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Extrait d’Alain Zannini

mercredi 22 janvier 2003

J’ai choisi deux extraits qui sont mis sur le site avec l’aimable autorisation de l’auteur : Marc-Edouard NABE.

Alain Zannini

Roman

Editions du Rocher

Marc-Edouard Nabe

Extrait du chapitre 3 « L’Autopocalypse » , p. 21

J’ai l’air en forme comme ça, mais je suis détruit. En fait, c’est dès que j’écris que je vais mieux. Il y a cinq secondes, ça allait très mal. L’écriture ne reflète pas du tout mon état d’esprit présent, même au passé. Voilà pourquoi les temps flottent. C’est assez agréable de passer du présent au passé et de repasser au présent, non ? Laissons-nous, vous et moi (dans la même galère), bercer par cette houle temporelle. Je raconte actuellement une histoire, mais au moment où je l’écris, je suis déjà un autre. J’ose à peine dire que ces lignes ont été écrites à Patmos, là où j’étais en souffrance. Ce n’est même pas plus tard que je me souviens de tout ça ! Faudra-t-il (futur) que je me replonge (présent) dans ce que j’ai vécu (passé) pour me retrouver enfin ? Un drôle de roman commence : je veux vous prévenir, vous, lecteur du seul temps qui existe, celui de la lecture. Vous êtes dans le vrai moment de ma vie, moi je n’y suis que par anticipation, et encore, rétrospectivement !

Extrait du chapitre 20 « Zorro est arriviste » p. 217

Je me trouve toujours dans des situations scabreuses ou baroques, où les symboles abondent. Tout fait écho dans ma caisse de résonance (que j’écrirais bien « raisonnance » tant les sons qui s’y répondent ont un sens). Tout se recoupe toujours si violemment autour de moi que je suis tailladé par ce qui m’arrive. Chassés-croisés, quiproquos, coïncidences, doublons, retournements de situation : quand j’en ai pris conscience, j’ai décidé de tenir mon Journal, ma vie était trop rocambolesque pour faire autrement. C’est une tragédie hilarante de passions exaltées : je jouis, je pleure, j’écris, je ris, je suis en extase, puis anéanti, puis adoré, puis haï, puis trahi, puis sauvé… Si vous regardez bien, je suis le plus humilié de tous, j’ai l’index du destin pointé vers moi, et souvent sur moi, ça me fait mal quand on appuie sur ma vie ! Comment faire pour moins vivre ?

_N’oubliez pas que vos chères Muses, à vous l’artiste, sont les filles même de la Mémoire. Elles sont désignées comme « sources d’oubli » ! ça signifie au fond que l’art est hostile à ce qu’on se rappelle quoi que ce soit. Il permet juste de sortir de son seul être. Toutes les Muses sont là pour vider l’homme de sa mémoire, c’est à dire de ce qui le rattache à leur mère… Ah ! c’est bien foutu la Théogonie ! Oubliez donc ce que vous écrivez en le vivant, puisqu’en écrivant vous oubliez ce que vous vivez…

_Je ne fais que ça dans mon Journal !

_Oui, mais vous le publiez ! En représentant le passé, vous faussez le jeu. Impossible d’oublier…

_Moi c’est la publication qui me permet vraiment d’oublier ! Ô Journal, mon Léthé intime !