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Lettres à M. de Helvétius de VOLTAIRE

samedi 9 novembre 2002

Lettres à Monsieur de Helvétius

La deuxième séance est donc consacrée au texte de Voltaire et la lecture analytique aura été préparée à la maison, à l’aide des questions suivantes : (Ces questions sont celles du manuel Des textes à l’œuvre chez Hachette) :

-  Quel tableau de la France Voltaire donne-t-il ici ? Quel est l’intérêt de la comparaison avec l’Angleterre ?

-  Que nous apprend cette lettre sur la vie intellectuelle du XVIIIème siècle et sur la tactique de Voltaire ?

-  Comment cette lettre qualifie les philosophes et leurs ennemis ?

-  Quelle relation établit Voltaire avec son correspondant ?

La première question permet de comprendre que la France vit sous le joug de la censure,
Notamment vis-à-vis des écrivains qui ne peuvent s’exprimer librement, au risque se faire « donne(r) sur les doigts » et cette censure semble bien s’aggraver puisqu’elle »gagne tous les jours du terrain ». Mais les philosophes affirment leur combat puisque Voltaire déclare « il arrivera en France… ce qui est arrivé en Angleterre » l’Angleterre est effectivement le pays qui donne espoir aux philosophes français puisqu’elle possède une monarchie parlementaire différente de la monarchie absolutiste de la France.

Ce régime politique montrait plus de libertés ; c’est par une réflexion humoristique que Voltaire en vient à dire que par la force de l’habitude qui conduit les français à adopter les inventions anglaises, nous adopterons aussi leur « liberté de penser et leur profond mépris pour les fadaises de l’école » ce qui implicitement dénonce le système éducatif également. La France semble divisée en « sots » ou « fripons » et un « petit nombre de penseurs » et dans la mesure où celui-ci « se fera respecter », Voltaire place les philosophes dans le camp des gens raisonnables et raisonneurs. On perçoit aussi la cabale contre les philosophes mais le travail des philosophes semble bien être la dénonciation systématique de ces détracteurs puisque la pièce de Palinot, comédie satirique contre les philosophes « est déjà tombée dans l’oubli ». Une des tactiques des philosophes est bien de ridiculiser les détracteurs et l’union des philosophes fait leur force puisqu’à plusieurs reprises Voltaire met l’accent sur cette stratégie avec « les gens de bien seront unis », « le lien de la concorde des êtres pensants », « réunir les gens de lettres » et il assure son correspondant à la fin de sa lettre de son « estime » et « amitié » qui marquent sa solidarité.

On a compris que les philosophes sont, sinon persécutés, mis à l’index et surveillés et que le philosophe cherche à être reconnu par tous y compris, le monarque. Ils se présentent comme les dignes représentants de « l’amour de la patrie » alors que dans un parallélisme Voltaire montre en face de ces hommes vertueux et altruistes des « fanatiques » porteurs de « trouble ».

Les mots ont tout leur poids puisque Voltaire préconise de ne « point donner prise par des paroles dont (« ces misérables ») puissent abuser » ; on comprend ainsi que les auteurs de l’époque prennent toutes les précautions utiles pour ne pas subir la censure. Si les mots sont importants, les « mains invisibles » et un « nom » qui n’est pas exposé « aux censures des fripons » rappellent tous ces ouvrages du XVIIIème parus avec pseudonymes ou sans auteurs ou encore des partions éditées à l’étranger. On voit apparaître ici des tactiques différentes pour l’édition elle-même d’ouvrages subversifs.

Les philosophes de ce siècle semblent donner eux-mêmes une définition de leur mouvement avec l’objectif de répandre « la lumière de proche en proche » et la raison et la vertu sont bien les mots d’ordre de cette pensée. L’utile et l’agréable déjà préconisés au XVIIème siècle réapparaissent dans ce texte avec « Vivez gaiement, travaillez utilement ». Par la citation latine, Voltaire appelle à un engagement total.

Ainsi, les philosophes en appellent à la solidarité pour lutter contre une société qui stagne dans les préjugés et l’intolérance. Mais Voltaire traite avec désinvolture tous les détracteurs tels que les Jésuites ou les opposants du progrès. La tactique mise en place relève de la dissimulation et de la prudence sans pour autant taire ce qu’il y a à dire, en utilisant l’humour, l’ironie, la satire, le pamphlet afin de ridiculiser une société qui ne se remet pas en question.