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Le dictionnaire du Littéraire

mardi 3 décembre 2002

Le dictionnaire du Littéraire Sous la direction de Paul Aron, Denis Saint-Jacques et Alain Viala

La littérature est un sujet dont chacun parle, souvent avec des mots que l’on croit aller de soi mais qui sont en fait le plus souvent ambigus : ce sont ces mots et les questions qu’ils provoquent, qui sont au centre du Dictionnaire du Littéraire.

Le dictionnaire du Littéraire n’est pas un dictionnaire des œuvres ou des auteurs. C’est pour la première fois un usuel de synthèse qui définit, problématise un millier de notions, réparties en cinq cents articles, qui balisent l’histoire, les mouvements et les institutions des littératures de langue française. Objet nouveau, ce dictionnaire s’adresse à tous ceux qui s’intéressent aux lettres et explore tous les termes qui s’emploient pour parler du littéraire, en suivant le fil chronologique de leur histoire.

Destiné aussi bien aux étudiants qu’aux chercheurs, aux critiques qu’aux écrivains, aux littéraires qu’à tous les passionnés de littérature, le dictionnaire du Littéraire est le premier dictionnaire d’une telle ampleur depuis le Gradus

Pour chaque terme, l’article donne, outre les définitions, un parcours historique et un état de la question.

Quatre années ont été nécessaires pour mettre au point ce dictionnaire, fruit du travail d’une centaine d’universitaires de divers pays francophones (Belgique, France, Canada et Suisse). Car le domaine dont il est question ici est celui des littératures de langue françaises. Le dictionnaire a été réalisé sous la direction de Paul ARON, directeur de recherche au FNRS et professeur à l’Université libre de Bruxelles ; Denis SAINT-JACQUES, professeur à l’Université de Laval et directeur du Centre de recherches en littérature québécoise (CRELIQ) ; Alain VIALA, professeur aux Université de Paris III et d’Oxford et responsable du Groupe de recherches interdisciplinaires sur l’histoire littéraire (GRIHL, Paris III-EHESS).

Quatrième de couverture

À un vieux Grec, qui demandait au chêne de Dodone s’il fallait accueillir les noms impénétrables des dieux étrangers en même temps que ces dieux, ou leur donner des noms lisibles, l’oracle répondit : garde les noms barbares. Vers 1330 l’Anglais Guillaume d’Occam, théologien, dans une injonction coupante passée à la postérité sous le nom de Rasoir d’Occam, tempéra l’enthousiasme de l’oracle : « Ne multipliez pas le nombre des entités au-delà de ce qui est nécessaire. » Entre ces deux anecdotes, qui disposent diversement de la vie des mots, l’une avec générosité, l’autre avec avarice, se tient l’espace périlleux où sont choisies les entrées d’un dictionnaire. Le dictionnaire de Dodone serait infini, puisque les dieux de la terre sont en nombre infini. Celui de Guillaume d’Occam, de taille en coupure, ne retient peut-être que le seul mot Dieu. La littérature aussi est un dieu - encore faut-il délimiter ses terres et ses temples, définir ses attributs, ses avatars, le divin, qui s’appelle ici le littéraire. Ce n’est pas une petite affaire, tout choix est hérétique au regard des autres choix, et sacrilège au regard du dieu. Si j’étais Guillaume d’Occam (Dieu m’en préserve !) j’aurais rasé la plupart des entrées ; si j’étais le chêne de Dodone (les dieux ne l’ont pas permis), j’aurais laissé s’ébruiter dans ces pages tous les vieux mots tombés en quenouille, les grecs et les latins, ceux de la Pléiade et de Port-Royal. Le dieu et le littéraire ne s’en seraient pas satisfaits davantage. Le dieu et le littéraire sont rétifs, capricieux, duplices : tout discours d’escorte leur est un frein, une injure, une entrave. Ils s’y débattent comme dans les mailles d’un filet. Pourtant le filet qui l’arrête laisse voir un instant le dieu, entre ces mailles que sont les entrées. À affects, à écriture, à incipit, à énonciation, à rythme, c’est lui, c’est son souffle et son pas, c’est lui-même ; à bibliothèque, c’est le temple ; à poète, c’est l’enfant de chœur, à roman, les chanoines ; à grammaire, à forme, c’est le rite ; à inspiration, c’est ce qui excède le rite ; à chef-d’oeuvre, c’est le don du dieu - ou son simulacre. Le dieu n’est pas très content qu’on voie tout cela, les manoeuvres des prêtres et les coulisses du temple, la cuisine de l’au-delà. Mais nous, lecteurs, nous le tenons, nous jubilons, nous allons voir ce qu’il a dans le ventre. Dans un même mouvement nous le démasquons et nous l’encensons. Nous ouvrons ce livre. Pierre Michon

Presses Universitaires de France - PUF ;
(Grands Dictionnaires)
Relié - 634 pages (30 avril 2002)
ISBN : 2130516904