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La petite fille en rouge de Roberto Innocenti et Aaron Frisch

jeudi 11 avril 2013

Un magnifique album publié chez Gallimard Jeunesse (21 mars 2013)

Voir sur le site de l’éditeur.

Présentation :

La petite fille en rouge est un album imaginé et illustré par Roberto Innocenti et écrit par Aaron Frisch, publié initialement en langue anglaise sous le titre de The girl in red en 2012 puis traduit en français l’année suivante. L’histoire relate les aventures d’une petite fille innocente nommée Sophia, vivant dans une banlieue moderne. Cette dernière est comparée à une grande forêt, pleine de prédateurs et de dangers. Sophia, sous la demande de sa mère, doit traverser cette forêt composée de béton et de briques afin de rendre visite à sa grand-mère. Sous l’effet d’un monde inconnu et empli d’une violence sous jacente, la petite fille est aidée par un chasseur chevauchant une moto noire. Se croyant sauvée d’un gang, Sophia lui confie ses intentions de rejoindre l’habitation de sa grand-mère. Prétextant un rendez vous urgent, le chasseur laisse la petite fille au bord de la route en empruntant un raccourci vers la petite maison de la grand mère afin d’arriver le premier.

Analyse :

La petite fille en rouge entre en intertextualité avec le conte du Petit Chaperon rouge de Charles Perrault. En effet, ce dernier se déroule dans une forêt, lieu sombre et immense où le petit chaperon rouge se perd et rencontre des dangers. Sophia, quand à elle, progresse dans une ville moderne et inconnue, assimilée à cette forêt par sa taille, sa noirceur et la hauteur des bâtiments. Le danger est lié à l’inconnu dans les deux cas malgré la solitude à travers l’un et la foule à travers l’autre, ainsi qu’aux mauvaises rencontres que l’on peut faire étant jeune. Sophia apparait tout d’abord comme ingénue, naïve du monde extérieur et de ses règles. Ce parcours à travers le magasin nommé "the wood" (le bois en anglais) est une certaine initiation à la vie impitoyable des adultes dans la société actuelle.
Tout au long de ce récit, le lecteur se questionne sur ce qu’il va arriver à Sophia, et se demande si, comme dans le petit chaperon rouge, la fin sera tout aussi tragique.
Dans ces deux versions, les histoires mettent en garde les enfants contre les inconnus. Ces derniers, dans le récit La petite fille en rouge sont incarnés par des animaux de la forêt : les chacals représentant les gangs de rue et le loup, un criminel. Ces figures animales sont donc remplacées par des personnalités plus modernes, inexistantes dans la version originale du Petit chaperon rouge.

Plusieurs métaphores apparaissent dans le récit afin de rendre la compréhension de l’histoire plus aisée pour les jeunes lecteurs. Par exemple, le thème de l’écologie est prédominant sous multiple formes, à travers les vignettes et non le texte : Les tags sur les murs, la pollution liée aux forts trafics des voitures, des camions, des motos, des trains, des tramways ou encore des détritus sur le sol. De plus, la protagoniste est symbolisée par le soleil qui n’est présent qu’au début et à la fin de l’œuvre, lorsqu’elle est saine et sauve. En effet, le temps maussade, les éclairs et les nuages sombres sont constatés tout au long du récit. Ces derniers expriment donc un danger omniprésent au dessus de sa tête. Cependant une seconde interprétation est possible au sujet des nuages qui pourraient représenter un amas de pollution planant au dessus de la ville.

Cette œuvre est finalement le reflet de la société actuelle demontrée d’une manière ludique aux enfants. En effet, deux mondes se côtoient, celui des riches avec l’implantation des commerces de luxe comme le suggèrent le "wood" arpenté par Sophia, et le monde des plus démunis avec la présence des bidonvilles ainsi que de ses jeunes habitants en dessous de la ville. Ainsi cette dernière abrite des personnes défavorisées, subsistant dans un monde multiculturel et emprunt d’une violence sous jacente. De ce fait, la solitude, l’inconnu, le vacarme d’une ville, la foule, les mauvaises intentions des enfants des rues, des gangs et des malfrats régissent la métropole.
L’inconnu, qu’il s’agisse d’une forêt ou d’une grande ville actuelle revient à un même danger, celui du prédateur. Deux mondes à part, où chacun évolue individuellement et ne peut compter sur personne.

Pistes pédagogiques :

A travers un travail de lecture d’image, d’interprétation implicite des illustrations, l’objectif sera d’éveiller les élèves de cycle 2 et 3 à l’analyse visuelle et à la compréhension de l’histoire de manière ludique.

1- Lecture à voix haute de l’histoire par l’enseignant et travail autour du thème de l’inconnu.

2- Questionnaire au sujet de leur ressenti personnel : "Qu’auraient fait les élèves à la place de la petite fille en rouge ?", "auraient-ils suivi l’homme sur sa moto ?", "que ressentent-ils face à cette aventure ?", "aimeraient-ils vivre dans cette ville ? Pourquoi ?"

3- Analyse visuelle approfondie sur une vignette en particulier, par exemple celle avec la petite fille en rouge devant la caravane de sa grand-mère. Faire imaginer aux élèves de manière orale ce qui peut se passer à l’intérieur de la caravane et de manière écrite, leur demander de noter tout ce qu’ils voient sur l’image.

4- Travail autour de la notion de narrateur à travers des questions telles que : qui raconte l’histoire ? A qui ? Quand ?

5- L’enseignant peut lire une page sans montrer les illustrations et leur faire dessiner ce qu’ils imaginent. Une comparaison est ensuite possible avec la version originale (ou encore avec d’autres versions du Petit Chaperon rouge)

6- Demander aux élèves de raconter l’histoire du point de vue d’un autre personnage, par exemple celui du prédateur.

7- Travail sur la mise en voix d’un extrait de l’histoire collectivement en travaillant sur l’intonation, la gestuelle. Les autres élèves devront deviner quel camarade joue quel personnage.

Conclusion :

La petite fille en rouge est une réécriture du Petit Chaperon rouge de Charles Perrault, mis en scène par Roberto Innocenti dans l’univers minéral et bétonné d’une banlieue contemporaine. En s’éloignant de la morale peut-être un peu simpliste du Petit chaperon rouge, cet album se réapproprie le conte classique. Il en fait une relecture du douloureux passage de l’enfance à l’âge adulte. Sophia, petite ingénue qui ne connaît rien du monde, va perdre son innocence au cours de son aventure. Ainsi, l’intérêt pédagogique de cet album est que ce qui est à comprendre n’est jamais exprimé explicitement et que c’est bien au lecteur, par le jeu entre la lecture du texte et celles des illustrations, de construire, et de reconstruire, à partir de tous les éléments relevés, des sens possibles à cette histoire. De ce fait, l’auteur met en place une fin alternative, l’une heureuse et l’autre tragique, en référence au conte traditionnel (Grimm et Perrault).