Navigation rapide

Accueil > Collège & lycée > Langues étrangères > Français langue étrangère > Le français en Océanie > Présentation des langues wallisienne et futunienne

Wallis-et-Futuna, en quelles langues parlez-vous donc ?

Présentation des langues wallisienne et futunienne

mai 2004

Directrice de recherche au CNRS, Professeur à l’université du Pacifique, Claire Moyse-Faurie présente ici deux langues parlées sur deux territoires français du Pacifique , les îles d’Uvéa (nom originel de Wallis) et Futuna, et en Nouvelle-Calédonie où les communautés wallisienne et futunienne sont nombreuses. Enseigner le français à Wallis et Futuna, comme ailleurs dans le Pacifique, nécessite de s’intéresser aux langues vernaculaires. Cet article peut y aider.
Pour plus de précision, on consultera avec profit :
Grammaire du futunien, collection université, coédité par le CDP de Nouvelle-Calédonie et le Service des Affaires Culturelles de Futuna.

Les langues de Wallis et Futuna

Situation à Wallis et à Futuna.

« Une île, une langue » semble définir la Polynésie, en opposition à l’extrême diversification linguistique de la Mélanésie voisine. Ainsi, à Wallis, comme à Futuna, une seule « langue régionale » est parlée : le futunien à Futuna et le wallisien à Wallis. La population est, elle aussi, très homogène : 87% des habitants de Wallis et Futuna sont nés sur le territoire. La quasi-totalité de la population est française (seulement 0,3% d’étrangers). Les Métropolitains, plus nombreux à Wallis qu’à Futuna, ne restent généralement que quelques années sur le territoire. Les premiers missionnaires, arrivés en 1837, ont assez vite converti au catholicisme l’ensemble de la population, qui demeure très pratiquante. L’enseignement maternel et élémentaire est entièrement géré par la Direction de l’Enseignement Catholique (DEC) avec du personnel enseignant quasi-exclusivement wallisien ou futunien. Par contre, les collèges et le lycée relèvent de l’enseignement public, avec, à l’inverse, très peu d’enseignants locaux.

Les deux langues, wallisien à Wallis, futunien à Futuna, sont parlées quotidiennement par l’ensemble de la population d’origine polynésienne. Peu d’Européens ont appris ces langues, pourtant faciles à prononcer : seules trois consonnes n’existent pas en français, la consonne glottale [Q] notée dans la graphie par une apostrophe, la nasale vélaire [N] notée par la lettre « g »,et le « h » fortement aspiré. Une bonne partie des Wallisiens et des Futuniens comprennent et parlent le français, même si, parmi ceux qui n’ont pas d’emploi rémunéré ou qui ont quitté tôt l’école, beaucoup n’en ont qu’un usage épisodique et restreint. Les échanges entre « Métropolitains » et « Locaux » se font toujours en français.
Depuis quelques années, un enseignement de wallisien à Wallis, de futunien à Futuna, a été mise en place dans les collèges, à raison d’une heure hebdomadaire. Malheureusement, il n’existe pas encore de documents pédagogiques pour étayer cet enseignement. A l’instigation de la Direction de l’Enseignement Catholique, une cellule de réflexion fonctionne depuis deux ans autour de l’introduction des langues maternelles à l’école. Cinq classes pilotes de maternelle (3 à Wallis, 2 à Futuna) accueillent les enfants dans leur langue maternelle. La DEC aimerait poursuivre cette expérience en classe préparatoire, mais le Vice-Rectorat est encore assez réticent à ce projet. Il conviendrait d’élaborer de toute urgence du matériel pédagogique adéquat.
A Wallis comme à Futuna, coutume traditionnelle et religion se sont fortement interpénétrées. Le pouvoir religieux, avec à sa tête un évêque, imprègne autant la vie quotidienne que le pouvoir coutumier, représenté par un roi (Lavelua) à Wallis et par deux rois à Futuna (Keletaona dans le royaume de Sigave, Tu’i Agaifo dans celui d’Alo). Les cérémonies d’intronisation, qu’elles soient religieuses ou coutumières, comportent toujours deux phases : la distribution du kava et la messe. Le fait que l’enseignement catholique soit à l’initiative d’une enseignement en langue vernaculaire va de pair avec le désir de « renaissance » culturelle prônée par les acteurs coutumiers, religieux et politiques. C’est à la demande de l’Assemblée territoriale et des deux Associations socio-culturelles que des études anthropologiques, linguistiques et archéologiques ont été menés ces quinze dernières années. Si beaucoup reste à faire en matière d’enseignement, il existe des documents de qualité dans ces diverses disciplines, qu’il faudrait à présent rendre accessible à tous.
La chance de ce territoire est d’avoir une population homogène et peu nombreuse et un corps enseignant dans le primaire de même langue vernaculaire que les élèves ; d’autre part, l’absence de colonisation foncière et de revendication autonomiste rendent la collaboration entre les acteurs locaux et la métropole plus sereine qu’en Nouvelle-Calédonie ou en Polynésie française.

Situation en Nouvelle-Calédonie.

Les années 1960-70 dites du « boom du nickel » ont vu une forte immigration de Wallisiens et de Futuniens en direction de la Nouvelle-Calédonie. Si quelques « retours au pays » ont eu lieu après dans les années 1990, la grande majorité de Wallisiens et de Futuniens sont restés en Nouvelle-Calédonie, de telle sorte qu’il y en a à présent plus en Nouvelle-Calédonie (environ 17 500) que dans le territoire de Wallis et Futuna. La situation linguistique, et politique, de ces migrants est évidemment beaucoup plus complexes que dans leur territoire d’origine. D’une part, bien que les regroupements par ethnies soient fréquents, ils se trouvent en contact, et linguistiquement en concurrence avec la population kanak et un nombre important d’Européens. D’autre part, leur situation « d’immigrés » rend délicate toute revendication culturelle. Récemment cependant, l’affiliation au sein du FLNKS du groupe politique « Union Océanienne », composéde Walllisiens et de Futuniens, a permis le rapprochement entre les communautés kanak et wallisienne/futunienne et laisse entrevoir une possibilité de reconnaissance culturelle wallisienne/futunienne en Nouvelle-Calédonie.

Classification linguistique

Le futunien et le wallisien appartiennent à la branche océanienne de la grande famille des langues austronésiennes, plus précisément au sous-groupe polynésien. Les langues polynésiennes se répartissent en deux branches : la branche tongique, à laquelle appartiennent le tongien et le niue ; la branche du proto-polynésien nucléaire, qui regroupe toutes les autres langues polynésiennes. Le futunien et le wallisien sont ainsi classées dans le même sous-groupe que le samoan, le tokelau, et l’ensemble des langues polynésiennes oritentales (tahitien, marquisien, maori, hawaïen, etc.).
Dès 1708, le philologue Hadrian Reland a pu mettre en évidence la parenté linguistique entre le futunien, le malais et le malgache, à partir d’une liste de mots recueillis en 1616 par le navigateur hollandais Le Maire, d’où l’ancienne classification "malayo-polynésienne", qui excluait à l’époque les langues mélanésiennes.
Le rattachement du wallisien au sous-groupe polynésien nucléaire a longtemps été controversé. En effet, le wallisien a subi pendant plusieurs siècles une forte influence du tongien, suite aux invasions tongiennes aux alentours du XVème siècle à Wallis. Les emprunts au tongien, tant lexicaux que grammaticaux, quoique manifestes, n’impliquent cependant pas de classer le wallisien avec le tongien.

Phonologie
Les langues polynésiennes se caractérisent principalement par un faible nombre de phonèmes,
Le futunien compte onze consonnes (f, g [N], k, l, m, n, p, s, t, v et la glottale [Q] notée par une apostrophe), le wallisien en possède une douzième, le "h". Les deux langues ont cinq voyelles : a, e (prononcée "é"), i, o, u (prononcée toujours comme le digraphe français "ou"), qui peuvent être brèves ou longues. La longueur vocalique se note par un tiret suscrit (ä, ë, ï, ö, ü) ou un accent circonflexe. En wallisien, on peut ainsi opposer ma’a "propre" et ma’ä "beau-frère, belle-soeur" ; toto "sang" et tötö "oublier".
La consonne [N] notée g n’existe pas en français, mais se prononce comme les deux dernières lettres du mot anglais "king" ou "song". La glottale se prononce en provoquant une fermeture brutale de la glotte. C’est une consonne à part entière et il est important de la noter, puisqu’elle permet à elle seule de distinguer de nombreux mots, comme par exemple en futunien : va’e "jambe, pied", vae "partager" ; sa’u "ôter", sau "roi".
Le h du wallisien est toujours aspiré, quelle que soit sa position, à l’initiale comme dans hele "couteau", ou entre deux voyelles comme dans uhu "matin".
Chaque voyelle se prononce isolément. Un mot se termine toujours par une voyelle, les successions de voyelles sont fréquentes mais les groupes de consonnes sont interdits. L’accent tonique porte généralement sur l’avant-dernière syllabe du mot, sauf si la dernière syllabe comporte une voyelle longue équivalent à deux mores et emportant alors l’accent.. De plus, en wallisien, l’accent aussi peut se déplacer sur la dernière syllabe pour marquer la définitude. Ce trait est très certainement dû à l’influence du tongien.

Morpho-syntaxe

En wallisien et en futunien, de même que dans l’ensemble des langues polynésiennes, l’opposition verbo-nominale est peu marquée lexicalement ; ceci est dû, d’une part, à l’absence de conjugaison et de déclinaison, et, d’autre part, à la grande polyfonctionalité des lexèmes. Ainsi, dans leur grande majorité, les mots, invariables, peuvent être employés aussi bien comme centre prédicatif de type verbal, ou bien comme nom, ou encore comme déterminant ou comme adverbe, sans changer de forme ; seul le contexte grammatical indique la fonction du mot dans la phrase. Il existe deux types de possession, l’une, proche et objectale, l’autre, éloignée et agentive. La structure actantielle est mixte ; elle est ergative pour une grande majorité des verbes d’action impliquant deux participants, mais elle est accusative avec les verbes de perception, de sentiment ou de communication. La catégorie adjectivale n’existe pas, les verbes pouvant directement qualifier un nom. Le système pronominal est complexe, avec trois distinctions de nombre (singulier, duel, pluriel) et, pour les premières personnes, une distinction inclusif/exclusif. Les adjectifs possessifs s’accordent , comme en français, à la fois avec le possesseur et le possédé, et portent aussi la marque du type de possession, proche ou éloigné.

Lexique

Le wallisien et le futunien ont hérité du proto-polynésien la grande majorité de leur vocabulaire. Les emprunts aux langues européennes se sont moulés dans le système phonologique du wallisien et du futunien, selon des règles de translittération précises : voyelle intercalée entre chaque consonne, ajout d’une voyelle finale, consonne inexistante remplacée par la consonne la plus proche du système emprunteur. Les emprunts se sont faits oralement, et non en référence à l’écrit. Ainsi, les mots anglais "stamp", "ice", "horse" sont devenus en wallisien sitapa, aisi, hösi. On note aussi beaucoup d’emprunts au latin d’église, à partir de leur forme à l’ablatif singulier qui offre l’avantage de se terminer toujours par une voyelle et donc d’entrer aisément dans la structure syllabique wallisienne ou futunienne. Les emprunts au français sont plus récents, mais en constante augmentation. Certains mots ont été empruntés avec leur article comme s’ils formaient un tout : lafeti "(la) fête", lale "(l’)arrêt", lopitali "(l’)hôpital".

Variantes et registres de langue

Comme toute langue, futunien et wallisien présentent des variantes de parler, individuelles ou régionales : variantes entre les royaumes de Sigave et d’Alo, ou, à Wallis, entre les trois districts. Ces variantes permettent éventuellement d’identifier l’origine géographique du locuteur.
Un registre de langue dit "noble", incluant des termes spécifiques et parfois des constructions particulières, est utilisé pour s’adresser (ou en référence) à un roi, à un ministre, ou au Dieu chrétien. Il est beaucoup plus développé à Wallis qu’à Futuna.