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L’écriture d’invention à l’EAF

2003

L’écriture d’invention

"L’écriture d’invention contribue à tester l’aptitude du candidat à lire et comprendre un texte, à en saisir les enjeux, à percevoir les caractères singuliers de son écriture. Elle permet au candidat de mettre en œuvre d’autres formes d’écriture que celle de la dissertation et du commentaire. Il doit écrire un texte en liaison avec celui ou ceux du corpus, et en fonction d’un certain nombre de consignes rendues explicites par le libellé du sujet." (B.O. du 28.06.01)

_ C’est la première partie de cette citation du B.O. qui nous intéresse : l’objectif de cette épreuve est de vérifier qu’un élève a compris un certain nombre de choses sur les textes, et en particulier, nous dit-on, « les caractères singuliers de son écriture. »

Comme l’écrit Umberto Eco dans Lector in fabula, « le texte est une machine paresseuse qui exige du lecteur un travail coopératif acharné pour remplir les espaces de non-dit ou de déjà dit restés en blanc ».

C’est ce « travail coopératif acharné » que nous devons exiger des élèves et que nous mettons en œuvre quand nous analysons un texte, quand nous donnons aux élèves les moyens de lire un texte littéraire. Faire des élèves des « lecteurs modèles » (l’expression est encore d’Umberto Eco) requiert toute une série d’apprentissages, d’exercices et de pratiques. Sans doute, l’écriture d’invention en fait-elle partie. En effet, la lecture, et en particulier la lecture littéraire, fait appel à un certain nombre de compétences qu’il n’est pas toujours facile d’évaluer.

Le sujet d’invention les évalue par l’écriture. Cela signifierait qu’un élève est capable de lire une pièce de théâtre s’il sait écrire une scène « à la manière de », c’est à dire en respectant des registres, des formes d’écritures, un style, et les règles du genre. C’est donc une manière supplémentaire d’entrer dans les œuvres au même titre que le commentaire ou la dissertation.

Il est important de lier ces trois types d’exercices, de ne pas les considérer comme exclus les uns des autres, et cela dès le travail en classe, dès la séquence. C’est par là que nous allons commencer. A partir de ces quatre textes, nous allons bâtir une séquence en mettant en valeur l’apprentissage de ces trois exercice d’écriture. La forme même de l’examen y invite : les deux questions qui précèdent la partie écriture doivent guider les élèves vers chacun des trois sujets. Cette cohérence doit nécessairement apparaître sur le plan didactique, pendant les cours de français.

Par rapport aux textes proposés dans les pages sur l’argumentation (voir le rubrique « Persuader, Délibérer) , on demandera aux élèves de produire des textes argumentatifs.

- Les exercices préparatoires

Faire rédiger des paragraphes à partir des points étudiés i.e. : rôle de l’allocutaire dans un récit ; écrire un dialogue argumentatif ; rôle des exemple ; on demande la rédaction de deux types de texte : récit et dialogue. Comment élaborer des consignes précises ? Comment enseigner à écrire un texte en fonction d’un autre texte, en imitant un auteur, en obéissant à des règles ?

Les sujets d’invention donnés aux élèves s’appuieront sur des éléments précis étudiés pour chacun des textes.

Texte 1 : la Princesse de Clèves de Madame de La Fayette

Analyser le rôle de l’allocutaire

1/ Donnons du duc de Nemours une autre image : non pas celle d’un séducteur, mais celle d’un homme enfermé dans la médiocrité, la routine, une sorte de Charles Bovary. Réécrire l’extrait de La Princesse de Clèves en faisant apparaître cette autre image du personnage masculin. Montrer que La princesse craint l’ennui dans le mariage en non l’infidèlité ou la mort de la passion comme c’est ici le cas.

Critères de réussite : on attend une recherche au niveau des arguments, au niveau du vocabulaire et des type de phrases - des interrogatives essentiellement. On exige que le ton employé par la Princesse de Clèves soit conservé. Il s’agit bel et bien d’un exercice d’imitation.

Réécriture à partir de « Mais les hommes conservent-ils de la passion dans le mariage ? »

Proposition de corrigé :

Mais les hommes savent-ils faire preuve d’imagination dans le mariage ? Dois-je espérer de vous les conversations charmantes qui m’avaient réjouies au début de notre relation ? Monsieur de Clèves était peut-être le seul homme capable d’un tel génie, d’une telle fantaisie. Ma destinée n’a pas voulu que je profitasse de ce bonheur. Il s’animait, il avait l’art de m’entretenir, des heures durant, sur des sujets aussi passionnants que variés. Je ne suis pas sûre de trouver la même distraction à vos côtés.
Nous nous voyons chaque jour, à la même heure, au même endroit : cela vous convient. Vous ne vous lassez pas de nos sempiternelles discussions sur la Cour. Vous m’entretenez, à longueur de journée, des intrigues des courtisans. Mais si nous nous marions, si nous quittons Paris pour la Province, de quoi me parlerez-vous ? N’allez-vous pas vous enfermer dans un silence confortable, qui conviendra à votre caractère quelque peu effacé ? Vous êtes d’une humeur égale, et je ne saurais vous reprocher d’être lunatique, mais ne craignez-vous pas de me lasser ?
J’avoue que les passions peuvent me conduire ; mais elles ne sauraient m’aveugler. Vous avez un caractère doux, j’en conviens. On vous trouve aimable et charmant, mais je dois bien l’avouer, vous n’êtes pas de ceux qui attirent l’attention par leur esprit, par leurs conversations piquantes. Vous arrivez, l’on vous salue, mais l’on ne s’attarde point à vos côtés. L’on est embarrassé par vos silences, par vos interminables considérations sur le temps qu’il fait, par vos étonnements sur des choses que tout le monde sait dèjà depuis longtemps. Assurément, monsieur, je souffrirais avec peine l’ennui d’un mariage trop tranquille, d’une relation sans surprise. Si auprès de vous, chaque jour qui passe doit ressembler aux précedents, alors j’aime mieux renoncer à vous épouser. Je ne saurais m’unir à la monotonie.

2/ Trouver les arguments d’un texte : identifier et lister les arguments de la Princesse de Clèves et imaginer la réponse du Duc de Nemours, répondant point par point à ces arguments.

Texte 2 Supplément au voyage de Bougainvillede Diderot

L’écriture du dialogue

Proposition de sujets :

Imaginez un dialogue dans lequel deux personnages opposent deux modes de vie et défendent leurs positions ; exemple : un voyageur vs un sédentaire ; un célibataire endurci vs un homme marié ; un passionné vs un réticent aux nouvelles technologies ; un homme des villes vs un homme des champs, etc

Critères d’évaluation : emploi du présent pour énoncer et constater un fait ; emploi du conditionnel pour amorcer une critique. Syntaxe : emploi de concessives, d’impératives, d’interrogatives ; figures : prétérition, apostrophe ; utilisation de différentes fonctions du langage, notamment conative. Désigner la partie adverse de manière variées ; utilisation des démonstratifs.

Proposition de corrigé

Louis : Je pense qu’il y a bien assez de personnes et de paysages à découvrir chez soi.

Marco :Vous n’êtes donc pas curieux ?

Louis : Au contraire, je suis curieux de tout ce qu m’entoure : mes voisins, leurs habitudes, leurs mode de vie.

Marco : Mais alors, vous n’avez jamais quitté votre pays ?

Louis : Non.

Marco : Et cela vous satisfait ?

Louis : Absolument.

Marco : Voilà une bien curieuse façon d’envisager l’existence ! Vous devez être bien peu curieux, quoi que vous m’en disiez !

Louis : Je suis bien chez moi, et ne vois pas de raison de courir le risque d’un voyage.

Marco : Courir le risque ? mais le risque, c’est de rester chez soi, d’avoir la vue bornée par son quotidien ! pour moi, je dis qu’il faut voyager, voir du pays. Pourquoi ignorer le reste du monde et ses habitants ? quel plaisir trouve-t-on à passer sa vie auprès des mêmes gens, des mêmes maisons, dans les mêmes villes ou dans les mêmes campagnes ? Pourquoi avoir inventé la géographie, si c’est pour demeurer ignorant dans sa chaumière ? Vos vues rétrécies, je les trouve opposées aux progrès de l’humanité ; faites pour nuire à la science et à la fraternité entre les hommes. Nuisibles à la science car celle-ci n’a de sens que dans le partage des informations et de la communication. Nuisibles à l’humanité, car faites pour isoler les peuples. Hier encore, je regardais un livre sur les îles du Pacifiques. Combien toutes ces photographies, tous ces commentaires sont insipides face aux réalités que découvrent le voyageur. Pouvez-vous seulement imaginer la vie d’un Polynésien ? Si vous pouviez comparer votre vie à la sienne, assurément, vous feriez un bond en avant. Vous gagneriez en intelligence car votre esprit, que vous avez petit, permettez-moi de vous le dire, s’enrichirait de la connaissance de l’autre. L’altérité ? Cela vous dit-il quelque chose ?

Louis : Non.

Marco : L’altérité, c’est l’autre, avec tout ce qu’il a de différent de nous : sa culture, son mode de vie, sa langue aussi. Car entrer dans une culture qui nous est étrangère, la connaître, en goûter les charmes, vous savez, ce que l’on nomme un peu pompeusement « exotisme », eh bien c’est une expérience extraordinaire. Moi je suis un citoyen du monde. J’ai déjà beaucoup voyagé, mais je sais qu’il me reste encore beaucoup à voir.