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Les Préludes autobiographiques (analyse)

2000

Etude littéraire de Préludes autobiographiques

Seule la 1ère partie est rédigée ; le reste est présenté sous forme de plan détaillé.

Introduction

Les Préludes autobiographiques sont l’ouverture paratextuelle des Complaintes de Jules Laforgue. Ils font office de préface, comme le dit l’auteur dans une lettre adressée à ses amis Henry et Khan en mars 1885 : « Maintenant, sauf vos deux respects, je maintiendrai volontiers la pièce préface. Elle est faite avec des vers d’antan, elle est bruyante et compatissable_ elle est autobiographique. » Dans une autre lettre de février 1885, il précise encore que cet « alléluia-préface » lui « semble servir de toile de fond avec son air enfant et passé. »

Par ailleurs, cette pièce est la plus longue du recueil (124 vers). L’on voit donc que l’auteur lui accorde une certaine importance, celle de dire les étapes de son cheminement esthétique (c’est ce que suggère le titre). Que signifie en effet Préludes autobiographiques ? Le terme « préludes », avec ses connotations musicales, annonce que le poète introduit, met en voix, la parole du recueil. Avec l’adjectif « autobiographiques », il faut comprendre que l’auteur va parler de soi, et plus précisément, de ses orientations esthétiques dont le recueil Les Complaintes est l’aboutissement.

Notre problématique sera donc la suivante : dans quelle mesure les Préludes autobiographiques éclairent-ils le recueil de Jules Laforgue, en quoi en sont-ils la préface, voire même l’art poétique ?

I/ Le projet poétique de Laforgue

II/ La ou les voix du poète

III/ Le statut autobiographique des Préludes

I/ Le projet poétique de Laforgue

Les Préludes autobiographiques mettent en avant le cheminement esthétique de l’auteur des Complaintes. L’on sait en effet que Jules Laforgue s’est essayé à plusieurs compositions poétiques. En 1881, il travaille à son recueil de vers philosophiques, Le sanglot de la Terre (mettre en lien hypertexte lien vers site : table des matières + extraits), puis il l’abandonne parce que sa conception de la poésie change. Les Préludes y font allusion à partir du vers 6 :

« L’ai-je rêvé, ce Noël
Où je brûlais de pleurs noirs un mouchoir réel
Parce que, débordant des chagrins de la Terre
Et des frères Soleils, et ne pouvant me faire
Aux monstruosités sans but et sans témoin
Du cher Tout, et bien las de me meurtrir les poings
Aux steppes du cobalt sourd, ivre mort de doute,
Je vivotais, altérer de Nihil de toutes
Les citernes de mon Amour ? »

« Les pleurs noirs » (v.7), les « chagrins de la terre » (v. 8), « Du cher Tout » (v.11) et les « steppes du cobalt sourd » (v.21) renvoient à l’œuvre précédemment citée. (Voir la table des matières).

Voir aussi Noël résigné : « Noël ! Noël ! »Etc. Quant au travail du poète, il fait l’objet de métaphores verbales allant dans le sens de l’errance, du cheminement et du tâtonnement : voir au vers 2 « je me suis perdu » ; au vers 11 « las de me meurtrir les poings » ; au vers 13 « Je vivotais » ; au vers 18 « J’avais roulé par les livres ». Mais à tout cela il dit au vers 24 « assez ! », manifestant ainsi clairement son désir de rompre avec ce qu’il avait écrit bien avant.

Cette interprétation est confirmée par l’emploi des déictiques temporels qui rythment le poème et soulignent l’orientation autobiographique (d’hier à aujourd’hui).Voir v.2-3 : « ce soir/ de Noël gras » ; v.27 : « chaque soir » (encore une fois le substantif soir est placé à la rime) ; « Minuit un quart » v.63 ; « Maintenant » v. 89 et 123 (conclusion du poème) ; voir aussi vers 91-92 : « où sont mes nerfs d’hier ?/ Mes muscles de demain ? ». On pourrait, dans le même objectif, étudier la temporalité à travers les temps verbaux, qui soulignent très clairement le cheminement du poète (opposition entre un passé révolu (errance poétique) et un présent de l’énonciation).

Ayant donc abandonné ses vers philosophiques, Laforgue ébauche toutes sortes de projets, et écrit dans une lettre adressée à Mme Mültzer, le 18.7.1882 :

« Moi je rêve de la poésie qui ne dise rien, mais soit des bouts de rêveries sans suite. Quand on veut dire, exposer, démontrer quelque chose, il y a la prose. »

(Lettre citée par Jean-Pierre Bertrand in Les Complaintes de Jules Laforgue, ironie et désenchantement, Klincksieck, 1997).

Il y a là une notion importante, pour comprendre l’esthétique de Laforgue, c’est celle de « rêveries ». Elle revient sept fois dans les Préludes autobiographiques : v.6 « L’ai-je rêvé », v.15 « songeur », v.21 « A rêveurs », v. 28 « mon rêvoir », v.48 « sans songer à mal », v.72 « songe d’une nuit d’août », v. 84 « Je rêvais de prêcher la fin »

Cette idée de rêverie est à mettre en parallèle avec celle de cheminement et d’errance dont nous venons de parler. Laforgue est à la recherche d’une poésie qui du point de vue formel évoque le rêve. Les Complaintes, qu’il s’est finalement décidé à publier, seraient le résultat de cette quête onirique. Essayons de définir plus précisément cette écriture de la rêverie.

Du point de vue du style, nous avons dit précédemment (voir article sur la Décadence) que Laforgue et les décadents procédaient par évocations, par petites touches successives, par annotations. Cette succession d’impressions peut être interprétée comme la mise en écriture du rêve. On évoque plus qu’on ne décrit. Voir à ce sujet l’évocation de Paris dans les Préludes v. 19-24 : elle commence par une exclamation dont le substantif est dépourvu d’article (donc d’actualisation dans le discours) : « Cathédrale anonyme ! » ; puis suit une énumération :

« (…) avec son bourgeois de Jourdain
A rêveurs ; ses vitraux fardés, ses vieux dimanches
Dans les quartiers tannés où regardent des branches
Par-dessus les murs des pensionnats,… »

Ce style énumératif est encore plus marqué aux vers 57-60 :

« Martyres, croix de l’Art, formules, fugues douces,
Babels d’or où le vent soigne de bonnes mousses ;
Mondes vivotant, vaguement étiquetés
De livres, sous la céleste Eternullité : »

L’asyndète est ici significative de ce que le poète appelle des « bouts de rêverie sans suite » (voir plus haut).

Le rêve est du domaine de l’inconscient. Le mot revient plusieurs fois sous la plume de Laforgue (avec souvent une majuscule). La première complainte du recueil lui est même consacrée : Complainte propitiatoire à l’Inconscient. Ce qui veut dire que l’Inconscient joue le rôle de muse (d’où la place stratégique de cette complainte qui est la 1ère du recueil). Dans les Préludes, il est en majuscule et à la rime du vers 104 :

( …) Moi, ma trêve, confiant,
Je la veux cuver au sein de l’INCONSCIENT. »

L’inconscient est pris comme principe d’écriture. Le mot est nouveau (1880). Laforgue l’utilise pour souligner la distance qu’il établit entre ses œuvres précédentes et le présent recueil, mais aussi pour montrer les différents aspects d’un moi qui se met en scène et d’une identité qui se multiplie.

II/ Les voix du poète

1) Mise en scène du Je du poète et éclatement du moi ;

2) Du je au tu : dialogue fictif avec soi-même et auto-dérision ;

III/ Le statut autobiographique des Préludes

Il pose problème :

1) Le statut du texte qui n’est pas un récit mais un poème ;

2) Il y a bien des références spatio-temporelles mais elles sont vagues ;

3) Le locuteur n’est pas unique : absence d’autorité auctoriale ;
3) Vers une autre définition de l’autobiographie : pour Laforgue, la parole autobiographique est une parole poétique qui se donne à voir et donne à voir son histoire (cheminement esthétique) ;

4) Caractère fictionnel de l’autobiographique.