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Soixante-neuf tiroirs de Goran PETROVIC

samedi 3 mai 2003

Soixante-neuf tiroirs de Goran Petrovic _ traduit du serbe par Gojko Lukic et Gabriel Iaculli, aux Editions du Rocher, 2003.

Ce roman envoûtant de Goran Petrovic est à la fois un éloge, une mise en abyme et une allégorie de la lecture. Si la littérature ne cesse d’envahir nos vies, si les nouveaux écrivains foisonnent, rares sont ceux qui vont aussi loin dans la création romanesque. A tel point qu’on en vient à se poser des questions sur nos lectures personnelles et notre manière de lire...

En effet, lire Soixante-neuf tiroirs, c’est entrevoir la possibilité de « circuler dans un texte comme dans tout autre espace » ...

« Mais une chose est sûre, quand elle lit, elle semble ne plus être là. » (p.267)

Quel lecteur n’a pas ressenti cette absence au monde, cette fuite du réel dans la littérature ? Goran Petrovic prend l’expression au pied de la lettre : lire, c’est partir, c’est quitter la réalité.

Cela peut être tragique pour l’entourage du lecteur, comme le constate avec amertume l’un des personnages du roman :

« Il avait tout offert à cette femme, et elle, elle était plus disposée à se donner à un livre qu’à lui. » (p. 111)

Celui qui lit est bien dans un autre monde, et cela lui vaut parfois d’être incompris, de passer pour un original :

« Toujours est-il que Branitza a été déclaré "un peu timbré", du fait qu’il rencontrait prétendument dans ses livres une Anglaise, femme d’un grand propriètaire terrien dans les colonies, qui, à des milliers de milles d’ici, lisait le même livre pendant les longues journées tropicales où son mari s’absentait pour faire le tour de ses plantations de caoutchouc et de thé. Elle lisait le même livre dans le but de "fréquenter" son jeune amant. » (p. 143)

Lire, c’est donc entrer dans de nouveaux espaces, mais des espaces fréquentés par d’autres lecteurs ... C’est exactement ce qui arrive aux personnages de Goran Petrovic. Il y a ceux à qui on donne rendez-vous :

« _ Ecris-moi ce que tu lis et à quel moment, lui a chuchoté sa mère en l’embrassant sur les joues ».

Et ceux que l’on rencontre par hasard : professeurs d’université approfondissant des recherches en littérature, politiques véreux, jeunes filles rêveuses, ...

D’où le risque de tomber amoureux dans « l’espace du texte », dans cette « frontière incertaine » qu’est la littérature. Anastase, l’un des personnages du roman, va même encore plus loin, en écrivant un roman par amour :

« Ca va être un roman avec nous comme seuls personnages. Un gros roman avec un fin heureuse ... »

Ce singulier roman va traverser le temps. Il est le fil d’Ariane de l’œuvre de Petrovic.

A l’originalité du sujet, répond la composition romanesque de l’œuvre. Goran Petrovic invite son lecteur à huit lectures qui forment à elles seules « soixante-neuf tiroirs » s’ouvrant sur « un espace sans fin ». C’est toute la Serbie que nous traversons, d’un bout à l’autre du XXème siècle, à travers le regard et les lectures de personnages originaux et touchants.

Quatrième de couverture

Lire n’est pas une activité douillette et innocente. C’est aussi vivre, parfois dangereusement, comme le montrent les aventures extraordinaires des personnages de ce roman, lecteurs passionnés qui mènent une double vie, circulent entre leur réalité quotidienne et leurs lectures, se rencontrent dans ces deux dimensions.
Ainsi Adam, étudiant en lettres et correcteur intérimaire, se voit confier un travail singulier : remanier, pour le compte d’obscurs clients et pour des raisons qu’il lui faudra élucider, un vieux livre mystérieux. Se plongeant littéralement dans ce texte, il s’aperçoit vite qu’il n’est pas seul. D’autres lecteurs le hantent, parmi lesquels une vieille dame excentrique, un ancien agent d’une section très spéciale des services secrets, une jeune fille au parfum câlin...
L’histoire surprenante que tisse ce roman est un éloge ludique des grands espaces de la lecture sans lesquels certains de nous ne sauraient respirer.

Né en 1961, Goran Petrovic est un des meilleurs écrivains serbes contemporains. Ce roman, qui a obtenu le plus important prix littéraire de son pays en l’an 2000, est sa première oeuvre traduite en français.