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Le déjeuner des bords de Loire de Philippe LE GUILLOU

samedi 28 décembre 2002

Le déjeuner des bords de Loire de Philippe LE GUILLOU
aux éditions Mercure de France, 2002.

Rencontre avec Julien Gracq.

L’auteur de ce livre, le Breton Philippe Le Guillou, voue une grande admiration à Julien Gracq. Le déjeuner des bords de Loire n’est pas un ouvrage de critique littéraire. C’est le récit d’une rencontre, parmi d’autres, entre Le Guillou et Gracq. Les deux hommes se voyaient sur les bords de la Loire.
Tout au long du récit, le regard de l’auteur se pose sur Julien Gracq, sur les bords de Loire. Sur soi-même aussi. Et il y a, à chaque fois, cette continuité dans le style, cette pudeur pour dire l’autre, ou soi. Le lecteur découvre ainsi certains aspects de Gracq qui ont touché Le Guillou. Les voix des deux hommes se mêlent parfois : "Il fut un temps où, la fin de l’été venant, il prenait la route pour visiter la France, en caresser les paysages de son regard de géographe. Il partait en septembre. Il voyageait seul. Parce que quand on est seul, il est plus facile de louer une chambre la saison finie."(p.44)

La première phrase du livre rappelle celle de la Recherche : "Longtemps je l’ai rêvé lointain (...)". Recherche autour d’un homme, autour d’un auteur.
Le lecteur sait immédiatement que ce n’est pas le récit d’un déjeuner ordinaire qu’il a sous les yeux. Les deux convives ne sont pas de ceux qui se voient pour "parler de la pluie et du beau temps, de l’insignifiance des choses." (p. 13) Et en effet, Le déjeuner des bords de Loire est l’hommage touchant et respectueux qu’un écrivain rend "au dernier des très grands". C’est aussi un livre dans lequel Philippe Le Guillou parle de la Littérature, de sa rencontre avec la Littérature.
Comment devient-on écrivain ? Peut-être en commençant par admirer les livres d’un grand homme...

"Cette passion pour lui est née de là. D’une phrase qui ouvre des portes dont on ne soupçonnait pas l’existence, une force ravageuse qui tient de l’enchantement et du sacerdoce, une présence qui incendie et qui érode, la découverte d’une force qui creuse et s’enfonce, la soif d’avoir soif. Apprendre à lire suppose cette immersion dans la fournaise, cette initiation de l’ardeur et la calcination." (p.68)

Je reprendrai, pour qualifier la lecture cette oeuvre, les mots de Philippe Le Guillou pour parler de ces heures passées avec Julien Gracq : "quelques heures magnifiques et aimantées qui restent pour moi comme une leçon de littérature et vie."

Quatrième de couverture
Julien Gracq est sans conteste au nombre des écrivains que j’admire le plus. Je l’ai découvert au lycée en 1976. Je l’ai lu ensuite et l’admiration s’est installée, inentamable. Je lui ai écrit plus tard et j’ai écrit sur son travail.
Ma première visite à Saint-Florent-le-Vieil, sur les bords de la Loire, remonte à février 1992. D’autres l’ont suivie, régulières, ferventes. Un jour - c’était en février 1998 - j’ai éprouvé le besoin de raconter le cours d’une de ces journées désamarrées du flux ordinaire des jours. Comme cela, sans désir d’effraction, loin du prosaïsme du reportage, simplement pour rendre témoignage. C’est le sens de ce récit qui narre quelques heures entre deux trains, au bord du fleuve un jour d’hiver glacial et lumineux, en compagnie du dernier des très grands, quelques heures magnifiques et aimantées qui restent pour moi comme une leçon de littérature et de vie.
P. L. G.