Navigation rapide

Accueil > Collège & lycée > Langues étrangères > Français langue étrangère > Compréhension : Vers le conte... pas à pas > Lire une description de lieu : LA NUIT

Lire une description de lieu : LA NUIT

2002

Extrait de LA NUIT de Maupassant.

Tout était clair dans l’air léger, depuis les planètes jusqu’aux becs de gaz. Tant de feux brillaient là-haut et dans la ville que les ténèbres en semblaient lumineuses. Les nuits luisantes sont plus joyeuses que les grands jours de soleil.
Sur le boulevard, les cafés flamboyaient ; on riait, on passait, on buvait. J’entrai au théâtre, quelques instants, dans quel théâtre ? je ne sais plus. Il y faisait si clair que cela m’attrista et je ressortis le cœur un peu assombri par ce choc de lumière brutale sur les ors du balcon, par le scintillement factice du lustre énorme de cristal, par la barrière du feu de la rampe, par la mélancolie de cette clarté fausse et crue. Je gagnai les Champs-Élysées ou les cafés-concerts semblaient des foyers d’incendie dans les feuillages. Les marronniers frottés de lumière jaune avaient l’air peints, un air d’arbres phosphorescents. Et les globes électriques, pareils à des lunes éclatantes et pâles, à des oeufs de lune tombés du ciel, à des perles monstrueuses, vivantes, faisaient pâlir sous leur clarté nacrée, mystérieuse et royale, les filets de gaz, de vilain gaz sale, et les guirlandes de verres de couleur.
Je m’arrêtai sous l’Arc de Triomphe pour regarder l’avenue, la longue et admirable avenue étoilée, allant vers Paris entre deux lignes de feux, et les astres ! Les astres là-haut, les astres inconnus jetés au hasard dans l’immensité où ils dessinent ces figures bizarres, qui font tant rêver, qui font tant songer.
J’entrai dans le bois de Boulogne et j’y restai longtemps, longtemps. Un frisson singulier m’avait saisi, une émotion imprévue et puissante, une exaltation de ma pensée qui touchait à la folie.
Je marchai longtemps, longtemps. Puis je revins.
Quelle heure était-il quand je repassai sous l’Arc de Triomphe ? Je ne sais pas. La ville s’endormait, et des nuages, de gros nuages noirs s’étendaient lentement sur le ciel.

Guide pour la compréhension : l

1- Relever et définir tous les termes qui décrivent le paysage urbain.

Il est possible de faire dessiner le lieu décrit en collaboration avec le professeur d’arts plastiques de l’établissement.

2- Résumer à l’oral le parcours du narrateur. Relever les noms de lieu, préciser ce que l’auteur y fait et quelles émotions il ressent.

Cela permet de mémoriser le texte ! Les autres élèves apportent leur aide en fouillant dans le texte.

3- Relever les champs lexicaux de l’ombre et de la lumière. Définir ces mots si besoin est, les comparer avec d’autres mots du même thème vus dans d’autres textes. En chercher des synonymes, comparer les nuances de sens.

4- Montrer comment le vocabulaire fait naître une ambiance inquiétante.

Le travail de compréhension est ici au service de l’interprétation du texte.

5- Etude de la métaphore filée des globes électriques comparés à des lunes.

Peut aider à introduire un groupement de textes poétiques.

Aide à la traduction

Version anglaise

THE NIGHT

Everything was distinct in the buoyant air, from the planets down to the gaslights. So great was the fiery brilliance up above and in the town that the shadows themselves took on a glow. Gleaming nights are more joyous than long, sunny days.
On the boulevard the cafés were flickering. People laughed, passed by, ordered drinks. I went inside the theater for a few moments. Which theater ? I do not know anymore. The light was so bright inside, it made me unhappy, and I went back out with my spirits depressed by that shock of brutal lighting bouncing off the gilt edges of the balcony, by the artificial glitter of the enormous luster of crystal, by the wall of lights along the ramp, by the gloom of this false, garish clarity. I made it to the Champs-Elysées, where the music cafés seemed like roaring fireplaces amid the foliage. The chestnut trees looked painted, smeared with yellow light, like phosphorescent trees. And just like pale, shining moons, like lunar eggs fallen from the sky, like vibrant, monster pearls with their sea-shell clarity, mysterious and regal, the electric glass fixtures made the gas lines pale by comparison, the conduits of dirty gas as well as the garlands of colored glass. I stopped under the Arch of Triumph to look at the avenue, the long, admirable, starry avenue, going to the heart of Paris between two lines of flame, and the stars ! The stars up there, the unknown stars, scattered only by chance around the deep void, where they take on peculiar shapes, which fill us with so much reverie, which provoke us to dream.
I entered the Bois de Boulogne and stayed there a long while, very long. Then I was seized by a singular chill, an unforeseen and powerful emotion, an epiphany of thoughts which bordered on madness.
I walked around a long time, a very long time. Then I came back.
What time was it when I passed back under the Arch of Triumph ? I do not know. The city had fallen asleep, and clouds, large, black clouds slowly spread out over the sky.