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Le Jeu d’Adam : Une satire des femmes

2003

Traduction de Jacques Darras, édition Le cri/ In’Hut

Extrait (p. 31-32)

Rainelet :

Awa awa, c’est pas ma fête !

(Dame douce vient de lui casser son flacon d’urine sur la tête)

Le Docteur :

Rainelet, mon fils , ne t’en fais pas !
Dites-moi, par plaisir, qui vous a
Engrossé de l’enfant, Douce Dame ?

Dame Douce :

Puisque vous savez tout, Monsieur,
Je ne vous cacherai plus rien.
C’est lui, ce vieux voleur qui fut
La cause, dont le ciel me délivre !

Riquier :

Quoi ! Que dit-elle ? Cette femme est ivre.
Est-ce qu’elle m’impute son enfant ?

Dame Douce :

Oui !

Riquier :

Pour une nouvelle c’est une nouvelle !
Selon vous, c’est arrivé quand ?

Dame Douce :

Eh bien, il n’y a pas très longtemps,
Ce fut un peu avant carême.

Guillot :

C’est votre femme, Riquier, qui va
En rire ! Dois-je lui dire autre chose ?

Riquier :

N’en faites rien, mon bon ami.
Pour l’amour du Ciel, pas de bruit !
Elle est d’un alliage si sensible
Qu’elle prend tout pour argent comptant.

Guillot :

Quelle chance de pouvoir se faire craindre !
Quelle science nos garancières d’Arras
Vraiment quelle science quelle chance quel sens
De commander un tel respect !

Hane :

C’est comme celle de Mathieu Lantier,
Qui fut en premières noces la femme
D’Arnaud Delaporte : on la craint,
On la supporte. Des ongles des doigts
Elle a agressé le bailli
Du Vermandois , mais son mari
Est un sage : coi !

Riquier :

N’oubliez pas
Qu’elle a pour voisines deux jeunettes
L’une se nomme Margot des Pommettes
L’autre c’est Aelis au Dragon.
La première tance son baron .
L’autre est un moteur à paroles.

Guillot :

Mon Dieu ! Qu’on m’apporte mon étole
Tu viens de nommer deux démons !

Hane :

Au risque, Maître, de vous voir marri :
Votre femme est du nombre aussi.

Adam :

Je m’en fiche bien pourvu qu’elle n’ouïsse !
J’en connais d’autres plus hargneuses qu’elle :
Comme la femme d’Henri d’Arjans
C’est une chatte griffes et crachats,
Ou comme la femme de Maître Thomas
De Darnetal - ils vivent là-bas.

Hane :

Comme de mon père je suis le fils,
Ces femmes ont deux cents diables au corps.

Adam :

Comme eut Madame Eve notre mère.

Hane :
Ou votre épouse, mon cher Adam.


Vient ensuite le moine qui annonce l’arrivée de saint Acaire. Ce dernier guérit de la folie et vient recueillir des offrandes.

QUESTIONS

1) En quoi le nom de Dame Douce est-il ironique ? Justifiez votre réponse en fonction de ce que vous savez de ce personnage et de ce que vous voyez dans cet extrait.

2) Quels sont les personnages de la pièce qui ne sont pas désignés par leur nom ? Aidez-vous de la liste des personnages si besoin est. Commentez la façon dont ils sont désignés (surnom ou fonction et pourquoi ?)

3) Quelle est la fonction de Guillot et de Hane dans cette scène ? Justifiez votre réponse à l’aide de citations du texte.

4) Pourquoi la discussion entre Dame Douce et Riquier n’a-t-elle pas lieu dans l’intimité ? Où se déroule cette scène ?

5) Relever les noms propres cités dans cet extrait. Quelle est leur fonction ?

6) Dans quelle mesure ce texte est-il une satire des femmes de l’époque ?