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La structure de l’oeuvre - chap. 9 à 17

jeudi 23 janvier 2003

  • 9 Les élus et les damnés

    Les connotations bibliques du titre renvoient à une réflexion sur le sens de cette vie.. Primo Levi y analyse la perte d’humanité des victimes, mais aussi de leurs bourreaux - notamment les « prominents ». Il raconte ensuite l’histoire de quatre déportés et des moyens qu’ils ont mis en œuvre pour survivre . Ce chapitre constitue une pause dans le récit. Primo Levi y analyse différents aspects de la condition humaine à travers ses observations et ses expériences.

  • 10 Examen de chimie

    Il est question, dans ce chapitre, de la création d’un « kommando de chimie » qui « était censé être une section de spécialistes » (p. 108). Il est l’occasion, comme à chaque fois au Lager, d’un rituel absurde : « Avec ces visages vides, ces crânes rasés, ces habits de honte, passer un examen de chimie ! » (p.110). Les habituels supplices du camp y sont réunis : l’humiliation, la faim, la totale négation de la personne humaine, et aussi l’illusion qu’il est possible de se sauver de cet enfer : « Et maintenant je sais que je pourrai me sauver si je deviens Spécialiste ». A travers ce thème de l’examen de chimie, Primo Levi pose encore la question de savoir si c’est un homme que celui qui vit au Lager. La réponse, on s’en doute, est non. : les victimes ne sont « déjà plus des vivants » (p.110), ils sont des « demi-fous ».

  • 11 Le chant d’Ulysse

    Chaque chapitre, ou presque, amène la présentation d’un nouveau prisonnier du Lager. Le chapitre 11 s’ouvre sur l’évocation Jean, occupant le poste de Pikolo, « le plus jeune Häftling du Kommando de chimie » (p.116). Un peu plus loin, Primo Levi précise que « Jean était très aimé au Kommando » (p.117). Jean se distingue par son humanité touchante : « il ne manquait pas d’entretenir des rapports humains avec ses camarades moins privilégiés. » cet être bienfaisant entraîna l’auteur vers l’évocation du chant d’Ulysse. Le rappel de la Divine Comédieprovoqua chez le déporté une « étrange sensation de nouveauté ». La fin du chapitre est le souvenir d’un effort de mémorisation de l’œuvre de Dante, suivi d’une tentative de traduction. L’œuvre dantesque est bien sûr, salvatrice, « elle concerne tous les hommes qui souffrent » (p.122) : « Et c’est comme si moi aussi j’entendais ces paroles pour la première fois : comme une sonnerie de trompettes, comme la voix de Dieu. L’espace d’un instant, j’ai oublié qui je suis et où je suis. » (p.121)

  • 12 Les événements de l’été

    Le chapitre s’ouvre sur la mention des « convois en provenance de Hongrie (…) ; le hongrois était devenu, après le yiddish, la seconde langue du camp. » (p.124) [pour en savoir plus sur la présence hongroise dans les camps, reportez-vous aux pages consacrées à Imre Kertész.] L’arrivée des Hongrois est pour l’auteur l’occasion d’évoquer l’état d’esprit des prisonniers déjà anciens dans le camp. Parmi toutes leurs craintes, il y avait celle du changement car « quand on change, c’est toujours en pire, disait un proverbe du camp » (p.124) Une phrase extraite de ce chapitre permet d’en rendre compte : « C’est dans ce monde chaque jour plus profondément ébranlé par les soubresauts de la fin prochaine que, en proie à de nouvelles terreurs, à de nouveaux espoirs et à des périodes d’esclavage exacerbé, je devais rencontrer Lorenzo. » (p.127) La décadence du système commence à figurer dans l’œuvre de manière récurrente. Primo Levi constate : « la Buna a commencé à tomber en morceau autour de nous. » Les chapitres suivants ne manqueront pas de décrire et d’analyser cette décadence. Les premières conséquences se font déjà sentir, les civils allemands se déchaînent, « en proie à la fureur de l’homme sûr de lui qui, s’éveillant d’un long rêve de domination, assiste à son écroulement et se refuse à comprendre. » (p. 126)

  • 13 Octobre 1944

    C’est le seul chapitre ayant pour titre une date. Le mois renvoie aux affres de l’hiver. Mais « l’hiver ici n’est pas que l’hiver ». Avec lui arrivent les sélections tant redoutées : « Nous avons compris que cette fois ça y était. » Quels sont les hommes qui seront menés à la mort ? Chacun essaye de croire « ils te prendront toi, pas moi » (p. 135)

  • 14 Kraus

    Au milieu de l’hiver rigoureux et du travail forcé, Primo Levi rencontre Kraus. Il « est Hongrois, il comprend très mal l’allemand et ne connaît pas un mot de français. » (p. 141) Il a cette « honnêteté stupide de petit employé qui le poursuit jusqu’ici, et qui lui fait croire qu’ici c’est comme dans la vie normale, ou il est honnête et logique de travailler, et même avantageux, puisque comme chacun sait, plus on travaille, plus on gagne t plus on mange. » (p. 141-142) Ce thème du travail forcé permet de souligner à nouveau l’absurdité et la cruauté du Lager. Chaque déporté en est la victime à sa manière. Kraus représente l’homme discipliné, assidu au travail, ne pouvant concevoir que le Lager est le lieu de l’enfermement et des tortures.

  • 15 Die drei Leute vom Labor

    Ce chapitre s’ouvre sur deux interrogations : « Combien de mois se sont écoulés depuis notre arrivée au camp ? (…) Combien d’entre nous arriveront vivants à l’année prochaine ? » (p. 145) Le chapitre est construit sur une opposition : la première partie évoque l’hiver, ses souffrances, la mort, le désespoir. La Buna ressemble à un champ de ruines : « La moitié du bâtiment 939 n’est plus qu’un amas de décombres et de tôles tordues » (p. 146) ; « La Buna déchiquetée gît sous la première neige, silencieuse et rigide comme un immense cadavre » La seconde annonce une situation inespérée : « nous n’aurions cet hiver ni faim ni froid » (p.150)
    Devenu « spécialiste » au sein d’un laboratoire, Primo Levifait la connaissance de trois jeunes femmes qui, une fois de plus le renvoie à sa condition de déporté : « l’année dernière, à la même heure, j’étais un homme libre » (p.153)

  • 16 Le dernier

    Le titre du chapitre renvoie au dernier des « hommes forts » qui restait au camp. Il a été pendu. Au début de ce chapitre, l’auteur évoque différentes trouvailles permettant de soulager son quotidien, dont la confection d’une « menaschka, c’est à dire une gamelle hors série en tôle de zinc ». Elle permet d’avoir une ration de soupe supplémentaire. La suite du chapitre est l’évocation d’un souvenir douloureux, celui de la pendaison d’un homme, devant des déportés qui ne purent que rester « debout, courbés et gris, tête baissée ». (p. 160)

  • 17 Histoire de dix jours

    Histoire d’en finir avec l’enfer du Lager. Levi est au K.B., atteint de Scarlatine. C’est là qu’il apprend que le camp sera évacué : dans la nuit du 17 janvier 1945 « vingt mille hommes environ » partirent des camps. »… « presque tous disparurent de la marche d’évacuation ». (p. 167). La suite du chapitre se présente comme un journal tenu au jour le jour, comme la chronique annonçant la fin de la déportation et les dernières luttes pour survivre.