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La structure de l’oeuvre - chap. 1 à 8

jeudi 23 janvier 2003

La structure de l’œuvre

  •  »1 le voyage

    La plupart des témoignages commence ainsi. Le trajet conduisant au Lager est déjà un enfer, un univers inhumain fait de souffrances et de tortures.

  • 2 Le fond

    Dès leur entrée dans le camp, les victimes « touchent le fond » : l’expression revient souvent sous la plume de Primo Levi. Toucher le fond, c’est perdre tout ce qui fait la vie et la dignité d’un être humain : « Ces choses-là font partie de nous presque autant que les membres de notre corps » écrit-il p.26.
    _ C’est aussi perdre son identité, n’être plus qu’un numéro : « Häftling : j’ai appris que je suis un Häftling. Mon nom est 174517 ; nous avons été baptisé et aussi longtemps que nous vivrons nous porterons cette marque tatouée sur le bras gauche. »
    L’auteur nous apprend ensuite la signification de ces numéros. Le témoignage est aussi interprétation historique des faits : il parle de « la funèbre science des numéros d’Auschwitz qui résument à eux seuls la destruction de l’hébraïsme en Europe. »

  • 3 Initiation

    Dans ce troisième chapitre, Primo Levi montre à quel point l’organisation du camp est incompatible avec la vie. Il insiste sur toutes les inscriptions relatives à l’hygiène comme par exemple « Après les latrines, avant de manger, Lave-toi les mains, ne l’oublie jamais. » Mais ces consignes n’ont pas de sens : « Plus j’y pense plus je me dis que se laver la figure dans des conditions pareilles est une activité absurde, sinon frivole : une habitude machinale ou, pis encore, la lugubre répétition d’un rite révolu. Nous mourrons tous, nous allons mourir bientôt : s’il me reste dix minutes entre le levé et le travail, j’ai mieux à faire, je veux rentrer en moi-même, faire le point ou regarder le ciel et me dire que je le vois peut-être pour la dernière fois ; ou même simplement, me laisser vivre, m’accorder le luxe d’un minuscule moment de loisir. » (p.42)

  • 4 K.B.

    « K.B. c’est l’abréviation de ’Krankenbau’, infirmerie. » L’auteur s’y retrouve après avoir reçu une lourde poutrelle sur le pied. C’est un lieu qui, dans un premier temps, semble à l’image du reste : les victimes des nazis n’y trouvent aucun refuge : « nous sommes tenus de guérir ou de mourir. Pour être soigné au K.B., en effet, il faut être enclin à guérir, la propension contraire conduisant directement du K.B. à la chambre à gaz. » L’auteur en donne ensuite une autre vision : « La vie au K.B. est une vie de limbes » car l’auteur finit par y trouver un semblant de repos. Le terme de « limbes » renvoit au Chant Quatrième, Premier cercle d’Enfer : les limbes, dans la Divine comédie :
    « Plaintes, soupirs et clameurs et hauts cris
    Résonnaient là, parmi l’air sans étoiles,
    tant que, d’abord, je me pris à pleurer. »

    Mais être au K.B. c’est aussi réaliser ce qui se passe à l ’extérieur : « Le K.B. c’est le Lager moins l’épuisement physique. Aussi quiconque possède encore une lueur de raison y reprend-il conscience ». (p.58)
    On a l’impression que chaque élément décrit dans ce chapitre amène à la fin : fin du chapitre certes, mais surtout fin de vie pour tous ces gens qui comme Schmuleck ont quitté le K.B. pour le crématoire. Le chapitre 4 présente bien cette gradation dans l’horreur et dans la prise de conscience de l’horreur : « C’est de cette façon discrète et organisée, sans déploiement de force et sans colère, que le massacre rôde chaque jour dans les baraques du K.B. et s’abat sur tel ou tel d’entre nous. »

  • 5 Nos nuits.

    Le titre de ce chapitre rappelle l’ouvrage d’Elie Wiesel, La nuit, publié aux Editions de Minuit. François Mauriac, qui en fit la Préface, cite Elie Wiesel, dont les paroles sont d’un tragique inqualifiable : « Jamais je n’oublierai cette nuit, la première nuit de camp qui a fait de ma vie une nuit longue et sept fois verrouillée. Jamais je n’oublierai cette fumée. Jamais je n’oublierai les petits visages des enfants dont j’avais vu les corps se transformer en volutes sous un azur muet. Jamais je n’oublierai ces flammes qui consumèrent pour toujours ma foi. Jamais je n’oublierai ce silence nocturne qui m’a privé pour l’éternité du désir de vivre. »
    Dans Si c’est un homme, la nuit, c’est l’abîme dans lequel se trouve précipité l’homme qui, au Lager, quitte le K.B. pour rejoindre le camp : « l’homme qui sort du K.B., nu et presque toujours insuffisamment rétabli, se sent précipité dans la nuit et le froid de l’espace sidéral. Son pantalon tombe, ses souliers lui font mal, sa chemise n’a pas de boutons. Il cherche un contact humain et ne trouve que des dos tournés. » (p.61).
    Ce chapitre est aussi l’occasion d’évoquer les nuits passées au Lager. L’auteur a déjà parlé de l’étroitesse des couchettes dans lesquelles il faut pourtant dormir à deux. Il y revient dans ce chapitre de manière plus détaillée.

  • 6 Le travail

    Ce chapitre évoque le chantier « où on décharge les tuyaux en fer » (p. 70) Comme chaque moment passé au Lager, le travail est l’occasion de luttes et de souffrances : « comme d’habitude il y eut un court moment de lutte à qui prendrait les leviers les plus légers, et aujourd’hui je me suis mal débrouillé : j’ai un levier tout tordu et qui pèse au moins quinze kilos ; je sais déjà que même si j’avais à m’en servir à vide, je serais mort de fatigue au bout d’une demi-heure. » (p. 70) A partir de là, le texte abonde en détails, décrivant chaque étape d’un travail ingrat accompli dans des conditions ardues. L’étymologie même du mot travail y est pleinement réalisée : le travail est une souffrance, il met le corps au supplice. Le moment du déjeuner n’est qu’un illusoire soulagement : la chaleur de la soupe fait surgir les visions du passé : « les rêves jaillissent avec violence, et une fois encore, ce sont les rêves habituels. Nous sommes chez nous, en train de prendre un merveilleux bain chaud. »

  • 7 Une bonne journée

    Ce titre est né de l’effacement d’un ennemi redoutable au Lager : le froid. Le levé du soleil relève du sacré : « Aujourd’hui pour la première fois, le soleil s’est levé vif et clair au-dessus de l’horizon de boue. (…) et quant à mon tour j’en ai senti la tiédeur à travers mes vêtements, j’ai compris qu’on pouvait adorer le soleil. » (p. 76). Mais une fois de plus, ce réconfort est illusoire : « Aussi le froid - le seul ennemi, pensions-nous cet hiver - n’a-t-il pas plus tôt cessé que nous découvrons la faim : et, retombant dans la même erreur, nous disons aujourd’hui : Si seulement nous n’avions pas faim !… »

  • 8 En deçà du bien et du mal

    Ce chapitre évoque le troc pratiqué au Lager. Primo Levi appelle cela la Bourse : une chemise peut s’échanger contre un pain ou de la soupe. Ce procédé symbolise les techniques de survie adoptées par les prisonniers, mais aussi leurs souffrances et leurs misères. Au-delà du troc, se déroule un « complexe réseau de vols et de contre-vols » : l’organisation des camps ne connaît que des côtés sombres. Les vols n’étant pas uniquement le fait des prisonniers… Le récit de ces vols amène le chapitre à sa conclusion, sous la forme d’une réflexion sur le bien et le mal : « Nous voudrions dès lors inviter le lecteur à s’interroger : que pouvait bien signifier au Lager des mots comme « bien » et « mal », « juste » et injuste » ? »