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L’impératif

Etude de qq. exemples dans La Suite du Roman de Merlin

décembre 2006

Mode personnel ne comportant qu’un seul temps. Peu utilisé en latin, où la défense s’exprimait avec ne + subjonctif présent ou parfait.

Le futur, l’infinitif et le subjonctif présent pouvait exprimer l’ordre ou la défense.

Dans la quasi-totalité des verbes, l’impératif demeure au singulier, mais au pluriel il cède la place à l’indicatif présent.

En ancien français, l’impératif est utilisé pour les personnes 2 (tu), 4 (nous) et 5 (vous).

Exemple : le paradigme du verbe metre :
Met, metons, metez

La majeure partie des formes de l’impératif correspondent aux forme de l’indicatif présent.

Seuls les verbes de type 2 : estre, avoir, voloir et savoir ont pour impératif des formes du subjonctif présent :

Estre : soie(s), soions, soiez, soiiez

Exemples dans Merlin :

-  ne soions mie si courechiet de la mort (§308)

-  or soiiés liet et joiant (257)

-  " Signour , ne soiiés a malaise de riens que vous voiiés (277)

Avoir : aie(s), aions, aiez, aiiez

Exemples :

- aiiés le bien en memoire apriés ma mort (248)

Voloir : veuilles - veuilliez

Savoir : sache(s), sachons/sachions, sachiez

-  sachiés qu’ il les envoia au roi Artus (247)

-  car bien sachiés que ele est fille de roi (297

-  etc.

Une autre opposition est à faire remarquer lorsqu’on étudie l’impératif : l’opposition entre impératif à une base :

Chanter : chant, chantons, chantez
Metre : met, metons, metez
Fuir : fui, fuions, fuiez

C’est-à-dire base + 0, base + ons et base + er.

Différent de impératif à deux bases :

Amer : aime, amons, amez
Tenir : tien(s), tenons, tenez
Seoir : sié, seons, seez

Exemples dans Merlin :

-  Nains , dist Tor , or en alons dont : § 285.

-  Ore demorrons , biau frere , fait Gahariés § 271.

Etymologie : les paradigmes latins :

Cantare, canta, cantate
Amare, ama, amate
Tenere, tene, tenete
Audire, audi, audite
Fugere, fugi, fugité
Ducere, duc, ducite
Facere, fac, facite
Dicere, dic, dicite

Pas de -s final en p2 ni p5, à la différence du présent de l’indicatif. Ce qui entraîne une différence de timbre pour la voyelle finale.

Verbe du 1er groupe : le a final de canta devient e central en français.

Pour les autres verbes, e et i se sont effacés en français au VIIIème siècle.

Les verbes de l’ancien français se termineny donc par une syllabe vocalique ou par une consonne : « mais vien cha » § 314.

Le cas de fai : « Ore fai de moi chou qu’ il te plaist » (§ 290) et « Ha ! frans chevaliers , pour Dieu retorne et me fai un peu de serviche qui moult peu te coustera ! » (§ 295) :

Forme latine fac qui aurait du donner fa, or a donné fai vraisemblablement par analogie avec l’indicatif présent.

Explications de la P5 :

La terminaison -te du latin a reçu un -s final car le s était senti comme la marque du pluriel.

En ancien français, la désinence de la P5 est -ez, mais -és en picard (dans la Suite du Roman de Merlin du à l’affaiblissement de [ts] final en [s].

Les qq verbes qui font exception ont une terminaison atone : faites, dites.

La désinence -ons vient du latin -amus, désinence qui s’est généralisée pour les autres verbes.

Evolution de l’impératif :

adjonction d’un -s en P2 sur alignement de l’indicatif, sauf pour les verbes du 1er groupe.

Le fr moderne a conservé un s final devant en et y : penses-y, parles-en.

Construction syntaxique :

1/ verbe en tête de phrase accompagné d’un adverbe dit « d’insistance » :

Ore est un adverbe spécifique de l’impératif, au même titre que « car ».

§ 243 : « Mais ore me dites se vous en savés nulle »
§ 260 : « ore ne hastés les chevaliers si durement »
§ 275 « Mais ore me dites qui vous estes »
§ 281 : « Mais ore laisse li contes a parler del roi »
§ 285 : « Sire , ore en poés aller »
§ 251 : « Mais ore me dites , fait Merlins »

Car :

§ 294 : « car bien saichiés que li rois Pellinor l’ engenra en la feme d’ un vakier »

§ 311 : « car bien sachiés qu’ il vous retraira bien de chevalerie » (retraire = rapporter, raconter ; ici, ressembler à (note de Roussineau). = car sâchez bien qu’il vous ressemblera beaucoup par sa vaillance.

§ 312 : « car bien sachiés qu’ il vous oublieroit »

2/ Verbe à l’impératif précédé de « si » :

Lorsqu’il y a plusieurs verbes de suite à l’impératif : § 260 : « Prendés vos armes et montés sour vostre cheval et sivés le chierf tant que vous l’ aiiés pris , si en aportés chaiens la teste. » ligne 18. Traduction de Marcotte : Prenez vos armes, mettez-vous en selle et suivez le cerf jusqu’à ce que vous l’ayez pris, puis apportez-en ici la tête ;

3/ Impératif sans adverbe, à la place libre dans l’énoncé :

§ 258 : « Et saichiés que je ne le fac mie pour chou que j’aie a vous gringnour amour k’ a nul autre »

§ 250 : « Par foi , signour , merveilles poés chi veoir bien apertes » (apertes = évidentes : se rapporte à « merveilles ».)

4/ Impératif pour exprimer la défense :

Avec « ne », ou ne … mie, ne …pas.

Exemple : § 247 : « ne laisse mie pour sa povreté que tu ne l’i mettes » : ne manque pas de le mettre au rang des chevaliers malgré sa pauvreté.