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Le devoir de français de Gilles PUDLOWSKI

dimanche 27 avril 2003

« La France dont je parle n’existe pas. Je le sais : j’exagère à plaisir, je ne cesse d’édulcorer, je schématise avec passion, je ne garde que la meilleure part pour oublier ce qui me fait horreur.  » (p. 131)

Dans Le devoir de français, Gilles Pudlowski nous entraîne dans une balade à travers la France : balade dans des régions, avec ce qu’elles ont gardé de traditionnel, balade à travers ses écrivains, à travers aussi sa grastronomie dont l’auteur est un éminent spécialiste, et bien sûr, à travers sa géographie.

L’œuvre a parfois des accents rousseauistes : tel le promeneur solitaire, Gilles Pudlowski s’émerveille devant la nature, devant les plus beaux villages ignorés des curieux :

« Lorsque le promeneur dépasse l’église, se fraie un chemin au-delà d’une haie d’arbres, le Val se découpe à l’infini. Mais ce n’est pas seulement le fleuve que chacun imagine à la fois calme d’apprence, et recelant des dangers imprévisibles. »

Très vite, le lecteur se rend compte que ce parcours, ces voyages, partent aussi à la recherche d’une géographie et d’une histoire personnelles : celle de Pudlowski et de sa famille.

L’écrivain nous ouvre les portes de son monde intérieur. Un monde dans lequel, depuis l’enfance, on se cherche dans des valeurs nationales tout en affirmant une identité de judaïsme et de Pologne mêlés. Pudlowski évoque la religion dans des pages magnifiques. Il réussit à dire le caractère personnel, historique et culturel de ses origines. Il mêle alors ses impressions et ses sentiments aux paysages français.

Les villes jouent un rôle complexe dans l’œuvre de Pudlowski. Elles connaissent maintes significations. Véritable motif littéraire, les villes du Devoir de français suggèrent autant l’enfance que la maturité, la spiritualité que l’engagement politique.

Au début de l’œuvre, les villes du jeune Pudlowski ont le parfum de l’enfance. Elles sont qualifiées de villes juives car c’est ici le regard d’un petit garçon qui se souvient :

« Bref, une ville, une communauté, un chant, un peuple et un enfant. » (p. 34)

Tout au long du livre, elles sont décrites, ou plutôt présentées à travers le regard d’un amoureux de la littérature qui cherche Proust à Cabourg, Flaubert à Croisset, Marcel Armand à Varennes-sur Armances … Car « Avouons-le : La France aime ses écrivains et ils le lui rendent bien. »

L’homme aux profondes convictions politiques affirme aussi son engagement politique : c’est alors la notion de citoyenneté - propriété indéniable de la ville - qui est mise en valeur.

Du pays ou de l’homme, il est difficile de décider lequel est le sujet du livre. Pudlowski s’identifie à la France, c’est une invitation au voyage, voyage en France, voyage en soi-même, au plus profond de soi-même, dans une histoire collective très forte : celle du peuple Juif :

« Au fil de mes voyages, de cette identification progressive au vieux pays de France, je n’ai jamais été tenté de basculer de l’autre côté, de nier mon identité, celle de mes origines. » (p. 109)

Qu’est-ce que le devoir de français ? Sans doute un devoir de mémoire, tout autant qu’une tentative de définition de l’identité française. C’est aussi une rigueur toute lorraine comme l’écrit l’auteur au début de son livre. C’est le devoir de connaître, de comprendre et d’aimer. Gilles Pudlowski réussit tout cela à la fois.