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L’affaire Zannini

lundi 19 mai 2003

L’affaire Zannini ouvrage collectif publié aux éditions du ROCHER, avril 2003.

« Tous les livres sélectionnés par le Jury Goncourt faisaient l’objet de copieuses critiques dans les journaux, quotidiens et hebdomadaires. Pas Alain Zannini. » (p. 84)

Cette phrase de Claire Debru, attachée de presse de Marc-Edouard Nabe résume assez bien la situation : comment expliquer le mutisme des médias face au dernier roman de l’auteur de Nabe’s dream ? C’est cette énigme que tente d’expliquer le présent ouvrage, presque sous forme d’enquête : on entend d’abord l’éditeur qui dans une préface superbe réaffirme son engouement pour les qualités littéraires de Nabe l’accusé.
Puis viennent, dans le désordre, l’attaché de presse, les critiques littéraires (les vrais, ceux qui analysent l’œuvre comme le font admirablement Isidora Pezard ou Laurent James), l’auteur lui-même, interrogé par mademoiselle Pezard, et bien sûr les pièces à conviction, car dans cette triste cabale littéraire, c’est à l’égard des professionnels - journalistes, éditeurs - que se porteront les accusations. A juste titre. Des lettres authentiques d’éditeurs frileux aux extraits de journaux, tout y est ! Le ton est presque farcesque quand on apprend que Jean-Paul Bertrand, le directeur des éditions du Rocher, et l’auteur incriminé, Nabe en personne, se sont amusés à envoyer l’énorme manuscrit d’Alain Zannini à différentes maisons d’édition …

Mais alors, mais alors (comme dirait Raymond Queneau), quel est donc LE problème ? A vrai dire, il est « un peu » inquiétant : les critiques ne voulaient pas, ne pouvaient pas lire ce roman, dépassés qu’ils étaient par les 809 pages de ce roman-fleuve. Je cite :

« De quoi le lecteur a-t-il faim ? Ah, de textes brefs. Délicieuse mode du prêt à consommer, en vérité montre à mi-chemin de rien et de si peu, ni nouvelle, ni conte, ni roman, confortablement figé derrière le masque du récit. » (p. 82)

C’est le triste constat d’une attachée de presse qui se rend compte que non, les journalistes qui ont reçu Alain Zannini en service de presse ne l’avaient pas lu… Triste constat pour la littérature ? Pas vraiment. Les lecteurs passionnés n’achètent pas leurs livres au poids … Disons plutôt que cet acharnement anti-Zannini nous semble d’un autre âge. Il est même curieux de la part de gens qui se piquent de littérature …

Heureusement tout de même, il y a les autres ! Ceux qui dévorent le livre en trois jours (ce qui n’est pas bien difficile : les chapitres sont courts et l’écriture de Marc-Edouard Nabe est d’une fluidité parfaite - ceci dit pour le temps de lecture incriminé).

J’ajoute que j’ai particulièrement apprécié les quelques cinquante pages d’entretien dans lesquelles Nabe nous livres les secrets de son art, comme lorsqu’il aborde les questions de la genèse du roman, de l’autofiction, des techniques de la narration, etc. _ Une belle leçon de Littérature.