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Le déjeuner de la petite ogresse

2006

Etude présentée par Soazik DUBOIS-LE GALL, professeur des écoles (et Princesse Dézécoles aussi !)

PRESENTATION DE L’ALBUM

L’album que j’ai choisi de vous présenter, le déjeuner de la petite ogresse, a été écrit et illustré par Anaïs Vaugelade, publié en 2002 à l’école des loisirs.

Par sa structure aussi bien que par les thèmes abordés, cet album s’adresse à des élèves de cycle II, et pourrait être exploité au début du CE1.

Cet album raconte une rencontre insolite entre une ogresse très particulière et un petit garçon pas tout à fait comme les autres.

Par amour, l’ogresse renoncera, semble-t-il, à sa nature. Ils se marient et ont beaucoup d’enfants. Mais peut on échapper à sa nature ?

ANALYSE DE L’ALBUM

Cet album est intéressant à plusieurs titres.

Tout d’abord, pour sa structure narrative :

En effet, le schéma narratif est mis en évidence par la mise en page de l’histoire. Chaque temps fort est encadré par une double page l’une consacrée au texte et l’autre en regard consacrée à l’image. Les trois périodes clés sont mise en valeur de cette manière :

- l’entrée du petit garçon dans la vie de la petite ogresse,

la naissance de l’amitié entre les deux protagonistes,

le départ nécessaire du petit garçon et son retour non moins inévitable.

D’une manière générale, la particularité des albums c’est qu’ils offrent une Double structure narrative : celle assumée par l’image et celle prise en charge par le texte. Ici, Les images sont complémentaires du texte, elle le renforce :

Le statut d’ogre de la petite fille (couverture, première double page) est complété par l’image

Le changement de statut progressif (de victime à ami) du garçon est souligné par l’introduction de couleurs pastel puis vives (cinquième double page + huitième double page).

Les différents sentiments qui naissent chez la petite ogresse (perplexité, étonnement, mauvaise humeur, fureur, tristesse) ont un écho dans l’image [modifications du monde extérieur (forêt qui s ’éclaircit, détails qui apparaissent : cailloux, fleurs), regards, attitudes].

Le retour du garçon : des indices dans l’image permettent de souligner que le temps a passé (taille des personnages, échelle est rangée, elle n’est plus nécessaire, nombreux enfants)

De plus des doubles pages découpées en trois ou quatre parties distinctes mais en même temps liées entre elle par le décor (quatrième et cinquième puis huitième page) permettent de vivre les différentes péripéties favorisant la naissance du doute, puis du sentiment amoureux chez la petite ogresse, mais laissent aussi supposer qu’il se passe des choses hors-champs.

Les scènes intérieures / extérieures sont fortement contrastées : couleurs sépia pour l’intérieur et aplat de couleur vive (vert dominant) pour l’extérieur

Par un questionnement approprié, on amènera les enfants à analyser l’ensemble de ces éléments pour les faire entrer dans une démarche interprétative et mettre en évidence les inférences que l’on doit faire pour construire du sens.

Ensuite pour le travail sur la figure de l’ogre et l’intertextualité

En effet, cet album permet à la fois de travailler sur un personnage archétypal, et de découvrir l’intertextualité. Ceci participe à la création d’une culture littéraire commune ce qui est une manière de donner du sens au apprentissage liés à la maîtrise du langage et de la langue française et de répondre à un des objectifs fixé par les programmes 2002.

personnage archétypal de l’ogre :

_Le personnage de l’ogre s’ancre dans la nuit des temps avec le mythe fondateur de Chronos, dieu grec qui dévore ses enfants afin de déjouer la prophétie selon laquelle l’un d’eux lui volera ses pouvoirs, c’est donc une figure importante de la culture européenne. On la retrouve également au travers des contes traditionnels d’autres cultures

C’est pourquoi au cours du cycle I, au travers des différentes lectures proposées par leurs enseignants, les élèves auront déjà construit une représentation mentale de l’ogre. Au cycle II, il sera donc intéressant de travailler sur les attentes des élèves, et sur les variations qu’apportent l’histoire. On progressera ainsi peu à peu de façon implicite vers la construction d’un archétype sur lequel on pourra travailler de façon explicite au cycle III.

Dans cet album, on pourra donc demander aux élèves de relever les principaux marqueurs de l’identité de l’ogre comme les instruments de cuisine (fourchette à rôti, couteau, attendrisseur, hache), la cage, les tonneaux de saumure, les petites dents pointues (rappel avec le haut des chaises), les chaussures d’enfants trônant sur le placard de la cuisine, sa fureur lorsqu’elle découvre l’absence du jeune garçon. Mais aussi les nombreuses variations au thème habituel : il s’agit d’une enfant, dont il émane une certaine douceur alors que l’ogre est traditionnellement un personnage cruel, elle renoncera finalement à son statut d’ogre

intertextualité

_Afin de goûter au plaisir de la lecture par le biais de cet album, les enfants devront connaître au préalable un certains nombres de contes et histoires classiques comme les contes traditionnels que sont Hansel et Gretel (voir quatrième double page) , mais aussi Marlaguette de Marie Colmont (voir neuvième double page), et Le Géant de Zéralda de Tomi Ungerer (cf. position en hauteur dans les arbres de la petite ogresse, proche de celle de l’ogre lorsqu’il tend le piège pour Zéralda + fin de l’histoire)

Car il appartient au registre comique :

Ici L’humour est très grinçant, presque noir. L’enfant est confronté à un comique de mots (« c’est une tradition de famille,chez les ogres, on mange un enfant par semaine et deux les jours de fête », « Quel enfant bizarre, pense-t-elle, je demande s’il est comestible », « Ch’étais pour goûter ») et de situations (opposition entre l’attitude attendue du petit garçon par la petite ogresse et la décontraction affichée de celui-ci, qui va jusqu’à retourner volontairement dans la cage, scène de jeu entre les deux enfants).

Enfin car il permet de répondre à une des missions du cycle II qui est l’éducation à l’altérité, ici, l’analyse de la dualité des personnages va permettre d’introduire cette notion

dualité des personnages : opposition imaginaire / réel

Il y a une accumulation de différences entre les personnages :

- Personnage féminin : l’imaginaire (l’ogre), crinière blonde et broussailleuse, yeux blancs qui lui dévore le visage et la rende presque douce, robe grisâtre et sans forme, pieds nus, une vraie petite sauvageonne

- Ppersonnage masculin : le réel (le petit garçon représente tous les enfants, les lecteurs de cette histoire inclus), il est brun et frisé. Il est vêtu de rouge, Très élégant (chemise, débardeur), porte des chaussures. Par la suite nous apprenons également que c’est un lecteur)

L’histoire d’amour entre ce petit garçon et cette petite ogresse montre que l’on peut accepter et surtout dépasser les différences de l’autre pour vivre ensemble.

EXPLOITATIONS PEDAGOGIQUES

L’ensemble des activités proposées aura pour objectif, au regard de ce qui a été évoqué au préalable, de travailler principalement :

La maîtrise de la langue à l’oral comme à l’écrit

Compréhension :

Dégager le thème de l’album et déterminer le registre auquel il appartient

_Comprendre les informations explicites du texte

_dégager la signification des illustrations en justifiant son interprétation à l’aide des éléments présents dans l’image.

_Analyse des caractéristiques de la petite ogresse à partir de la figure traditionnelle de l’ogre : trait commun et variation

_Analyse du personnage du petit garçon en opposition avec le personnage de la petite ogresse

Lecture :
lire à haute voix un court passage (préparation silencieuse préalable qui pourra être guidée par une lecture à haute voix faite par l’enseignant)

_lecture à deux voix des parties dialoguées travail en tutorat

Communiquer : débat autour de la différence, de l’amitié, l’amour.

Production d’écrits :

rédiger une carte d’identité de l’album
_rédiger une fiche d’identité des personnages

_écrire ce qui se passe hors-champs

_écrire une suite possible de l’histoire à chacun des moments clés :

On pourra également s’appuyer sur cet album pour travailler d’autres compétences que celles liées à la maîtrise de la langue :

Education physique et sportive

Cet album pourrait être le point de départ d’un projet en danse basé sur l’expression des différences (mouvements grand/petit, fort/doux...), des sentiments (solitude, amitié, amour), des émotions (fureur, tristesse, inquiétude, joie...).

En effet, en éducation physique et sportive, une des compétences à construire est celle permettant aux élèves de réaliser des actions à visées artistique, esthétique ou expressive et, à la fin du cycle 2, ils doivent être capable d’exprimer corporellement des personnages, des images, des états, des sentiments.

Découverte du monde :

Il pourrait également être le point de départ d’une séquence sur l’alimentation, puisque au cycle II, il fait faire prendre conscience à l’enfant de certaines caractéristiques de son corps afin de montrer l’importance des habitudes quotidiennes d’alimentation.

PROLONGEMENT ENVISAGES

Il est important de proposer aux élèves des parcours de lecture leur permettant de retrouver un personnage, un thème, ou un auteur afin que l’habitude de fréquenter des livres deviennent progressivement une culture.

Dans le prolongement de la lecture du déjeuner de la petite ogresse, on pourra donc proposer aux élèves un choix d’album leur permettant :

d » enrichir la figure de l’ogre :

_dans le registre comique :

_L’ogre, le loup, la petite fille et le gâteau - Philippe Corentin - L’école des Loisirs

_Les trois souhaits du petit dîner - Alex Sanders - L’école des Loisirs

_Pour montrer le caractère universel de l’ogre :

_L’ogre Babbarco - Muriel Bloch - Didier jeunesse (adaptation d’un conte sarde)

_Nona l’ogresse dans Contes de Tahiti - Martine Dorra - Syros - 2002

_Rafara (conte africain)

d’ enrichir les débats

Autour de l’amitié

_Marlaguette -Marie Colmont - Flammarion

_L’ami du petit Tyrannosaure. Florence Seyvos - Ecole des Loisirs

_Le déjeuner des loups - Geoffroy de Pennart -

Autour de la différence et de l’hérédité

Flix de Tomi Ungerer

de découvrir les différentes facettes de l’univers propre à l’auteur

L’anniversaire de Monsieur Guillaume

_Une soupe au caillou (personnage du loup à contre emploi)

_Laurent tout seul (que les élèves auront déjà probablement rencontré au cycle I, puisque il a pour thème central la conquête de l’autonomie)

_Maman Quichon se fâche

_La guerre

Messages

  • apès avoir lu l’ogrelet ( pièce de théâtre de suzanne LEbeau ), je ne peux m’empêcher de voir un rôle des fleurs à la fin de l’histoire. En effet, dans l’ogrelet, le petit ogre refuse son ogret et part faire 3 épreuves qui doivent le "guérir". La dernière de ces épreuves est de passer 1 mois avec un enfant dans une cabane sans le manger bien évidemment. Il réussit car son père dépose tous les jours par la cheminée un bouquet de roses blanches qui, on le devine , ont le pouvoir de "calmer les ardeurs de l’ogre". En voyant donc ces fleurs blanches , je me demande si notre petit garçon qui nous a informé au début avoir lu des livres sur les ogres, n’aurait pas lu l’ogrelet également !!!??