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Le corps

jeudi 23 janvier 2003

Le thème du corps :

Le corps, dans Si c’est un homme, est un corps de douleurs . Cela commence dès le trajet en train, où les corps sont serrés les uns contre les autres, ne formant plus qu’un seul corps. Puis ils sont mis à nu et torturés par la soif et par le froid : « Un vent glacial entre par la porte ouverte : nous sommes nus et nous nous couvrons le ventre de nos bras. » (p.22 ) Puis ce sont les cheveux qui sont rasés. Idem dans la douche.
Le thème du corps est sans cesse associé au manque, à la privation, à la dépossession, à l’humiliation. Les hommes, d’abord privés de leur liberté se voient ensuite retirer tous leurs effets personnels. Jusqu’à la dépossession de leur propre corps : « Plus rien ne nous appartient » (p.26) et de leur identité « ils nous enlèveront jusqu’à notre nom » (p.26)

Le thème de la souffrance est récurrent. : « Déjà sont apparues sur mes pieds les plaies infectieuses qui ne guériront pas. Je pousse des wagons, je manie la pelle, je fonds sous la pluie et je tremble dans le vent. Déjà mon corps n’est plus mon corps. J’ai le ventre enflé, les membres desséchés, le visage bouffi le matin et creusé le soir ; chez certains, la peau est devenue jaune, chez d’autres grises ; quand nous restons trois ou quatre jours sans nous voir, nous avons du mal à nous reconnaître. » Cette souffrance du corps, en particulier quand il s’agit de travailler, révèle que l’humain a atteint ses limites. Le supportable a perdu toute signification. Ainsi, Primo Levi écrit p. 71 « je suis à la limite de ce qu’on appelle la capacité normale de résistance ». Le temps présent utilisé par l’auteur actualise tous ces moments de torture et en même temps leur donne un caractère intemporel : ils seront à jamais dans ses souvenirs. Le dernier chapitre présente des hommes malades, décharnés. Primo Levi est atteint de scarlatine. Toutes les souffrances humaines ont parcouru cette œuvre.

La souffrance des autres est aussi une gêne. Ainsi, dans le chapitre 6, Primo Lévi évoque celui qui partage sa couchette en ces termes : « il avait deux vieilles plaies aux tibias et dégageait la nuit une répugnante odeur de maladie » (p. 69). Plus encore, le fait même de partager sa couche avec quelqu’un occasionne maintes souffrances. Cela revient à plusieurs reprises dans l’œuvre. Le pire est d’avoir « un compagnon de haute taille » (p. 69), car « cela veut dire perdre des heures de sommeil. »

Le corps est aussi le lieu de toutes les humiliations : les hommes, regroupés dans le froid, doivent se mettre nus, en général pour suivre des pratiques imposés par les nazis. Arrivé au « block 23 », deux polonais de moquent de sa maigreur et de son numéro : « ils ont parlé et rit ensemble comme si je n’étais pas là ; puis l’un d’eux m’a pris le bras et a regardé mon numéro, et alors ils se sont esclaffés de plus belle. Tout le monde sait au camp que les cent soixante-quatorze mille sont les italiens arrivés il y a deux mois, tous avocats, tous docteurs en quelque chose, plus de cent à l’arrivée, et plus que quarante maintenant, des gens qui ne savent pas travailler, qui se laissent voler leur pain et qui reçoivent des gifles du matin au soir. Les Allemands les appellent « deux mains gauches », et même les juifs polonais les méprisent, parce qu’ils ne savent pas parler yiddish. »