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Tartuffe, I, 4 Commentaire

2003

Tartuffe : Acte I, scène 4.

Introduction :

Situation du passage : acte I, c’est l’acte d’exposition, avant-dernière scène. Nous n’avons pas encore vu Tartuffe, ni même Orgon. Que savons-nous de ces personnages ? Tartuffe est un faux dévot, Orgon ne peut s’en séparer et le laisse prendre de plus en plus de pouvoir au sein de sa famille. La situation est grave : le faux dévot, l’imposteur, comme le dit le sous-titre de la pièce est en train de s’immiscer dans une famille, au risque de lui ôter ce qu’elle possède (voir scène 2). Par ailleurs, nous avons vu au dernier cours le tort que les dévots avaient fait à Molière (Querelle du Tartuffe). Pourtant, Molière réussit à rendre comique une situation qui ne l’est pas. Dans cette scène, nous retrouvons les procédés habituels de la comédie moliéresque.

Lecture/mise en scène de la scène 4

Cette scène est intéressante pour plusieurs raisons :

  • sur le plan dramatique : comique, jeu de scène,…
  • d’un point de vue thématique : étude d’un type littéraire et social : le parasite.
  • Et ces deux thèmes mettent en valeur les dimensions tout à la fois comique et sérieuse de cette comédie.

    I/ Les jeux dramatiques : mise en scène de trois personnages

    Les personnages :

    1)L’arrivée d’Orgon

  • Que savions-nous de lui ? voir vers 179-210.
  • Qu’attendions-nous de son arrivée ?
  • Comment apparaît-il sur scène ? ;
  • Quelle impression laisse-t-il au spectateur ?

    Personnage caractérisé par la folie, l’aveuglement et l’illusion sur soi.

    2)La fonction de Cléante

    Nous avons donc là un nouveau portrait de Tartuffe, qui s’adresse cette fois à Orgon. C’est le premier portrait de l’imposteur fait directement à son intention. Le spectateur a déjà eu l’occasion d’entendre différents portraits de ce personnage éponyme.

    Dans cette scène, On sait bien à ce moment de la pièce que deux clans s’opposent. Quels sont-ils ? On a, sur scène, la première tentative du clan adverse pour ouvrir les yeux d’Orgon. Mais surtout, Dorine veut montrer à Cléante l’aveuglement du maître de maison. Quelle est donc l’attitude de Cléante ? A qui peut-on le comparer ? Cléante fait figure de spectateur, c’est pourquoi il ne dit rien tout au long de cette scène. Il écoute attentivement et ne cesse de manifester sa surprise = très important sur le plan dramatique. Le théâtre dans le théâtre

    3)Le rôle de Dorine : Un discours ironique

    Que veut exactement prouver Dorine à Cléante ? Qu’Orgon ne manifeste plus le moindre intérêt à sa famille, et que la présence de Tartuffe dans cette famille ne peut qu’amener un dénouement tragique.
    Quel sujet choisit Dorine pour émouvoir Orgon ? De qui lui parle t-elle ? Le fait qu’il soit déjà question de la femme d’Orgon, pour lui ouvrir les yeux, est un moyen habile de la part du dramaturge, d’annoncer la fameuse scène 6 de l’acte III dans laquelle Tartuffe montre d’autres appétits.

    La scène est construite sur un parallélisme, lequel ?
    Les maux d’Elmire et le bien-être de Tartuffe.

    Nous allons étudier le portrait de Tartuffe. En quels termes Dorine parle-t-elle de lui ? Voyez les vers 233-234. Quels termes qualifient Tartuffe ? Quel jugement indiquent-ils de la part de Dorine ? Quelle image donnent-ils de Tartuffe ?
    Discours satirique : Dorine prête à Tartuffe des caractéristiques physiques exagérées (gros et gras : redondance) qui font de ce personnage l’objet de sa moquerie. Le vers 234 : phrase nominale qui fait de lui une caricature à visée comique.
    En effet, il y a caricature dès qu’il y a exagération comique de certains traits, de certaines caractéristiques d’un personnage. Au cours des répliques suivantes, quelles sont les activités de Tartuffe mentionnées par Dorine ? Tartuffe est dépeint sur le mode prosaïque : le lexique utilisé par Dorine concerne exclusivement la satisfaction des besoins corporels : manger, boire, dormir, voilà à quoi elle résume l’activité du faux dévot.
    Voyez les vers 238-240 : commenter l’emploi de l’adverbe « dévotement ». Il est ironique : c’est ici la figure de l’antiphrase, qui est récurrente dans les propos de Dorine comme nous allons le voir.

    L’antiphrase est une figure par laquelle on veut faire entendre le contraire de ce qu’on dit. L’expression la plus juste, serait dans ce cas « goulûment ». Quels personnages de la pièce emploient ce genre de terme, lié au champ lexical du religieux ? Il y a ironie dans la mesure où la servante utilise le vocabulaire du maître, mais pour le détourner : elle feint de prendre à son compte un discours qui n’est pas le sien, tout en marquant le caractère irrecevable de celui-ci. Ainsi, l’ironie vise ici à faire prendre conscience de l’absurdité de la situation et de la réaction d’Orgon.

    4)Tartuffe : toujours absent de l’espace scènique

    Le parasite : le motif de l’imposture mondaine
    Le parasite
    Quelle image de Tartuffe apparaît dans les répliques de Dorine ? Que fait ce personnage au domicile de la famille d’Orgon ? Motif du parasite, fréquent dans la littérature du XVII Boileau, La Bruyère, La Rochefoucault) et XVIII (voir Le neveu de Rameau de Diderot). Le parasite abuse de ceux qu’il trompe, il ne pense qu’à une seule chose : bien manger, bien dormir.

    II/ Le grand théâtre du monde

    Objectif : montrer que derrière des procédés comiques se cachent une conception sérieuse de l’homme : la comédie comme miroir du monde.

    1)La folie, le comique et le sérieux

    Qu’est-ce qui vous fait rire ?
    Orgon a un comportement étrange. Il n’entend pas ce qu’on lui dit. Molière prend au pied de la lettre l’expression « ne pas entendre raison ». En fait, Dorine n’essaye pas encore de le raisonner, mais elle espère qu’il verra clair dans le discours qu’elle lui tient sur Tartuffe. Orgon a un comportement bizarre. Comment réagit-il au propos tenus par Dorine ? Il n’entend rien, il n’écoute pas Dorine. Folie d’Orgon qui le place d’emblée dans la catégorie des personnages comiques.
    Qu’est-ce que la folie ? Quelle folie est mise en scène par Molière ? C’est celle qui a autant de visage que d’êtres humains. Erasme : « Être fou, c’est proprement être homme ». Molière met en scène des personnages ayant des manies poussées à l’excès, tels que l’avare, le malade imaginaire, le misanthrope, les femmes savantes et chacun de ces personnages croit détenir la vérité et être sage. C’est une des idées du XVIIeme siècle : la plus grande folie, pour l’homme, consiste à se croire sage.

    Faisons un petit tour d’horizon de la folie sur le plan historique. Voyons exactement dans quel courant de pensée se situe Molière :

  • XVIeme siècle : l’homme est fou car il est corrompu, il est en état de péché continuel (point de vue religieux) ;
  • XVIIeme : changement de perspective : est fou celui qui refuse d’écouter le monde et sa raison. Que pensez-vous de cette idée ? La retrouvons-nous dans Tartuffe ?

    Je vous renvoie à la Lettre sur la comédie de l’Imposteur : la norme n’est plus la sagesse de Dieu mais la sagesse du monde. Celui qui refuse d’écouter le monde sombre dans le ridicule.

    Qui, dans cette scène, est du côté de la raison ? Dorine, d’où comique, car c’est une servante qui, comme toutes celles des comédies de Molière a un franc parler résolument comique. Orgon, lui, est celui qui a perdu la raison.

    Mais de quelle raison s’agit-il ? Dans la lettre dont je vous ai parlé, et qui est de Molière, la raison s’apparente à la bienséance et à la convenance. Cette bienséance recommande que l’on soit modéré en toute chose, ce que n’est pas Orgon, qui est excessivement attaché à Tartuffe pour des motifs qui échappent à sa famille. Du côté de Tartuffe, l’idée de bienséance entraîne un certain comique sur ses manières de se tenir à table (peinture en mouvement d’un personnage pris sur le vif par une servante qui sera étudiée en II).

    2)Le comique de répétition : le langage de la folie.

    Analysons ce comique. Pourquoi rions-nous quand il s’écrie le pauvre homme ? En raison du décalage qui existe entre la situation : Tartuffe mange et dort, et le commentaire qu’en fait Orgon (commenter la place et le sens de l’adjectif « pauvre »). La répétition a un effet comique insister ici sur le comique)mais elle est aussi le signe inquiétant d’une confusion de valeurs sur ce qui fait le vrai mérite d’une personne.

    Orgon est un personnage extravagant , il a une image du monde et de lui-même qui est erronée. Ce décalage, cette discordance entre la réalité et le délire d’imagination du personnage se traduit donc sur la scène par un procédé comique : celui de la répétition de l’expression « Le pauvre homme ! ». Cette répétition de l’expression « le pauvre homme » c’est le symbole de l’aveuglement sur soi-même, de l’aveuglement d’un personnage sur l’effet qu’il produit, sur l’image qu’il renvoie. Il n’entend pas vraiment ce que lui dit Dorine : aveuglement mais aussi isolement qui condamne au ridicule, et c’est ce ridicule qui rend la comédie plaisante et fait rire le spectateur.

    CONCLUSION :

    Molière, dans cette scène annonce ce qui motive l’action de Tartuffe ou l’Imposteur : l’attitude d’Orgon face à Tartuffe, son aveuglement et son refus d’y voir clair. Les procédés traditionnels de la comédie sont convoqués : on rit d’un personnage ridicule et de l’effronterie d’une servante dont le discours est caractérisé par une ironie comique : exagération, caractère outrancier de certains propos, l’usage d’une logique aberrante, la contradiction entre certains éléments du discours. Orgon fait figure de pantin, on rit à ses dépends, et Cléante est ici le 1er spectateur de cette mise en scène des ridicules d’un homme.