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La cohérence du Jeu de la Feuillée

2003

La pièce se présente de façon décousue. Les personnages sont les habitants d’Arras et ils jouent leur propre rôle. Il n’y a pas d’intrigue à suivre d’un bout à l’autre de la pièce, mais des tableaux, sortes de morceaux de bravoure qui s’enchaînent. Les thèmes s’enchaînent eux aussi : celui de la maladie est amplifié dans la scène où un inquiétant médecin apparaît : au docteur censé guérir des maladies du corps, succède un moine puis un saint censé guérir des maladies de l’âme. Le thème de l’enchantement est également très développé. Au début de la pièce, Adam se montre sorti de l’enchantement dans lequel Maroie, sa femme, l’avait plongé.

La thème de la grande merveille de la féerie est très présent. La grande merveille, c’est être enchanté, être hors de soi - comme dans la folie - , c’est aussi être victime d’illusions. On peut donc voir dans la pièce une certaine cohérence thématique qui joue sur les oppositions : beauté vs laideur, amour vs étude, santé vs maladie, enchantement vs désenchantement, religion vs féerie, etc. Mais après l’épisode des fées, la pièce se termine, et à la taverne les illusions disparaissent. Désenchanté, Adam retourne à la réalité plate, vulgaire, décevante de la taverne. Tous les personnages s’y retrouvent, la ville d’Arras finit par se confondre avec ce lieu d’ivresse et de débauche : tous les Arrageois sont devenus des piliers de taverne !

On peut donc affirmer que malgré cette apparence de décousu, les transitions d’une scène à l’autre sont ménagées avec un soin extrême : Adam veut partir, mais on lui dit qu’il ne peut pas quitter sa femme Maroie, d’où des considérations sur cette dernière. Les avares sont aussi un obstacle au départ d’Adam. Dans la pièce, ils sont prisonniers de leur ventre ; le ventre amène un enchaînement avec les femmes dans le personnage de dame Douce. Elle a aussi un gros ventre, comme Maître Henri. On en vient donc à parler guérison, donc ensuite médecine et magie.


Le thème de la folie : « feuillée » : la pièce est à rapprocher de la fête des fous, qui est très importante au Moyen Âge. Dans le Jeu de la Feuillée il y a beaucoup de fous : on montre leur comportement et les objets qui leur sont associés, comme le fromage par exemple : « à fou fromage », ou encore « jamais homme sage ne mangea fromage » dit-on à l’époque médiévale. Le Dervé et Wallet incarnent cette folie. Chez le Dervé, elle se traduit par une violence à l’égard du père, qui fait écho au différend qui oppose Adam et son propre père au début de la pièce. Mais parce qu’il est fou, il peut se permettre ce qui est interdit à Adam. La folie est aussi, dans une certaine mesure, dans le langage et dans cette façon de « passer du coq à l’âne », par des calembours et autres jeux de mots.


Les Jeux de mots

Adam arrive au début du Jeu habillé en clerc car il veut partir étudier à Paris. Tous les personnages présents sur scène en discutent : c’est le premier tableau. Les jeux de mots s’enchaînent, on en retrouve tout au long de la pièce. Ils sont mis en valeur dans la traduction de Jacques Darras par les rimes.