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Stendhal, Vie de Henry Brulard (extrait)

dimanche 26 janvier 2003

Stendhal, Vie de Henry Brulard, édition Folio, p. 106-107

Qu’on juge de l’effet de Don Quichotte au milieu d’une si horrible tristesse ! La découverte de ce livre, lu sous le second tilleul de l’allée du côté du parterre dont le terrain s’enfonçait d’un pied, et là je m’asseyais, est la plus grande époque de ma vie.
qui le croirait ? Mon père, me voyant pouffer de rire, venait me gronder, me menaçait de me retirer le livre, ce qu’il fit plusieurs fois, et m’emmenait dans ses champs pour m’expliquer ses projets de réparations (bonifications, amendements.
Troublé dans la lecture de Don Quichotte, je me cachai dans les charmilles, petite salle de verdure à l’extrémité orientale du clos (petit parc), enceinte de murs.

[Dessin]

Je trouvai un Molière avec estampes, les estampes me semblèrent ridicules et je ne compris que L’Avare. Je trouvai les comédies de Destouches et l’une des plus ridicules m’attendrit jusqu’aux larmes. Il y avait une histoire d’amour mêlé de générosité, c’était là mon faible. C’est en vain que je cherche dans ma mémoire le titre de cette comédie inconnue même parmi les comédies inconnues de ce plat diplomate. (…)
Je trouve comme fait établi dans ma tête que dès l’âge de sept ans j’avais résolu de faire des comédies comme Molière. Il n’y a pas dix ans que je me souvenais encore du comment de cette résolution.