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Etude du préambule des Confessions de Rousseau

mercredi 14 mai 2003

Etude du préambule des Confessions

Ce texte est le début des Confessions de Rousseau philosophe du XVIII ème siècle. Cette œuvre est considérée comme le modèle de toute autobiographie. En effet, l’auteur affirme son projet de dire toute la vérité sur sa vie, de raconter ses faiblesses comme il racontera ses moments de gloire. C’est à partir de cette œuvre que Philippe Lejeune a établi la notion de pacte autobiographique. Cette notion met en évidence la relation entre l’auteur et le lecteur. L’auteur s’engage à écrire un texte dans lequel le mensonge romanesque n’aura pas sa place. L’écriture est ici synonyme de vérité, et de vérité sur soi.

D’autres auteurs avant Rousseau ont écrit sur eux-mêmes : Villon, Montaigne, Saint-Augustin, mais aucun n’a véritablement fait de l’écriture personnelle un genre à part entière.

Nous étudierons dans cet extrait la notion de pacte autobiographique et les enjeux de l’écriture de soi.

Dès le début, Rousseau montre que son projet autobiographique n’eut jamais d’égal : « Je forme une entreprise qui n’eut jamais d’exemple, et dont l’exécution n’aura point d’imitateur. » Il a parfaitement conscience d’écrire un genre nouveau, qu’il ne cessera, toute sa vie, d’approfondir : Les Rêveries du promeneur solitaire, Rousseau juge de Jean-Jacques, et des lettres, comme la lettre à Monsieur de Malesherbe.

L’écriture personnelle se dote d’une fonction philosophique. A travers son portrait, c’est le portrait de tous les hommes que Rousseau envisage de faire. Il ne s’agit pas seulement de raconter des faits anecdotiques sur sa vie, il s’agit aussi d’étudier l’âme humaine : « Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de sa nature. » On reconnaît aisément le vocabulaire du philosophe : connaître la nature de l’homme, ou l’homme dans l’état de nature, furent les préoccupations de Rousseau.

Très vite, le discours autobiographique et philosophique acquiert une dimension morale à caractère religieux. Le lecteur comprend alors le titre de l’œuvre, qui rappelle celui de Saint-Augustin : « Que la trompette du Jugement dernier sonne quand elle voudra ; je viendrai ce livre à la main me présenter devant le souverain juge. » Il apparaît ici clairement que Rousseau a écrit pour se justifier aux yeux de Dieu comme aux yeux des hommes. Cette justification passe par une volonté de « transparence » (expression de Starobinski) : « Voilà ce que j’ai fait, ce que j’ai pensé, ce que je fus. » Cette volonté de transparence est problématique. Rousseau s’en rend déjà compte : comment la mémoire peut-elle être suffisamment fiable pour permettre à l’auteur de raconter toute sa vie ? Car l’autobiographie, c’est bien ce désir de tout dire, de raconter sa vie depuis son commencement, d’évoquer ses origines, jusqu’au moment de la vieillesse qui est le temps de l’écriture.

L’auteur des Confessions a résolu dans l’écriture le problème de la fiabilité de la mémoire et des souvenirs : « j’ai pu supposer vrai ce que je savais avoir pu l’être, jamais ce que je savais être faux. » On le voit ici, la vérité autobiographique n’est pas synonyme de vérité des faits mais plutôt de sincérité, de bonne foi de l’auteur. L’autobiographie est donc autant un genre qu’une forme d’écriture : Rousseau définit l’écriture du souvenir défaillant comme « quelque ornement indifférent ». Voilà une expression pour le moins étonnante ! Ces ornements dont parle l’auteur ne sont-ils pas des mensonges, puisqu’ils ne parlent pas de faits réels ?

La fin de cet extrait est une prière, une adresse à Dieu à qui Jean-Jacques recommande son œuvre. Il appelle les hommes à ne le juger que sur ce qu’il aura dit dans ses Confessions, et à ne pas tenir compte des propos calomnieux qui circulent à son sujet. Mais surtout, Rousseau en appelle à ses lecteurs : « qu’ils écoutent mes confessions, qu’ils gémissent de mes indignités, qu’ils rougissent de mes misères » . Rousseau invite ses lecteurs à partager sa vie à travers son écriture, et c’est peut-être là le véritable dessein de l’autobiographie.

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