Accueil > Collège & lycée > Le français en Première > Le Siècle des Lumières > Présentation de la séquence

Présentation de la séquence

samedi 9 novembre 2002

Les références aux textes renvoient à l’édition du manuel Des textes à l’œuvres chez hachette Education, 2001.

Le siècle des Lumières est souvent associé au combat et en particulier au combat des philosophes. Il est aussi synonyme d’élargissement des connaissances : l’Encyclopédie, est une des œuvres majeures et nouvelles de ce siècle, à laquelle participe un grand nombre d’auteurs, ce qui est bien la preuve d’un engagement pluriel.

Si les humanistes sont à la source de notre modernité, les philosophes des Lumières ont fondé notre idéal moral et notre politique moderne en définissant les principes et valeurs qui forment aujourd’hui les fondements de notre société démocratique.

Le philosophe des Lumières est un écrivain qui reprend et enrichit l’idéal classique de l’honnête homme mais qui se donne pour mission d’éclairer et de convaincre le public cultivé, sans le choquer et même en l’amusant, d’où l’utilisation alors de tactiques et de formes d’écriture qui font une large place à la fantaisie, à la fiction, à l’humour, à l’ironie, au dialogue. Dans ce combat pour des valeurs nouvelles, tout écrit devient une arme et même la neutralité affichée d’un dictionnaire peut être l’occasion d’une contestation subtile.

Nous choisissons de réfléchir aux enjeux du combat philosophique des Lumières à partir des extraits suivants :

-  La lettre 85 des Lettres persanes (1721) de Montesquieu, roman épistolaire dans lequel l’auteur critique la société française à travers le regard étranger (p.222) ;

-  l’article « Presse » de Louis de Jaucourt de l’Encyclopédie (1751-1772) (p.248) ;

-  la Lettre à M. Helvétius (1763) de Voltaire et enfin l’article « Autorité politique » (1751-1772) de Diderot de l’Encyclopédie (1751-1772) (p.225) ;

-  Article Autorité politique de Denis Diderot (p.240) dans l’Encyclopédie.

Le choix de ce groupement est motivé par la présence bien évidemment des philosophes des Lumières qui couvre un bon demi-siècle mais surtout par des formes et des discours bien spécifiques ; des lettres authentique pour Voltaire, fictive pour Montesquieu et deux articles de Louis de Jaucourt et Diderot, tirés de l’Encyclopédie. Ces quatre textes revendiquent la tolérance en matière de religion pour Montesquieu, la liberté de presse pour L. de Jaucourt, la liberté d’expression pour Voltaire et le refus du despotisme pour Diderot.

Pour bâtir sa séquence didactique, le professeur aura à sa disposition principalement l’ouvrage de Dupron : Qu’est-ce que les Lumières ? (édition Folio Essai) pour une bonne approche de ce mouvement littéraire et Les textes argumentatifs d’A. Boissinot, ouvrage qui présente justement une grille argumentative pour l’étude d’un article de Voltaire.

Présentons chaque extrait plus précisément :

Montesquieu dans une fiction persane expose « le dessein » de mettre hors du royaume tous les « infidèles », projet qui n’a pas été mis à exécution mais il développe alors les conséquences désastreuses d’un tel acte qui ruinerait en fait l’industrie et l’agriculture du pays. Il montre ensuite l’intérêt de multiples religions et met en évidence les dangers de l’intolérance.

Louis de Jaucourt, dans son article, au lieu de décrire ou d’expliquer le mot « presse », information qu’on attend de ce genre, il défend la liberté de la presse en annulant toutes les peurs que celle-ci suscite et révèle ses bienfaits.

Voltaire, dans une lettre authentique à M. Helvétius, autre philosophe, encourage celui-ci à affirmer ses idées au nom « de la raison et de la vertu » et met en évidence le combat des philosophes et leur implication dans la société mais dénonce aussi la mauvaise foi des détracteurs.

Diderot, dans son article, tout comme Louis de Jaucourt, ne décrit pas l’autorité politique mais la conteste totalement et avance dès le début un concept contraire : la liberté.

La problématique littéraire et didactique sui constituera l’axe d’étude de ce groupement sera donc la suivante : dans quelle mesure la situation d’énonciation particulière à chaque texte permet-elle le combat des Lumières ?

Il s’agira de montrer aux élèves que chaque fois que l’auteur utilise un genre comme le roman épistolaire avec le prétexte de lettres trouvées inopinément ou la forme d’articles destinés à l’Encyclopédie, à caractère didactique et informatif, donc neutre, il détourne leur vocation première pour opérer une contestation subtile et argumente en faveur des idées qu’il défend au risque (ou pour le plaisir !) de ne pas répondre à la définition principale du genre ou de la forme. La lettre authentique de Voltaire est le prétexte non seulement d’encourager M. Helvétius à persévérer dans son combat mais surtout celui de dénoncer la situation d’une société qui refuse la liberté d’expression et stagne dans l’obscurantisme et le despotisme.

Cette séquence didactique sur le siècle des Lumières s’appuiera sur les prérequis suivants :

On s’attend à ce qu’un élève de 1ère ait étudié en 2nde l’argumentation et les effets sur les destinataires et dans une approche littéraire, les genres et les registres, en particulier le polémique. Il faudra que les élèves aient en tête plusieurs distinctions : les conditions de la production qui prend toute son importance dans ce siècle de contestation, la situation d’énonciation avec celui qui émet le message, sa présence ou non dans le texte, la manière dont il prend à son compte ou non le contenu de l’énoncé ainsi que les circonstances (temps, lieux, motivation, occasion, intentions,…) puisque les auteurs utilisent la littérature pour convaincre leurs destinataires.

-  les marques de l’énonciation avec, entre autres, les modalisateurs, les connotations valorisantes ou dévalorisantes qui marquent la présence des locuteurs ou non dans un texte argumentatif ;

-  les registres comme l’ironie puisque Voltaire sur un ton désinvolte critique ses détracteurs ;

-  le et/ou les destinataires puisque ces textes s’adressent à un large public pour les articles (les philosophes et le public cultivé), à un correspondant réel ou fictif pour les lettres mais également aux lecteurs ;

-  l’explicite et l’implicite ; l’article se veut informatif mais il a également une fonction conative alors que par définition, il devrait essentiellement avoir une fonction métalinguistique ;

-  Le discours à une seule voix donnant un seul point de vus pour les articles de Diderot et Jaucourt ou donnant des points de vue mêlés dans les lettres de Voltaire et Montesquieu.

Devant ces prérequis qui relèvent de la classe de 2nde et l’étude d’un mouvement littéraire et culturel français et européen étant souvent le premier objet d’étude abordé, nous situerons cette séquence en début d’année de 1ère. Par ailleurs, le mouvement littéraire nous semble être un bon point d’ancrage pour la classe de 1ère puisque ce groupement présente des lettres qui seront étudiées ultérieurement pour l’épistolaire et le texte argumentatif sera à nouveau vu pour le prochain objet d’étude « convaincre, persuader et délibérer… »

L’ordre d’étude que nous donnerons à ce groupement ne sera pas chronologique ; en effet, suivant une perspective littéraire qui met tout d’abord un mouvement littéraire européen qui va de la définition même des philosophes en passant par la dénonciation de ces même écrivains jusqu’à la défense des idées en construisant rigoureusement un texte subversif, nous envisageons pour ce faire d’aborder la lettre de Voltaire qui dénonce l’existence et le droit d’écrire en premier lieu. Cette lettre authentique nous amènera à étudier la lettre fictive de Montesquieu qui dénonce l’intolérance. Dans un deuxième temps, nous travaillerons sur l’article de L. de Jaucourt qui mettra en exergue l’utilisation détournée des philosophes de l’Encyclopédie et enfin nous aborderons Diderot qui dans un nouvel article non seulement n’informe pas de l’autorité politique mais la réfute totalement pour définir une autre notion ; la liberté.

Nous consacrerons une heure à la confrontation de tous les textes pour relever les thèmes développés ou valeurs défendues et les réalités de l’époque pour situer d’ores et déjà le siècle des Lumières et ses prérogatives, une heure à Voltaire et une heure à Montesquieu qui permettront de définir le philosophe des Lumières et le combat de ces écrivains, puis une heure à L. de Jaucourt et deux heures à Diderot (ultime séance à l’intérieur de laquelle on pourra observer un texte très offensif qui contribue largement à la mise en place de nouveaux rapports sociaux et appelle à la naissance d’authentiques contre-pouvoirs face à la monarchie absolue).

L’exercice d’évaluation finale portera sur un passage de l’article de Diderot et prendra la forme d’un commentaire littéraire et la séance prendra deux heures. Donc, en tout, la séquence didactique nécessitera huit heures, sans compter la séance de rendu et correction du devoir.