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Kant Pas à Pas

de Michel Coudarcher

2009

« Le caractère relève de la liberté : il est ce que l’homme fait de lui-même, d’après des principes de la raison choisis par sa volonté. » (Michel Coudarcher, p. 127)

Publié aux éditions Ellipses, Paris, 2008.
316 pages.

L’ouvrage de Michel Coudarcher s’ouvre sur une interrogation : qu’est-ce que la philosophie ? Ce problème initial répond à un objectif méthodologique tout en faisant déjà entrer le lecteur dans la philosophie kantienne : « Kant a parfaitement délimité le champ, aussi bien général que spécial, de la philosophie » (page 10).

Quel est ce champ ? L’auteur le présente dans une première partie de l’ouvrage pour ensuite resserrer son propos sur des problématiques cruciales présentées comme autant d’étapes que le lecteur est invité à suivre : l’étape spéculative, l’étape pratique, l’étape esthétique, l’étape de la religion et l’étape anthropologique.

Quels sont les domaines de la raison ?

Les conditions de possibilité d’une affirmation :

L’introduction inscrit la démarche critique de Kant au coeur des conditions de possibilité des énoncés de certitudes. « Cela délimite le domaine physique ou strictement scientifique, représenté par la métaphore du ciel étoilé, objet de l’astronomie newtonienne. »

Des problèmes qui la dépassent :

Certaines questions ne peuvent pas être définitivement résolues : « Ces problèmes inévitables de la raison pure sont Dieu, la liberté et l’immortalité. » (Critique de la raison pure).

Michel Coudarcher présente ensuite les grands axes de la philosophie d’Emmanuel Kant, axes qui seront développés dans les chapitres suivants : la philosophie spéculative, la philosophie pratique, la philosophie du jugement et la philosophie de la religion.

Intéressons-nous à la philosophie pratique qui étudie les conditions de possibilité de l’action morale : comment la raison donne-t-elle sa loi à la liberté ? » (p. 11).

Le chapitre intitulé « L’étape pratique » s’ouvre sur une mise au point très claire : on ne peut pas parler de morale kantienne au sens où Kant nous dirait ce que l’on doit faire. Il s’agit plutôt d’envisager les conditions de possibilité d’un acte moral, si tant est qu’un tel acte ait jamais existé. « Kant vise la morale proprement dite, c’est à dire l’universalité. » Et à ce titre, Michel Coudarcher ne manque pas de souligner que nous restons libres, et qu’il « s’agit bien d’une doctrine de la liberté. » (p. 125).

En s’interrogeant sur ce qui peut fonder la morale, Kant a pu constater que « les différentes inclinations, et en particulier la recherche du bonheur, sont incapables de fonder la moralité. » C’est donc sur la « volonté absolument bonne » que Kant s’est ensuite penché, volonté « qu’il présente sous la forme de l’impératif catégorique du devoir. »

Michel Coudarcher étudie donc successivement La bonne volonté (pages 126-129), Le devoir (pages 130-132), Les impératifs hypothétiques et l’impératif catégorique (pages 132-137), Le règne des fins (pages 137-138), avant de se pencher plus directement sur La Critique de la raison pratique (pages 139-150).

Ainsi, pour Kant, seule la bonne volonté peut être tenue pour bonne ; « seule la volonté peut être absolument bonne. Tous les autres biens ne sont que relatifs (à elle). » (page 126). La bonne volonté est alors posée comme « le principe subjectif de la morale », sans pour autant faire l’objet d’une définition, et elle s’oppose à d’autres qualités qu’un sujet peut avoir, comme l’intelligence, l’esprit de finesse, le jugement et les qualités du tempérament. Nous renvoyons le lecteur aux précisions que Michel Coudarcher apporte à ces « talents de l’esprit » aux pages 126-127.

Le problème philosophique qui est alors posé est le suivant : « Kant refuse de faire reposer la morale sur les qualités morales, objectivement considérées, sans référence à l’intériorité de l’intention. » Il faut alors souligner que la question « qu’est-ce qui est désirable ? », ne peut, en morale, être séparée de la question « qu’est-ce qui est bon ? » (page 127). C’est donc la bonté qui détermine le désir de l’homme, et non l’inverse, constat qui permet à l’auteur de situer Kant dans un débat philosophique déjà ancien et pleinement ancré chez Hobbes et Spinoza.

Ainsi, pour Kant, toutes les qualités sont bonnes si elles sont au service d’une bonne volonté. Elles ne sont que des moyens, alors que la bonne volonté, seule, est une fin en soi

D’où cette question : Qu’est-ce qui fait qu’une volonté est bonne ?

Michel Coudarcher affronte cette question en renvoyant d’abord son lecteur du côté des stoïciens qui distinguaient le telos (le résultat) et le skopos (la visée). Ainsi, « ce qui compte, pour définir la volonté, c’est l’effort, et non pas l’effet. La velléité n’est pas la volonté qui n’est pas suivi d’effet mais la volonté qui n’est pas suivie d’effort. »

Suit cette précision importante pour comprendre la pensée de Kant : « Pas de moralité sans bonne intention. » Mais dès lors un autre problème se pose, qui incite l’auteur à convoquer tout d’abord le Pascal des Provinciales : « Car enfin l’intention de celui qui blesse ne soulage point celui qui est blessé. Il ne s’aperçoit point de cette direction secrète, et il ne sent que celle du coup qu’on lui porte. Et je ne sais même si on n’aurait pas moins de dépit de se voir tuer brutalement par des gens emportés, que de se sentir poignarder consciencieusement par des gens dévots ». Puis l’Émile de Rousseau, dans lequel nous retrouvons le concept de conscience morale, qui est au coeur de la Profession de foi du vicaire savoyard.

Kant admirait Rousseau, qu’il appelait le « Newton du monde moral » (page 129). Avec la lecture de Rousseau, il donna à sa pensée un autre départ.

Après avoir expliqué ce qu’il faut comprendre par « bonne volonté » chez Kant, Michel Coudarcher traite de la notion de devoir. Nous nous contenterons ici de citer le petit bilan très pratique que l’auteur propose dans un encadré bien visible à la suite de chaque étude :

« Le devoir est le rapport moral, et non simplement légal, à la loi : il ne s’agit pas de lui obéir extérieurement mais de la respecter intérieurement. »

Vous trouverez plus de détails sur la notion de devoir dans le livre de Michel Coudarcher à partir de la page 130.

Les points forts de Kant Pas à pas :

Un langage clair et rigoureux qui rend avec aisance et fluidité la pensée d’un philosophe à la lecture difficile .

Des bilans en fin de section pour ne pas oublier l’essentiel.

Une vision globale de l’oeuvre de Kant qui permet de situer les différents moments de sa philosophie, dont la genèse de sa pensée dans le chapitre intitulé « Les préparatifs du voyage ». Les pages sur Kant lecteur de Hume nous ont particulièrement intéressée. La lecture de Hume avait, selon la formule fameuse, interrompu le sommeil dogmatique de Kant, « ce qui signifie en fait qu’il refuse d’assimiler, comme Leibniz, la cause à la raison. la cause est de l’ordre des vérités de fait, et non des vérités de raison. » (pages 20).

Un lexique des termes fondateurs.

Bref, c’est un manuel pratique de grande qualité... À lire absolument !

Présentation de l’éditeur

Pour qui veut apprendre à philosopher, Kant constitue une initiation irremplaçable. Mais il n’est pas d’une lecture facile. D’où la nécessité d’une introduction qui montre, pas à pas, comment se constitue non son système, mais sa pensée vivante car, si l’on veut être fidèle à Kant, le but n’est pas d’apprendre une philosophie, fût-elle la sienne, mais bien de devenir soi-même philosophe. Ce livre analyse donc la constitution de la philosophie kantienne, aussi bien dans sa genèse que dans sa structure. L’ouvrage précise les origines de la réflexion kantienne, le but qu’il se propose et l’élaboration de sa pensée à travers la discipline piétiste, la formation à la pensée de Leibniz, la méditation de Newton et la lecture de Hume. Il montre comment ces sources s’articulent dans la période pré-critique, puis aborde ce qui fait l’originalité de Kant : avant tout les œuvres critiques avec l’analyse simple et illustrée, mais précise et structurée, des grands ouvrages qui la constituent.