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Segalen et Levi-Strauss

novembre 2002

REGARD SUR L’AUTRE HUMANITE - SEGALEN : LES IMMEMORIAUX, LEVI-STRAUSS : TRISTES TROPIQUES

Avec les études approfondies sur la vie des Maoris, Segalen se montre en véritable anthropologue. Ainsi, nous pouvons nous demander si son regard sur l’exotisme est analogue à celui de Lévi-Strauss dans Tristes tropiques.

Dès la première phrase de Tristes Tropiques, Lévi-Strauss provoque tout lecteur qui rêve d’autres horizons : "Je hais les voyages et les explorateurs". Il démystifie ainsi l’exotisme. Ce goût pour l’ailleurs ne prend de sens que parce qu’il s’exerce dans l’ordre de la représentation (images, photographies, livres, conférences). Il s’agit de rapporter à ceux qui sont restés ici une provision d’épices, d’anecdotes et de détails qui les dépaysent et dont la valeur n’a de sens que parce tout cela ne s’est pas passé ici mais ailleurs.

De même que l’ailleurs ne prend de sens que dans le rapport avec l’ici, de même le détour par l’autre permet de mieux situer le soi. Le rapport à l’autre permet de saisir les différences et donc de révéler les qualités du soi. Ainsi, l’autre possède un statut épistémologique de fondement que les auteurs du XVIIIième siècle ont su parfaitement utiliser : Montesquieu et les Persans, Diderot et les Tahitiens. En effet, le rapport aux autres introduit une distance qui dépayse et qui impose un deuil par rapport à soi-même ; cette mise à distance permet une attention aux variations, qui constitue l’essence même de l’anthropologie.

Les Indiens du Brésil usent de leur esprit comme nous, mais c’est seulement le mouvement de va-et-vient entre les cultures qu’accomplit l’ethnologue qui permet d’affirmer que les autres nous ressemblent.

TRISTES TROPIQUES

Pour Lévi-Strauss de la même manière que Segalen, le voyage n’est qu’une illusion, parce que la civilisation occidentale a détruit presque totalement les civilisations.

Le livre s’ouvre sur une sorte d’avertissement. Les récits de voyage nous trompent parce qu’il n’y a plus désormais d’ailleurs, et que l’évasion se révèle impossible. En effet, la puissance conquérante de la civilisation occidentale a transformé le globe : "Ils apportent l’illusion de ce qui n’existe plus et qui devrait être encore pour que nous échappions à l’accablante évidence que 20 000 ans d’histoire sont joués" . Il faut bien comprendre qu’aujourd’hui ailleurs est comme ici ; l’expérience du voyage nous désillusionne.

A la déception peut s’ajouter l’effroi, Lévi-Strauss visite « Le moderne caravansérail construit par le entrepreneurs du culte pour loger les pèlerins : c’est le rest-houst …jamais sans doute-sauf dans les camps de concentration_on n’a confondu à tel point des humains avec de la viande de boucherie ».

L’ensemble du livre exprime la déception et la tristesse « adieu voyage ! ». C’est simplement l’écriture qui va aider l’écrivain à composer stylistiquement cet ailleurs, comme un lieu utopique.