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La leçon (épreuve orale)

mercredi 22 janvier 2003

Extraits de rapports de jurys sur la leçon

  • Le déroulement et l’organisation de l’épreuve

    1999, agrégation interne

    « Le candidat tire un sujet, leçon ou étude littéraire et, dans une salle où sont mis à sa disposition l’œuvre sur laquelle il est interrogé et différents outils (dictionnaires entre autres), il a six heures pour préparer un exposé qui devra durer quarante minutes, les dix minutes suivantes étant consacrées à un entretien avec le jury.

    Si le candidat parle cinquante minutes, il se prive de cet entretien qui vise non pas à l’ « achever » par un mitraillage de questions mais à lui permettre d’améliorer sa performance et de révéler encore d’autres compétences ; l’expérience prouve par ailleurs que les exposés très longs sont souvent brouillons et mal maîtrisés. Si le candidat parle vingt minutes, il risque de n’avoir pas approfondi la question ou de ne pas s’être suffisamment appuyé sur l’œuvre, et les dix minutes d’entretien ne suffiront pas à combler les lacunes.

  • Qualités « humaines »

    1992, agrégation externe :

    « On peut déjà réussir honorablement une leçon si l’on sait se faire entendre du jury, exploiter un libellé, construire avec quelque habileté une argumentation, et avoir avec le texte une familiarité telle qu’on y déambule avec aisance et si possible avec un apparent plaisir. » (…). « Il s’agit donc de se faire entendre et de plaire. »

    Je passe sur les remarques concernant les fautes de français et les fautes de goût : cela relève de l’évidence même pour un concours de ce niveau !
    « Les volubiles doivent aussi savoir qu’il est prudent de modérer son élocution ».

  • Compréhension du libellé

    L’analyse du sujet : agrégation interne, 1999 : « il faut d’abord s’interroger sur les termes mêmes du sujet. Ceux-ci ont été soigneusement pesés par le jury et tout y fait sens, par exemple une majuscule (ou l’absence de majuscule !).

    Si le sujet consiste en une notion, il est essentiel de bien la définir, d’en cerner les limites, le champ d’application ; il faut également la restituer dans un contexte précis (philosophique, esthétique, poétique,…). Ce travail implique bien plus qu’un simple emploi au dictionnaire ; son absence est souvent rédhibitoire : des exposés (…) sont partis à la dérive, faute d’une réflexion sur la notion proposée. (…). Ce préalable implique à l’évidence des compétences techniques (…). Définir une notion d’une manière judicieuse et surtout féconde pour la suite du propos implique, davantage encore, une culture. (…)

    Si le sujet met en relation deux notions, la réflexion préalable doit bien porter sur les deux. (…). Si le sujet consiste en une expression tirée de l’œuvre, il est impératif de la restituer d’abord dans son contexte précis, quitte à élargir ensuite la perspective.

    « On se méfiera (…) des sujets qui imposent un recensement préalable soit de personnage soit de situations(les séducteurs dans L’Heptaméron ; les femmes dans les Fables de La Fontaine ; les personnages secondaires dans A Rebours, etc.). Ce recensement, inévitablement, doit être fait, et le plus précisément possible, au cours de la préparation ; il ne s’ensuit pas qu’il doive apparaître tel quel à l’oral ; pire : on fait preuve de naïveté lorsqu’on croit qu’il peut constituer à lui seul une première partie. Aucun sujet de leçon ne s’accommode en fait de catalogues ou de constats juxtaposés ; il faut se rendre compte que toute énumération, si anodine soit-elle, implique une mise en perspective particulière qui pose problème (…).

    De la même façon et en dépit des apparences, aucun sujet de leçon ne peut-être considéré comme purement thématique (cf la nuit dansL’Heptameron ; la musique dans Le neveu de Rameau ; etc.) ; chaque thème pose des problèmes de sélection, de mise en perspective, de hiérarchisation, d’esthétique ou d’idéologie qu’il convient de mettre en lumière. Car le jury attend toujours une problématisation ; (…). Tout candidat, sur tout sujet, doit être capable de découvrir une problématique. (…).

    « Il est d’usage de proposer des leçons en trois parties. (…) Le plan d’une leçon résulte d’un effort d’invention ; aucun n’est jamais dicté par l’évidence. (…).

    « Rappelons que certaines leçons s’appuient sur un corpus limité ; on attend qu’il soit totalement utilisé. D’autres leçons font appel à un corpus très large, voire incertain ; l’examinateur juge alors la rapidité du coup d’œil, la pertinence des choix, l’esprit de décision qui fait aller à l’essentiel. »

  • Dégager une problématique

    Agrégation interne, 1999 : « Le sujet ayant été soigneusement analysé, il faut ensuite dégager une problématique. Il ne s’agit pas seulement d’illustrer un thème ou une notion, ni de rejoindre à tout pris une grande question qui aurait l’objet d’un cours ; il s’agit à partir d’une claire conscience du sens et de l’intérêt du sujet, de mettre en route une dynamique qui permettra de proposer une lecture originale, particulière, de l’œuvre. L’absence d’une vraie problématique aboutit presque immanquablement à des exposés très plats, qui sortent peu du catalogue d’exemple ou de la succession de constats.

    Bien qu’il n’existe aucune recette, voici quelques indications. Quand le sujet comporte deux termes, la problématique peut surgir (c’est le cas apparemment le plus simple) de leur opposition ; ainsi « Ordre et désordre dans Les Rêveries » appelait un exposé fondé sur la dynamique de l’antithèse. Mais les deux termes peuvent entretenir des rapports très différents : pour « Le temps et l’espace dans Sylvie » une problématique intéressante ne pouvait naître que de la mise en rapport des deux catégories, en particulier dans les expériences de déplacement ». Les deux termes doivent donc être « associés constamment dans la réflexion ».

    « Quand le sujet comporte un seul terme, la problématique est à mettre en place, à partir d’une connaissance et d’une compréhension approfondies de l’œuvre. (…). L’absence de problématique est très certainement le défaut le plus relevé par le jury ; mais il arrive souvent aussi qu’une problématique intéressante ne soit traitée que partiellement, à un seul niveau, ce qui réduit considérablement la portée de l’exposé. En particulier, les enjeux esthétiques sont souvent oubliés et la dimension de l’écriture trop peu prise en compte. » (…)

    « L’établissement du corpus est une étape à ne pas négliger. Bien sûr, celle-ci implique une bonne connaissance préalable de l’œuvre. Ce n’est pas en six heures que l’on peut établir, même avec un texte assez court, une familiarité suffisante pour pouvoir s’y déplacer avec aisance et y choisir avec sûreté les passages les plus aptes à illustrer une démonstration.

  • Le plan

    Agrégation interne, 1999 : « Le plan doit viser avant tout la clarté, la rigueur. D’une problématique bien cernée, bien posée, découle forcément un plan qui a la vigueur de la nécessité et qui progresse fermement.
    Une première partie peut être consacrée pour l’essentiel à des repérages. (…) Mais ces repérages ne doivent pas tourner au catalogue ; leur présentation raisonnée doit déjà ouvrir des perspectives, que la suite reprendra. »

    Il est évident qu’un sujet composé de deux notions ne peut en aucun fournir un plan.

  • Et les ouvrages critiques ?

    « On attend du candidats à la fois qu’il connaisse la tradition et qu’il la dépasse en évaluant ses mérites et ses limites. (…) Mais on attend en plus du candidat qu’il soit sensible à l’air du temps, en l’occurrence aux acquis de la recherche universitaire (…) et qu’il sache, avec intelligence et mesure rendre à chacun son dû. »

    A signaler : le rapport de 1994 indique les types de sujet ; celui de 1995 donne l’essentiel des indications rhétoriques.