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Album

Le musée des potagers de Caroline Desnoëttes

2003

Aux éditions de la Réunion des Musées nationaux, 1998.
Cartonné : 77 pages.

L’Objet livre :

« Le Musée des Potagers » est un album de petit format « qui tient dans la main » et que l’on peut facilement transporter. Sa couverture est épaisse et cartonnée, ce qui facilite encore sont transport et sa manipulation.
L’objet-livre donne déjà des informations sur son contenu. Son format réduit fait penser aux albums destinés aux tout-petits et c’est aussi une sorte de musée portatif.
Quand nous l’ouvrons, nous nous apercevons que les pages sont de couleurs différentes : chaque tableau a son écrin, ce qui renforce le sentiment d’être dans un musée. La signification des couleurs de fond est donnée à la page 4 : elles symbolisent les saisons.

Le contenu du livre :

Il se présente comme un album de photos. Chaque double page présente un fruit, ou une espèce de fruit, de légumes ou de fleurs.
Sur la page de gauche, nous avons un tableau dans son intégralité. Chaque tableau est figuratif. L’objectif de chacun d’entre eux est donc de représenter la réalité des végétaux, et pas seulement de se fixer sur la manière dont les peintres les ont représentés au cours des siècles (nous aurions alors des végétaux parfois difficilement reconnaissables comme dans certains mouvements picturaux non figuratifs : cubisme, expressionnisme…).
L’édition de cet ouvrage manifeste une recherche esthétique dans la présentation des fruits, légumes et fleurs, une volonté de les présenter par le regard d’un artiste. Il ne s’agit pas en effet d’un recueil scientifique visant à représenter au mieux les végétaux (à l’aide de photos etc…). Ainsi, la page 65 présente une citrouille peinte par Jean Hélion qui joue sur l’insolite et le mélange des objets : la citrouille est une nature morte parmi d’autres, chaussures, parapluie, guéridon :

Le musée des potagers propose à son visiteur un ordre de visite :.
Un classement par saison tout d’abord. On découvre ainsi les fruits et légumes en commençant par le printemps. La couleur du cadre du potager de printanier est le vert, couleur mélangeant la couleur froide du bleu et chaude du jaune. Nous avons ainsi par le biais de la vue, le sentiment d’une saison intermédiaire, de renaissance qui tend vers la chaleur. Le vert est en outre la couleur de l’herbe, des feuilles qui repoussent. Fruits, légumes et fleurs s’intercalent, éloignant ainsi le livre du glossaire qui exigerait un classement plus rigoureux. Nous sommes ici encore dans la découverte, la promenade, sans toutefois nous perdre car il existe un ordre :
Page 19, nous quittons les fruits et les légumes pour découvrir un jardin aux couleurs pastelles et nous imaginons le parfum sucré des roses, rendu par leur abondance dans ce tableau d’Ernest Quost (1844-1931), Roses :

Les fleurs occupent une partie non néglgeable dans ce petit musée, à la grande surprise du visiteur qui ne croyait y retrouver que des fruits et légumes. Ainsi, à la page 21, nous retrouvons la Négresse aux pivoines de Frédéric Bazile (1841-1870), à page 49, Roses et Lys de Mary Fairchild MacMonnies. La visite se clôt d’ailleurs sur les anémones peintes par Pierre Bonnard (1867-1947), Fleurs sur la cheminée et personnage :

A la page 20, c’est le goût qui est provoqué par l’étalage de mets offerts sur une table. Nous y voyons un tableau d’Anne Vallayer-Coster (1744-1818), Vase, homard, fruits et gibier. L’édition reproduit un détail sur la page de droite : Les radis. Cette focalisation sur un détail du tableau permet d’exercer le sens de l’observation des élèves. C’est aussi une manière de le regarder et de l’observer : on passe ainsi de la vue d’ensemble page de droite à un détail thématique à la page de gauche.

Le tableau de Giuseppe Arcimbolo (1527- 1593), L’été inaugure la saison nouvelle. La densité des végétaux y évoque l’abondance propre à cette saison : c’est le moment de cueillir, de récolter. Tout se donne. Les enfants pourront décrire le tableau et apporter à l’école des fruits et légumes pour les disposer sur une table et constituer un nouveau personnage, qu’il leur faudra peindre par la suite.

Les aubergines peintes par Henry Matisse (p. 29) prennent leur place dans un tableau où le matériau de la peinture est dense. On se voit sous le soleil de l’été où les couleurs sont éclatantes et les contrastes renforcés. Tout exulte. Ceci est en outre rendu au tableau suivant (p. 31), La Jardinière de Simon Saint-Jean (1808 - 1860), femme maîtresse des lieux qui porte presque un trop plein de fleurs, où l’on savoure la blancheur des liserons et l’ombre qu’ils procurent.

En été, la couleur des cadres des tableaux est jaune, couleur chaude rappelant la chaleur de la saison et les rayons du soleil. Le tableau de Raoul Dufy (1877 6 1953), Le cours de la Seine : à Rouen, l’Oise et la Marne (page 39) est dans les tons bleu et vert, des couleurs froides…car ce tableau nous plonge dans l’eau rafraîchissante des bains salvateurs de l’été. Nous voyons donc que l’attention aux atmosphères rendues est importante et que la visite des végétaux est l’occasion d’un voyage plus grand dans l’espace et dans le temps, à travers les saisons...

L’attention du visiteur est, un peu plus loin, focalisée sur « Les Prunes » du tableau de Louise Moillon ( 1610-1696) La marchande de fruits et de légumes, qui est aussi le dernier tableau de l’été de cette collection ; les femmes sont plus couvertes, les couleurs tirent vers le marron, couleur des feuilles mortes...

L’automne ainsi passe, puis l’hiver, dont le cadre des tableaux est bleu, couleur froide. Un décor urbain qui contraste avec les précédents tableaux nous rappelle l’austérité de cette saison : les gens ont froid, comme dans le tableau de Louis-Marie de Schryver au titre emblématique du Musée des potagers, Le Marchand des quatre saisons (p. 69).

Le texte dans le livre :

Les textes qui accompagnent les tableaux nous permettent de connaître, comme cela se fait dans les musées, le nom du peintre, ses années de naissance et de mort, le titre de l’œuvre et la date de sa création. Mais comme dans un catalogue thématique ou d’exposition, nous trouvons également la mention du lieu où se trouve le tableau en question.

Ce livre est donc un musée à lui seul, mais il constitue aussi une promenade dans un potager. Notons également qu’un potager est propre à chacun, comme le regard de l’artiste. Il y a donc autant de potager qu’il y a de lecteurs. Cela explique sans doute le pluriel du titre : chacun fera sa balade parmi les végétaux proposés, se promènera dans son jardin ou dans celui des artistes. On ouvre en effet ce livre comme on emprunte un chemin dans les souvenirs de ses sensations, dans les recoins de son âme.

Un texte de Jean de la Quintinie (1626-1688) ouvre le livre. Nous y lisons la joie et le bonheur d’un maître d’oeuvre de potager, Directeur des jardins fruitiers et potagers du Roi. Nous sommes en effet amenés à savourer chaque page et « tout cela ensemble fait sans doute l’idée de beaucoup de choses extrêmement agréables » (Jean de la Quintinie).

Etude proposée par France Bellmann (PE2)