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Hadrien Laroche : Les orphelins

vendredi 3 mai 2013

Un premier roman qui nous entraîne au cœur de trois histoires, trois passés aux lourdes conséquences, trois destinées différentes et pourtant liés. Le lien ? C’est ce narrateur, ce « je » omniprésent qui, au cour d’un périple singulier, rencontre ou redécouvre trois personnages atteints d’une même souffrance : celle de l’orphelin.

H. née Bloch est juive, elle n’a jamais fait le deuil de son père, demeuré aux camps pendant la seconde guerre mondiale. De cet impossible deuil, elle tient sa mère pour responsable, avec qui ses rapports complexes sont conservés précieusement grâce aux enregistrements de leurs longues conversations téléphoniques, faites de silences et de non-dits. Le narrateur observe, décrypte ce personnage singulier qui l’héberge, dont la souffrance est figurée à travers ces miettes de pains qu’elle garde précautionneusement, les miettes de son père, symboles du poids d’un passé dont elle ne peut se détacher puisqu’ « inlassablement elle continuerait à fabriquer du vinaigre sur le dos de sa mère, à ronger les miettes de son père, à battre le beurre de son enfance »... H. née Bouttetruie, elle, vit avec son mari, retirée dans un chalet. Elle souffre de la maladie orpheline. Chez elle, tout est ruine, de son couple à sa maison : « en vérité H. née Bouttetruie était détruite. Comme je n’ai pas tardé à m’en rendre compte, le bâtiment aussi ». Souffrances psychologiques, du sentiment d’abandon à l’impossible grossesse, un grand-père « orphelin de la vérité », un couple à la dérive, une maison en ruines à l’image d’un protagoniste agonisant, qui ne se dit que « capable de transmettre la mort ». Enfin, H. né Berg, un parent respecté du narrateur mais qui nourrit depuis l’enfance un tragique dessein : il « avait décidé de s’amputer vivant de père et mère ». Enfant rejeté par une mère qui s’inventait une autre vie, terrifié par un père rigide et désintéressé, H. né Berg va déshériter ses parents ce qui les conduira à la mort, et finira tragiquement par devenir celui qu’il a tant haï, son père.

Hadrien Laroche, cet homme de lettres devenu attaché puis conseiller culturel au ministère des affaires étrangères, nous offre ici un premier roman poignant en nous entraînant au cœur du quotidien de ces hommes et ces femmes en souffrance : Les orphelins. Le narrateur est le fil conducteur de ce récit, il nous amène avec lui : nous nous retrouvons alors hébergé par H. née Boch, parti rendre visite à H. née Bouttetruie, son amie, et enfin, marchant dans la neige pour aller à la rencontre de ce parent respecté dont la mère l’héberger autrefois : H. né Berg.

A l’aide d’un vocabulaire familier, souvent cru, Laroche nous plonge dans une atmosphère angoissante, aux côtés de ces êtres à la dérive que le passé, la maladie, ou encore la vengeance ont rongé peu à peu. Ici, les objets et les lieux sont d’une grande importance, puisqu’ils symbolisent les souffrances de ces personnages, orphelins à leur manière. Les miettes de pain, le chantier du chalet en construction, « le circuit invisible du liquide curateur » de la plomberie qui devient « machine » du cœur et du corps, ou bien un tapis piétiné prennent alors tout leur sens. Ils représentent le poids d’un passé qu’on ne quitte jamais vraiment, la douleur destructrice, une humanité orpheline, autant de thématiques qui sont au centre du travail d’Hadrien Laroche.

Ainsi, le narrateur devient témoin de ces bribes de vie et continue sa marche, des miettes de pain dans les poches, « restes de ces femmes et de ces hommes chez qui [il avait] été accueilli, hébergé, nourri, et qui du comble de la douleur et de leur folie [lui avaient] apporté le repos »