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Ecriture de soi et lecture de l’autre

vendredi 3 janvier 2003

Ecriture de soi et lecture de l’autre, Textes réunis et présentés par Jacques Poirier aux Editions Universitaires de Dijon, 2002

Ce volume contient les différentes communications présentées au colloque « Ecriture de soi et lecture de l’autre ».

Voici un ouvrage qui me paraît particulièrement intéressant pour les professeurs de lycée, qui ont à traiter de l’objet d’étude « le biographique ». Il sera également fort utile à ceux qui préparent le capes ou l’agrégation de lettres, en particulier pour l’épreuve de didactique. Des problématiques essentielles y sont traitées, ouvrant de nombreuses perspectives.

Cet ouvrage aborde d’une façon rigoureuse et nouvelle la question de l’écriture de soi. La problématique qui sert de point de départ à chaque étude est mentionnée dès l’avant-propos : « le sujet doit reconnaître qu’on ne se retrouve pas sans détour et qu’autrui est "le médiateur indispensable entre moi et moi-même", comme l’écrit Sartre dans L’être et le néant. »
Chaque étude se propose donc de montrer « comment des écrivains se reconnaissent au miroir d’une écriture autre. » (Avant-propos)

Ecriture de soi et lecture de l’autre comprend quatre sections liées par l’image du miroir :

  • La première, Ecriture de soi au miroir du texte comporte onze articles sur des écrivains tels que Beckett, Svevo, Yourcenar, Leiris, Borgès,...
  • La seconde, Ecriture de soi au miroir de l’autre contient quatre articles sur Zweig et Balzac, Anzieu lecteur de Beckett, Quignard et Homère, et un article sur un roman de J.-B. Puech.
  • La troisième, Lecture de soi au miroir de soi est composée de cinq articles. Le premier évoque « le parcours qui mène un romancier à l’autobiographie » (p. 161). Le dernier est écrit par Serge Doubrovsky « Ecriture/lecture : face à face ». A partir de son œuvre, il aborde la notion d’intertextualité qui fut au centre de chaque communication du colloque.
  • « Ecriture de soi et lecture de l’autre » de Philippe Lejeune conclut cet ouvrage. Il y analyse les deux grands thèmes contenus dans le titre du colloque.

    Chaque article réunit l’actualité des recherches - linguistique, littérature - et l’étude rigoureuse de l’œuvre étudiée. Ce qui est fort utile pour la préparation de nos cours !

    Ainsi, dans son article Cendrars au miroir : réflexions sur Bourlinger, Michèle Touret commence par montrer la fonction de la citation de Montaigne mise en exergue : certes elle « oriente vers une lecture personnelle », mais elle « est aussi un avertissement au lecteur » (p. 27). Analysant le rôle de cette citation, Michèle Touret conclut que « Montaigne offre au seuil de Bourlinger une image, une allégorie du texte personnel que contrebalancent les autres citations qui l’encadrent graphiquement et qui invitent à l’action » (p. 28). La suite de l’article analysera en détail le rôle joué par d’autres citations et par la mention d’autres écrivains tels que Rémy de Gourmont et Nerval.
    La question de l’énonciateur est vue comme un « étrange jeu de miroir où Cendrars se reflète dans la figure d’un voyageur des temps passés ».
    Celui que Cendrars nomme « le lecteur inconnu » fait également l’objet de nombreuses réflexions. La lecture aussi. « Toute lecture est dévastation. » écrit Michèle Touret (p. 34). Une « théorie de la lecture comme perversion de l’autre et de soi-même » est ensuite analysée par l’auteur.
    L’accent est mis sur les premières pages de Bourlinger qui « dépasse[nt] la simple analogie entre la figure d’un aventurier du XVIIe siècle qui écrit ses mémoires et celle d’un écrivain mémorialiste qui se donne pour un aventurier ». Et en effet, les pages liminaires sont riches d’enseignements pour l’interprétation de cette œuvre de Cendrars.