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La loi de la jungle

samedi 19 avril 2003

La loi de la jungle

Il y avait un arbre géant au milieu de la jungle. Sur cet arbre, se réunissaient d’étranges oiseaux au plumage magnifique. L’un d’eux, qui était le chef, avait des plumes multicolores, et sa tête était bleue. Les autres avaient un plumage moins coloré, et leur tête était blanche. Ils vivaient ensemble harmonieusement, obéissant toujours aux sages conseils de l’oiseau à la tête bleue. Un jour, alors que ces grands oiseaux revenaient de la chasse, leur chef leur dit :

-  Mes amis, l’heure est venue pour moi de me retirer. Je dois céder ma place à celui d’entre vous qui en sera digne. Je vais donc vous soumettre à une épreuve. Celui qui en sortira vainqueur deviendra le chef.

Comme les oiseaux parlaient habituellement à leur chef sans faire de manière, l’un d’eux prit la parole et dit :

-  Aucun d’entre nous ne saura te remplacer : Nous n’avons ni ton savoir ni ta sagesse. Si tu pars, c’est la fin de notre clan. Chacun de nous ira finir sa vie de son côté.

-  Alors ce n’est pas toi qui me remplaceras, dit le chef. Tu manques de conviction.

-  Mais comment peux-tu savoir lequel d’entre nous sera digne de te remplacer ? demanda un autre oiseau.

-  Je vous propose de vivre une nouvelle aventure. Vous allez partir aujourd’hui le plus loin que vous pourrez. Vous essayerez de former un nouveau clan et d’en être le chef pendant toute cette journée. Passé ce délai, vous reviendrez et nous saurons ainsi lequel d’entre vous sera digne d’occuper ma fonction.

A grands coups d’ailes, la compagnie des oiseaux s’envola de l’arbre géant.

Le premier descendit vers un groupe d’oiseaux charognards qui s’agitaient devant la dépouille d’un zèbre. Il leur dit :

-  Arrêtez de manger aussi salement ! Vous n’avez pas honte ? J’ai mal au cœur rien qu’à vous regarder. Suivez-moi : je vais vous enseigner les bonnes manières.
Les charognards, qui se régalaient, ne l’entendirent même pas. Ils continuèrent leur festin malgré les protestations de l’oiseau qui, vexé, retourna chez lui tout honteux, et se posa au pied de l’arbre géant.

Le second rencontra sur son trajet des oiseaux de proie. Il leur dit :

-  Que diriez-vous de ne plus chasser n’importe quoi ? Acceptez-moi pour votre chef, et vous ferez de fabuleux festins. Je connais les endroits de la jungle les plus propices à satisfaire vos goûts culinaires. On y trouve les chaires les plus délicates.

Un des oiseaux de proie se dressa et dit :

-  Eh ! Regardez-moi cet avorton ! Il se propose pour notre déjeuner !

Effrayé, l’oiseau prit le chemin du retour et alla se mettre près de son compagnon au pied de l’arbre. Il avait honte, mais cela valait mieux que d’être dévoré.

Le troisième n’eut pas plus de chance que les deux autres. Il s’intéressa à un clan de tout petits oiseaux qui s’ébattaient d’arbres en arbres et de fleurs en fleurs. Ils étaient si heureux de batifoler dans la nature sauvage, que le malheureux ne parvint pas à les intéresser. Il ne lui resta plus qu’à rejoindre ses compagnons près de l’arbre.

Le quatrième eut du mal à se faire entendre. Il arriva près d’un groupe de perroquets qui piaillaient bruyamment. Il voulut les convaincre que le silence est la plus belle chose qui puisse exister :

-  Ecoutez le silence de la jungle ! Si je devenais votre chef, je vous apprendrais à vous taire car vous faîtes trop de bruits.

Les perroquets se mirent à rire de son audace, et repartirent de plus belle dans un brouhaha qui lui fit prendre la fuite.

Le cinquième enfin, ne trouva personne à convaincre. Il avait passé la journée à survoler les plus beaux endroits de la jungle. Il s’était arrêté plusieurs fois pour se reposer dans des lieux si plaisants qu’il avait oublié les raisons de son voyage. A la tombée de la nuit, il retourna près de l’arbre géant et vit ses compagnons qui avaient triste mine. Il devina aussitôt qu’ils avaient échoué eux aussi. Il leur dit :

-  Mes amis, je vois à votre air désolé que vous n’avez pas réussi à relever le défi de notre chef bien aimé. Je l’avais deviné, et je vous attendais près d’ici pour vous annoncer que je prendrai désormais le commandement du clan. Etes-vous près à m’obéir ?

-  Oui ! répondirent-ils en chœur.

Ils regagnèrent le sommet de l’arbre. Le chef, qui avait tout entendu et deviné l’astuce de l’oiseau, fut bien aise de laisser sa place à un volatile si rusé.

FIN