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L’enfant qui grandissait de Vincent Cuvellier

Illustré par Charles Dutertre

vendredi 9 mai 2008

Publié aux éditions Gallimard Jeunesse, Collection « Giboulées », mai 2008.

Dans L’enfant qui grandissait, Vincent Cuvellier nous raconte une histoire pour le moins originale tout en renouant avec la grande tradition des contes de fées.

Karel vit près de Gutarest. Il a un ami, Josef, qui est un petit garçon minuscule. Cet ami est comparé à Tom pouce au premier chapitre : « Les infirmières, les médecins, les universitaires, les scientifiques, se succédèrent pendant trois jours pour voir ce nouveau Tom pouce, cet enfant qui ne pesait rien, ce petit machin qu’on avait du mal à nommer enfant. ». Josef est tout de même un petit garçon très gai. Sauf qu’un jour arrive le temps de l’école. Et c’est là que les problèmes commencent. Car, bien sûr, tout le monde se moque de lui à commencer par sa maîtresse : « Voici ce que tu vas faire : tu vas rentrer chez toi, demander à ta mère de te préparer de grands bols de soupes et de belles tranches de viande rouge, et tu reviendras dans cette école quand tu auras atteint une taille normale. » On devine bien le désarroi de l’enfant, désarroi qui est à bien une expérience humaine qui interroge : Comment être différent ? Comment accepter le regard des autres ? Et comment les rencontres humaines font de nous ce que nous sommes ?

Mais Josef a quand même de la chance car il a un ami, Karel, dont la personnalité intelligente et attachante saura l’aider à s’accepter...

Par un prodige incroyable qui fait de L’enfant qui grandissait un véritable conte de fées, Joseph se met à grandir, à grandir, à grandir jusqu’à atteindre des sommets incroyables ! Bien sûr, cet événement est loin de réconcilier Joseph avec le monde… trop grand ou trop petit on n’a jamais d’amis. Alors les saisons passent. Et la haute taille de Joseph devient un atout pour cueillir les pommes du paysan du coin lors des récoltes. Ce faisant, Joseph rêve à la petite Nadia qu’il avait rencontrée à l’école et dont il est amoureux. Mais la saison des pommes n’a qu’un temps ! Et Joseph est renvoyé à sa tristesse, à sa solitude, à l’incompréhension du monde qui l’entoure.

Cette superbe histoire nous montre le vécu de la différence à travers une écriture poétique et des illustrations pleines de charme, celles de Charles Dutertre. Qu’il soit grand ou petit, Karel aime son ami et décide de le sauver. En effet, Josef a grandi et il est devenu si grand qu’il ne peut plus sortir de sa maison. Quant à karel, il est devenu médecin, mais ce n’est pas la science qui va l’aider à sauver son ami : son grand cœur et sa sagacité lui seront d’un meilleur secours.

Ce nouvel album de la collection « Giboulées » chez Gallimard pourra être lu à partir de quatre ans. Il plaira également aux lecteurs du cycle 2 (entre 6 et 8 ans) et à ceux du cycle 3 (entre 8 et 10 ans), qui pourront le lire seuls.

L’organisation en chapitres permettra à l’enseignant de construire facilement une séquence sur cet album et d’organiser la lecture des élèves.

La séquence devra mettre l’accent sur les rapprochements avec le conte de fées, sur les personnages à la fois si différents et si proches et sur ce petit monde rural qui ressemble à s’y méprendre à nos villes en ce qu’il enferme l’individu au sens propre comme au sens figuré.

La compréhension et les grands thèmes de l’album :

On commencera par travailler la compréhension à partir de l’illustration de la page 6 qui montre une main géante dans laquelle se trouve un petit bébé, et en arrière-plan la nuit et une grande maison. Ce petit bébé qui tient dans la main étonne ! En effet, le titre nous invite à tout autre chose. L’enfant qui grandissait… En voilà une histoire ! Tous les enfants grandissent ! Mais dès la première illustration on devine que celui-ci aura du chemin à parcourir… La taille du livre nous donne des pistes : c’est un format inhabituel, tout en longueur, qui guidera les lecteurs tout au long des aventures de Joseph et Karel.

L’histoire est racontée à la première personne à la manière d’une autobiographie. Ce procédé facilite l’entrée dans la lecture. Le ton est celui de la confidence, du récit et de l’émotion que l’utilisation de la première personne renforce. Cette première personne montre le lien très fort qui unit Joseph et Karel d’un bout à l’autre de l’album : « Nous étions inséparables : souvent, je le portais à bout de bras pour qu’ils puissent voir l’horizon. » (page 7). Tout est raconté du point de vue de Karel et le lecteur, comme ce dernier, essaye de comprendre ce qui se passe lorsque Josef disparaît. Lors des séances de littérature l’enseignant pourra faire reformuler certains chapitres en demandant aux élèves de respecter l’emploi de la première personne. Cela pourra déboucher sur un travail en étude de la langue sur les marques de la première personne : pronoms personnels, désinences verbales, adjectifs possessifs, etc.

Cette attention portée à la première personne permettra de mettre en valeur les sentiments qui animent le narrateur : non seulement son affection pour Josef mais encore le regard qu’il porte sur la vie. Devenu un grand médecin, il préfère revenir dans son village et être près des siens plutôt que de s’enrichir dans une grande ville. Souhaitant aider son ami, il choisit de l’emmener avec d’autres à la rencontre du monde. Non pas pour donner une leçon mais pour montrer à Joseph qu’il pourra toujours trouver quelqu’un de plus grand que lui. Alors à quoi bon être complexé et s’enfermer ?

Pour travailler la compréhension, l’enseignant invitera les élèves à une mise en voix du texte en leur faisant jouer et l’un des nombreux dialogues. Certains chapitres sont en effet de véritables petites scènes de théâtre. Ainsi, par exemple, à partir du chapitre « la petite robe rouge » on réfléchira à une mise en scène possible. Le texte et l’illustration nous donnent des pistes : Josef est plié en deux, occupé à cueillir péniblement des radis, et, mélancolique, il évoque avec Karel Nadia Raguse dont il est amoureux. Le travail de la compréhension est bien sûr un préalable à cette mise en scène. Ainsi, on relèvera les accents de tristesse de cet extrait, tristesse que l’on retrouve dans le décor, l’ambiance, la peinture qui nous est faite de Josef : « ses traits étaient lourds et fatigués », la langueur et les hésitations qui marquent le dialogue, etc.

On ne saurait travailler la compréhension sans tenir compte aussi de la poésie et de la fraîcheur qui caractérisent l’écriture de Vincent Cuvellier dans toutes ses œuvres. Peignant avec justesse et sensibilité les sentiments humains, l’auteur entraîne ses lecteurs dans la fantaisie de son imagination, dans cet univers où nous rencontrons sans nous étonner une girafe qui a une arête coincée dans la gorge, des araignées, toute petites, amies d’un géant au cœur triste, ou encore un vieux car jaune qui saura emporter Josef loin de sa tristesse. Les dernières illustrations sont particulièrement éloquentes à ce sujet. En effet, nous y voyons d’abord Josef sur le toit du car, en pleine page, puis, progressivement, le car devient petit à mesure que le paysage se fait gigantesque. Et l’enfant qui grandissait de devenir tout petit au milieu des immenses montagnes pointues…

quatrième de couverture :

Ecoute, Josef, je te préviens une fois pas deux. Que tu grandisses, c’est très bien. C’est même tout ce qu’il y a de plus normal à ton âge. Mais que tu grandisses trop, ça non !