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John Chatterton Détective d’Yvan Pommaux

2008

Dans John Chatterton Détective (Ecole des Loisirs, collection Lutin Poche) Yvan Pommaux revisite le conte traditionnel du Petit chaperon rouge. Parce qu’elle nécessite la connaissance des contes de Perrault et de Grimm, la lecture de cet album pourra être faite en classe dès la fin du cycle 2 et au cycle 3. Les activités que nous proposons ici s’adressent à une classe de CE2 (période du second semestre).
Comme le titre l’indique, John Chatterton est un détective. Alors qu’il lit tranquillement son journal, une femme sonne à sa porte et lui confie la mission de retrouver sa fille qui a mystérieusement disparu. Après un bref entretien, les deux personnages se quittent sur le pas de la porte du détective, et John Chatterton se lance aussitôt dans l’enquête...

Comme nous l’avons dit, l’album s’ouvre sur une disparition qui sert d’élément déclencheur de l’histoire. Qui est cette fille qui a disparu ? Le lecteur peut déjà soupçonner qu’elle a quelque chose à voir avec le Petit Chaperon Rouge au moment de la description faite par la mère p. 11 : « Rouge !.. Tout en rouge ! Sandales rouges, socquettes rouges, pantalon rouge, chemise rouge, nœud rouge dans les cheveux » : tout y est, sauf le célèbre chaperon ! Le personnage principal a également des doutes : voir page 13 : « Une disparition … Une fille en rouge … Une grand-mère … ça rappelle cette sombre histoire où la fille et la grand-mère sont mangées par un loup … à moins … à moins, si mes souvenirs sont bons, qu’un chasseur ne les sauve. »

L’écriture de l’album nous paraît ici particulièrement intéressante. En effet, l’auteur ne se contente pas de réécrire le conte de Perrault ni d’en reprendre les célèbres invariants. Il y fait référence très clairement dans la bouche d’un personnage de sa création, qui se demande, tout comme le lecteur, s’il n’y aurait pas là un rapprochement à faire avec le conte célèbre.

Il conviendra alors de s’interroger sur la présence des invariants et de leur réécriture.

Les personnages dans un premier temps. Nous travaillerons sur leur ordre d’apparition et sur l’importance qui leur est donnée. Notons ainsi que la grand-mère n’existe que dans les paroles de la mère. Peut-être a-t-elle été mangée ? Cette question pourra faire l’objet d’un débat en classe. La mère a quant à elle une plus grande part à l’histoire que dans la version initiale puisque nous la voyons longuement au début et un peu à la fin. Quant au loup, il n’apparaît qu’à la fin. Aussi la chronologie de l’histoire s’en trouve-t-elle bouleversée : on pourrait supposer que nous sommes à la fin du conte de Perrault, et pour la mère du Petit Chaperon Rouge sa fille a réellement disparu !

Les lieux jouent également un rôle clé dans cette réécriture. La forêt est remplacée par un décor urbain tout aussi inquiétant. Il y fait sombre et les rues et le square sont déserts. Ce sont les illustrations qui donnent toute leur importance aux lieux. Elles font en effet l’objet d’un travail de création que nous analyserons plus tard.

Grâce à tous ces procédés de réécriture, l’histoire du Petit Chaperon Rouge passe du statut de conte à celui d’énigme policière et de « sombre histoire », dont le livre dessiné page 9 est emblématique. C’est bien la présence de John Chatterton détective qui permet cela, personnage nouveau qui fait désormais partie du réseau du Petit chaperon rouge, au sens où nous parlons à l’école de littérature en réseau.

Pour faire comprendre cette réécriture originale et ses procédés aux élèves, nous jouerons à notre tour sur l’idée d’enquête policière en faisant chercher à la classe les indices qui suggèrent tout au long de l’album que c’est bien du Petit Chaperon Rouge dont on parle. Cette recherche est une invitation à entrer dans la lecture découverte. Elle est aussi un travail sur la compréhension et la lecture de l’image.

Nous commencerons par la lecture du descriptif des vêtements que nous avons cité car la couleur rouge est très fortement connotée quand il s’agit d’évoquer les personnages des contes traditionnels. Yvan Pommaux s’amuse à brouiller les pistes, puisque qu’il n’y a pas de chaperon ! John Chatterton nous suit sur ce thème des vêtements dans une série d’illustrations qui se passent de texte page 18 à 25. Les vêtements sont une prise d’indices pour le chat comme pour le lecteur : non seulement ils font référence au Petit Chaperon Rouge, mais en plus ils permettent à l’enquête de se dérouler et d’aboutir, car l’objectif de la lecture, pour le chat détective comme pour le jeune lecteur, est de retrouver le personnage caché.

Les pages 20-21 que nous avons évoquées sont particulièrement intéressantes pour l’étude de l’image : chaque vêtement rouge semble être mis en lumière. C’est sur eux que l’auteur veut insister et le lecteur surprend le chat dans ses découvertes successives.

Comme il n’y a pas de texte, nous pourrions partir de ces illustrations pour bâtir une production d’écrit dans laquelle il faudra inventer les paroles prononcées par le chat : nous avons vu page 13 qu’il lui arrivait de monologuer, aussi ferons-nous écrire des bulles. Nous commencerons par un travail à l’oral : nous ferons d’abord décrire les illustrations en nous intéressant aux différentes postures de John Chatterton, postures qui donnent à chaque fois un regard différent sur l’objet trouvé. Tantôt au premier plan, tantôt au second ou au dernier, les vêtements éparpillés donnent aux illustrations d’Yvan Pommeaux des accents cinématographiques ; le chat et les objets sont vu tantôt de dos, tantôt de face ou de profil. Les contrastes entre l’ombre et la lumière sont également très marqués.

Après ce travail descriptif, nous engagerons les élèves dans la narration : que fait John Chatterton ? C’est avec cette question que nous amènerons les élèves à écrire des bulles qui pourraient marquer tantôt sa surprise et tantôt sa joie de trouver des indices. Cela nous permettra alors de travailler en grammaire sur les phrases exclamatives et interrogatives. Ce travail d’écriture pourra être réalisé en atelier en mettant les élèves en binôme. L’enseignant travaillera alors en particulier avec les élèves les plus faibles et pourra faire écrire le texte en dictée à l’adulte.

John Chatterton d’Yvan Pommeaux est un album original qui attirera sans aucun doute l’attention des élèves. Sa lecture se placera au cœur d’une séquence en littérature en réseau sur le Petit Chaperon Rouge dans laquelle on trouvera, entre autres, Mademoiselle Sauve qui peut de Philippe Corentin, Chapeau rond rouge de Geoffroy de Pennart et Chaperon bleu marine de Dumas et Moissard. La lecture des autres albums d’Yvan Pommeaux permettra en outre de mener une littérature en réseau sur l’univers de l’auteur.


NB : Cette étude n’est pas exhaustive : on peut ajouter par exemple l’étude du personnage du loup : effrayant comme la version initiale. Effrayant dans les illustrations, + le texte : animal rusé, méchant, cruel. Son musée : sorte de panthéon littéraire et culturel de ce personnage phare de la littérature de jeunesse.