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Monsieur Personne de Joanna Concejo

samedi 10 mai 2008

Publié aux éditions du ROUERGUE en 2008.

Dans un univers gris, aux traits esquissés comme des croquis, vit Monsieur Personne. On pourrait croire qu’il ressemble à tout le monde. D’ailleurs, personne ne le remarque. Son quartier ressemble à tous les quartiers ; le ciel y est gris et les murs aussi. Monsieur Personne est gris lui aussi mais le lecteur attentif aux illustrations de Joanna Concejo remarque bientôt tout autre chose. Ainsi, la vapeur qui s’échappe de sa tasse de thé ressemble à des nuages ; quelques touches de couleur par-ci par-là sèment le doute sur le personnage. Qui est Monsieur Personne ? Il passe de longues heures derrière sa fenêtre nous dit-on. Que regarde-t-il ? Sûrement pas la foule des badauds qui lui tournent le dos, sauf un enfant ! Cette foule est représentée par des personnages grisés qui ont au-dessus de leur tête un petit nuage pluvieux. Peut-être ont-ils la tête dans les nuages, peut-être se confondent-ils avec le gris du temps, le gris de la ville dans ce monde où les couleurs ont disparu. C’est pourtant dans ce monde que la poésie de l’album va surgir. Tout d’abord dans ces dessins authentiques où nous avons parfois l’impression de surprendre l’artiste en plein travail. Le mélange du gris, du beige laisse poindre peu à peu les couleurs audacieuses d’une nature qui cherche sa place et finit par la trouver dans les fleurs, les légumes du marché et dans ces feuilles qui donnent aux illustrations des allures d’herbier. Le lecteur est ainsi surpris de rencontrer un échantillon de valériane scotché en dernière page ou encore une feuille verte collée à la fin du livre…

Monsieur Personne a un secret. Mais pour le découvrir il faut lire le livre ! Je dirais juste que ce secret est empreint de poésie...

Monsieur Personne de Joanna Concejo est un album qui doit figurer dans les bibliothèques des écoles et même dans les bibliothèques des grands, à la fois pour ses accents poétiques et philosophiques sur la vie mais aussi pour l’art avec lequel l’auteur réalise ses illustrations.

Il serait intéressant d’entrer dans l’album avec une classe en montrant l’illustration dans laquelle Monsieur Personne arrose sa plante. Le dessin est surréaliste. Nous ne voyons que le haut du visage de Monsieur Personne, l’arrosoir est sur sa tête et des gouttes d’eau s’en échappent pour tenter de rejoindre une plante qui surgit d’une table de nuit. Cette plante est comme plaquée sur un papier beige, une feuille d’herbier, certainement...

L’enseignant pourrait demander à ses élèves ce qu’ils voient dans cette image, comment ils l’interprètent et il noterait leurs remarques sur une grande feuille en dictée à l’adulte. Celle-ci sera ressortie plus tard pour mieux analyser l’album, pour mieux resituer l’illustration dans ce que nous savons désormais de l’histoire. Cela pourrait aussi donner lieu par la suite un travail d’écriture, comme la rédaction d’un poème aux accents surréalistes à l’image de cet album.

Le texte n’est pas difficile à comprendre. En revanche, il suscite de nombreuses interrogations : quel est notre rapport aux autres, quelle place avons-nous dans la ville, savons-nous laisser une part de magie et de poésie dans notre vie ? Ces questions pourront donner lieu à des séances de débat en collectif. En binôme, les élèves réfléchiront à ces questions et noteront leurs idées. Cet écrit intermédiaire servira de support au débat collectif.

Au cours des séances d’arts plastiques, les élèves pourront aussi illustrer leurs idées. Pour rester dans l’ambiance de l’album, on travaillera le croquis au crayon noir. Dans l’album de Joanna Concejo, ce sont surtout les objets du quotidien qui sont croqués. C’est sans doute parce que Monsieur Personne sait dépasser le quotidien et n’y entre pas vraiment. Les plantes en revanche sont beaucoup plus détaillées et colorées. Il sera possible également d’en faire sécher pour les intégrer aux dessins des élèves. Leurs oeuvres ensuite seront valorisées en étant exposées dans les murs de l’école.

Ce magnifique album hésite entre l’herbier, la poésie et le conte. Il n’est pas la peine de choisir. Le mieux est encore de se laisser porter par le texte, les illustrations et toute la magie qui s’en échappe.