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La voix sans repos de Jean-Paul GOUX

lundi 19 mai 2003

Jean-Paul Goux, La voix sans repos, éditions du ROCHER, Collection : ESPRITS LIBRES 2003.

Cet ouvrage est composé de deux parties. Dans la première, il propose plusieurs essais sur des auteurs tels que Le Tasse, Chateaubriand, Flaubert, Balzac, Gracq ou Jean Thibaudeau. Dans la deuxième, une analyse en quatre chapitres du genre romanesque, vient prolonger logiquement ce qui a précédé.

Chaque étude a un objectif précis : celui d’examiner une « exigence littéraire » particulière à chaque auteur. Ainsi, comparant Le Tasse et Kleist, Jean-Paul Goux analyse ce qu’il appelle chez ces deux créateurs « le souci de l’œuvre idéale ». Il voit chez ces deux auteurs une connivence à travers les siècles, dont Rousseau serait le trait d’union. D’après l’auteur, « Kleist et Tasso s’éclairent mutuellement au sens où chacun d’eux permet de penser, chez l’autre, hors de toute notion de réussite, les rapports qu’entretiennent l’œuvre, la vie et l’immortalité. » (p. 17)

Chaque étude de La voix sans repos s’appuie sur des citations variées : œuvres, lettres, etc.
Dans « Le souci du temps : Chateaubriand », Jean-Paul Goux se penche sur le traitement du temps dans les Mémoires d’outre-tombe. Le temps romanesque et historique, qui est aussi temps des souvenirs chez Chateaubriand, acquiert une dimension particulière pour le lecteur. L’écriture parvient en effet à donner « le sentiment du temps au point que le présent puisse apparaître au lecteur comme un souvenir » et Goux de conclure « voilà ce que peut le roman ». En effet, c’est par le traitement du temps dans la narration que l’œuvre de Chateaubriand dépasse le cadre de l’autobiographie pour atteindre celui du roman. Cette étude des Mémoires d’outre-tombe s’ouvre ensuite sur une perspective plus vaste qui permet à l’auteur d’élargir son propos vers Gracq (et son texte sur Chateaubriand), Rimbaud et Proust.

Le troisième chapitre de La voix sans repos, consacré à Flaubert, nous livre d’abord des citations savoureuses de l’auteur de Madame Bovary. D’après Jean-Paul Goux, Flaubert est « une figure de l’exigence » exemplaire et il le démontre dans quelques pages d’une précision qui nous permet, à nous lecteurs, d’aller à l’essentiel : en posant « la question de la littérature, du roman, en termes d’esthétique. » (p.39)

Chaque étude de cet ouvrage a l’avantage d’offrir aux étudiants comme aux amoureux de la littérature une meilleure compréhension des grands auteurs abordés. La deuxième partie justifie le regroupement de ces auteurs, étudiés dans un même volume. Elle aborde le roman sous quatre aspects dans lesquels on reconnaît « la voix sans repos » _ l’expression est de Paul Valéry. « Sans repos » car si l’écriture romanesque est un art complexe, elle est aussi un véritable labeur que la « parole silencieuse » précède.

Quatrième de couverture

A travers une approche dynamique et neuve de Kleist, Le Tasse, Chateaubriand, Balzac, Jean Thibaudeau, Gracq et de l’expérience intérieure de l’écrivain, ce texte remarquablement concis restitue, en en renouvelant l’urgence, l’exigence littéraire perdue pour les médias, par les modes et par la culture de masse. En pleine mutation technologique de l’écriture, Jean-Paul Goux ose opposer à la dégradation du langage créateur l’acte de l’écrivain authentique pour qui l’écriture par la puissance humblement vécue de la syntaxe et de la prose trace aussi physiquement que métaphysiquement la seule liberté qui délivre du temps les hommes. La Voix sans repos dans cette analyse intime de l’idéal littéraire apporte une preuve à la fois érudite et naturelle de l’indémodable vitalité de la création poétique et romanesque dont la voix ne peut pas se taire sans menacer d’extinction notre parole. La Voix sans repos qui nous plonge simultanément dans plusieurs siècles pourrait être une sorte de manuel d’initiation à l’irremplaçable littérature.