corpus > Du Bellay

Du Bellay

novembre 2002

 : Du Bellay, La Défense et illustration de la langue française, chapitre IV, 1549.

Lis dons et relis premièrement, ô poète futur, feuillette de main nocturne et journelle les exemplaires Grecs et Latins ; puis me laisse toutes ces vieilles poésies françaises aux jeux floraux de Toulouse et au Puy de Rouen : comme rondeaux, ballades, virelais, chants royaux, chansons et autres telles épiceries, qui corrompent le goût de notre langue, et ne servent sinon à porter témoignage de notre ignorance.

Jette-toi à ces plaisants épigrammes, non point comme font aujourd’hui un tas de faiseurs de contes nouveaux, qui en un dizain sont contents n’avoir rien dit qui vaille au neuf premiers vers, pourvu qu’au dixième il y ait le petit mot pour rire : mais à l’imitation d’un Martial, ou de quelque autre bien approuvé, si la lascivité ne te plaît, mêle le profitable avec le doux. Distille avec un style coulant et non scabreux ces pitoyables élégies, à l’exemple d’un Ovide, d’un Tibulle et d’un Properce, y entremêlant quelquefois de ces fables anciennes, non petit ornement de poésie. Chante-moi ces odes inconnues encore de la Muse française, d’un luth bien accordé au son de la lyre grecque et romaine : et qu’il n’y est vers ou n’apparaisse quelque vestige de rare et antique érudition.

Et quant à ce, te fourniront de matière les louanges des dieux et des hommes vertueux, les discours fatal des choses mondaines, la sollicitude des jeunes hommes, comme l’amour, les vins ; garde que ce genre de poème soit éloigné du vulgaire, enrichi et illustré de mots propres et épithètes non oisifs, orné de graves sentences, et variés de toutes manières de couleurs et ornements poétiques, non comme un Laissez la verde couleur, Amour avecques Psyches, O combien est heureuse, , et autres tels ouvrages, mieux dignes d’être nommés chansons vulgaires qu’odes ou vers lyriques.