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Roman

HISTOIRES DE FEES de MOKA

2007

ILLUSTRATIONS : ALICE CHARBIN

EDITE CHEZ GALLIMARD JEUNESSE, Foliot cadet, mai 2006

Etude proposée par Béatrice Parmentier, étudiante en PE1 à l’IUFM du Pacifique.

Histoires de fées, est un roman pour la jeunesse écrit par l’auteure Moka, illustré par Alice Charbin et publié chez Gallimard dans la collection Foliot Cadet en mai 2006. C’est l’histoire d’une petite fille, Claire (elle doit avoir aux alentours de sept ans), qui est une enfant unique et qui vit avec sa mère, son père, son lapin et son chat. Pour tromper l’ennui et embellir son quotidien, elle se raconte des histoires, s’invente un frère et une sœur, mais surtout des amies magiques, les fées qui prennent vie petit à petit et qui élisent domicile dans son jardin :

« Les fées ne partaient pas. Elles s’étaient installées dans les rêves de Claire. Et elles l’accompagnaient partout. »

C’est ainsi que nous faisons connaissance avec la fée du grenier qui s’ennuie, la fée Tabouret grâce à qui le lapin Alphonse se transforme en héros, et la fée Belladone qui met en danger le chat Lucky.

Ce roman peut être lu pour le plaisir dès 7 ans par des élèves bons lecteurs, mais la richesse de ses procédés littéraires (les fées font irruption avec magie dans la vie quotidienne mais aussi dans l’écriture romanesque)
nous amènera plutôt à l’étudier avec une classe de cycle 3 (du CE2 au CM2).

Précisons que des élèves de Sixième liraient également cette œuvre avec plaisir, surtout les filles !

Le roman s’articule autour d’un va et vient entre le réel et l’imaginaire, qui se traduit par l’intrusion d’une histoire dans l’histoire : l’histoire des fées est introduite à chaque fois par la formule magique « il était une fois », qui s’intercale dans l’histoire de Claire ; ce va et vient se rencontre à plusieurs niveaux :

1-au niveau des personnages, avec une dualité entre le personnage de la mère et celui du père ;

La mère joue un rôle important et entretient une relation privilégiée avec sa fille. Elle a les pieds sur terre, donne du sens à ce qu’elle fait (ses différentes tâches ménagères par exemple), elle est bien ancrée dans la réalité. Mais elle sait aussi entrer dans le monde imaginaire de sa fille en lui racontant des histoires…de fées bien sûr !

Le père est quant à lui un personnage secondaire. Il n’apparaît que deux fois dans le roman et n’est d’ailleurs illustré qu ’une fois, et qui plus est, de dos : il ne partage pas l’univers féerique de sa fille. Cependant il nous est présenté lui aussi sous deux angles. Nous le découvrons dans le grenier, espace aérien propice à la rêverie, entouré de livres qui peuvent inviter à leur tour à un voyage dans l’imaginaire. On le retrouve ensuite bien ancré dans la réalité lorsqu’il emmène Alphonse le lapin chez le vétérinaire parce qu’il sait que lui seul peut le soigner.

Les animaux, qui par la magie de la pensée animiste de Claire parlent et écoutent, comprennent et portent un prénom contrairement aux adultes.

2- au niveau des lieux, qui installent une dualité entre monde intérieur/clos relié à l’imaginaire et monde extérieur/ouvert relié au réel.

Le premier monde clos c’est celui intime de Claire, de sa pensée qui fait naître tous les possibles (« …la tête de Claire était pleine de choses… »), mais c’est aussi le monde clos de la maison :
sa chambre et celle de ses parents, lieux privilégiés du rêve,
le grenier rempli de livres,
le jardin, espace clôturé et donc intérieur, qui est le lieu d’habitation des fées.

Les mondes extérieurs étant ceux de la remise à vélos qui se trouve « au fin fond du jardin », où Claire peut extérioriser sa colère bien réelle, et la route, monde ouvert à tous les dangers, à la peur et à la mort possible.

3- au niveau du temps qui opposent la nuit, moment associé à l’imaginaire et le jour moment associé au réel (c’est durant la nuit que se joue le bal des fées et c’est durant la journée que s’éternise la platitude du quotidien).

4- au niveau de la forme, de la structure même de l’ouvrage cette idée de dichotomie apparaît aussi. Nous assistons en effet à un va et vient incessant entre récit et dialogues.

Le passage que nous avons choisi d’étudier se situe vers la fin du roman et met en avant d’une certaine façon ce rythme binaire qu’on retrouve tout au long de l’ouvrage. Il s’agit en fait d’une scène clé reposant sur la confrontation de deux points de vue sur le double thème réel/imaginaire. Nous assistons là à l’affrontement entre deux visions du monde, celle de l’enfant et celle de l’adulte. Claire et sa mère s’opposent dans un premier temps et trouvent finalement un terrain d’entente grâce à l’intelligence sensible maternelle.
Page 54 « Claire aperçut maman qui venait vers elle. » à la page 56 « Et moi je continuerai de faire comme je peux. Simplement ! ».

Claire, dépitée après la réaction de sa mère qui n’accorde aucun crédit au récit du bal nocturne des fées, s’est réfugiée dans la remise à vélo où elle maugrée. L’arrivée de sa mère entraîne alors une explication franche entre les deux personnages. C’est donc une scène essentiellement dialoguée, toute habillée de tendresse, où se mêlent l’incompréhension et le questionnement d’une enfant face au regard bienveillant d’une mère qui aime et qui comprend. Cette dernière fait en quelque sorte le mea culpa des adultes qui à trop vouloir rationaliser le monde ont perdu le sens si précieux de l’imaginaire et qui, malheureusement en dépossèdent parfois les enfants au lieu de les laisser rêver. C’est une scène qui interpelle le lecteur adulte et le fait réfléchir sur son attitude parfois incohérente (lire des contes aux enfants et leur dire ensuite qu’il ne faut pas y croire) mais aussi une scène qui à l’inverse encourage le lecteur enfant à nourrir son sens du merveilleux (« Continue à croire aux fées ma Clairette. C’est toi qui a raison. »)

Quelques pistes de travail sur cet extrait (p. 54-56) :

  • Lecture à haute voix :
    Constituer des binômes et faire oraliser le scène dialoguée, un autre élève fera le narrateur.
    Théâtraliser la scène en insistant sur l’intonation et la gestuelle pour exprimer les sentiments de colère et d’incompréhension de l’enfant et à l’inverse la compréhension et la compassion maternelle.
  • Observation réfléchie de la langue
    Reconnaître les spécificités du dialogue : la ponctuation (tirets, points d’interrogation et d’exclamation…), les verbes introducteurs, le temps des verbes du dialogue et des verbes introducteurs, le style direct, en sémantique rechercher les mots ou groupes de mots qui dénotent la colère, l’incompréhension, la tendresse…
  • Ecriture
    Ce roman nous fait entrer dans un monde très féminin et risque de ne pas intéresser (tous) les garçons de la classe ; aussi nous pourrions proposer un travail de réécriture :
    Demander à la classe de changer le personnage de Claire en celui de Tom par exemple et remplacer les fées par un héros aux pouvoirs surnaturels pourrait motiver les garçons. La consigne serait de réécrire l’incipit jusqu’à « avant de se coucher » ou encore d’inventer une historiette en individuel ou en collectif en prenant les nouveaux éléments en compte. L’intérêt de la réécriture du texte étant de respecter les modifications au niveau des pronoms, des accords des adjectifs, des mots (« copines » devient « copains », « ailes » peut devenir « masque » ou « cape « )…
  • Arts plastiques
    Demander aux élèves de dessiner ou de peindre le monde d’Histoire de fées tel qu’ils le voient . Cette activité peut se faire en collectif sur un grand panneau. L’intérêt étant de voir émerger et se mêler les représentations du monde de chaque enfant.

    En conclusion, nous pouvons dire que ce roman teinté de fantaisie rafraîchissante et de douceur peut faire vivre à toute la classe (y compris à l’adulte) un petit moment de magie et d’évasion, et surtout servir d’outil motivant et de tremplin pour la production d’écrits que les élèves n’affectionnent pas toujours. Le thème général de l’ouvrage étant celui de l’imaginaire et de la créativité, les élèves pourront s’en inspirer.

    Ce roman nous promène avec grâce sur les chemins du monde réel et du monde irréel sans jamais vraiment nous en faire percevoir la frontière…(si frontière il y a). La chute du roman (dernière illustration) ne vient- elle pas nous dire que lorsque l’on croit réellement à ses rêves ils peuvent prendre vie ? Cela n’est-il valable que dans le monde de l’enfance ? A chacun d’y voir clair et de répondre à la question. Toutefois, il faut reconnaître que nous avons tous parfois besoin de nous raconter des histoires pour avancer dans la vie, et d’avoir recours à l’imaginaire quand la réalité diffère de celle que nous souhaitons.