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Traduction

2006

243 Quant Merlins fu venus a court, assés trouva qui joie li fist, car tout amoient moult sa venue. Quand Merlin fut arrivé à la cour, il rencontra de nombreuses personnes qui lui témoignèrent leur joie, car tous se réjouissaient grandement de son retour. Li rois dist : « Merlin, que ferai jou ? Le roi lui dit : « Merlin, que faire ? » Mi baron me voelent chascun jour blasmer et vont blasmant et honnissent de chou que je ne prenc feme. Mes vassaux se targuent chaque jour de me condamner, ils me font honte et me reprochent de ne pas me marier. Que m’en loés vous ? Que me conseillez-vous ? Car sans vostre conseil n’en feroie jou mie, ains en voel dou tout ouvrer par vostre conseil et en vostre los, aussi comme mes pères. Car je ne ferai rien sans votre conseil, mais je veux tout au contraire agir selon votre avis et avec votre consentement, tout comme mon père le fit jadis. - Sire, fait Merlins, il ont droit se il le vous loent, car il est bien raisons que vous aiiés des ore mais feme. Seigneur, répondit Merlin, il est légitime qu’ils vous conseillent, car il est assurément raisonnable que vous ayez une femme à présent. Mais ore me dites se vous en savés nulle qui vous plaise plus que autre, car si poissans hom comme vous estes doit bien avoir feme a son plaisir. Mais dites-moi sans tarder si vous connaissez une dame qui vous plaise plus qu’une autre, car une homme si puissant que vous doit avoir une épouse.


245. Li rois Leodegans fu moult liés de ceste nouviele, Le roi Léodegan fut très heureux de cette nouvelle
si respondi erraument a Merlin,aussi répondit-il promptement à Merlin ne encore nel connissoit il mie : qu’il n’avait pas encore reconnu : « Diex fache hounour au roi Artus, que Dieu comble d’honneur le roi Arthur car il me fait si grant hounour que je ne l’en osaisse mie requerre car il me fait un honneur bien plus grand que ce que j’oserais jamais réclamer.. Il puet prendre ma fille Il peut épouser ma fille et de moi et de mon roiaume faire toute sa volenté, et disposer de moi et de mon royaume à sa volonté car certes je n’och onques si grant joie de chose que je veisse que jou ai de ceste nouviele. car il est bien vrai que rien ne me causa jamais autant de joie que cette nouvelle. Ma terre li donroie jou, S’il voulait, je lui donnerais ma terre, se il voloit, mais je sai bien qu’il n’en a nul mestier, mais je sais bien qu’il n’en a nullement besoin car, Dieu mierchi, il en a assés d’autre car Dieu merci, il en possède bien d’autres. Mais che que je miex aimme li envoierai jou, Je vais plutôt lui envoyer ce qui m’est le plus cher, chou est ma Table Reonde. c’est-à-dire ma Table Ronde. Mais elle n’i est mie toute, ains s’en faut Mais elle n’est pourtant pas au complet, loin de là. L. chevaliers, qui puis sont mort que li rois Uterpandragons trepassa de cest siècle Cinquante chevaliers sont morts depuis que le roi Uterpandragon n’est plus de ce monde. Et jou en eusse ja mis .L. que jou avoie esleu, Et je les aurais bien remplacés par cinquante autres que j’avais choisis, mais uns preudom hermites me dist que je ne m’en entremesisse ja de metre les .L.. « Pour coi ? fis je. mais un saint homme d’ermite m’a dit de ne plus m’occuper de nommer les cinquante chevaliers.


§ 261 En che qu’il parloient laiens de ceste chose, Pendant (1) que l’on parlait de cette affaire dans la salle de réception es vous (2) un chevalier armé de toutes armeures, voici qu’arrive (3) un chevalier armé de pied en cap (4) et fu montés sur un grant cheval blanc, monté sur un grand cheval blanc et entra en tel manière en mi le palais et qui, ainsi équipé, entre au beau milieu de la salle. Et la ou il voit la damoisiele, si se torne celé part tout ensi montés coume il estoit et la prent par les .II. bras et la monte sour le col de son cheval. Et, tout en restant en selle, il se dirige du côté où il voit la jeune fille, la soulève par les deux bras et la hisse sur le garrot de son cheval Si se desfendoit elle au plus que elle pooit. tandis qu’elle se défendait le plusqu’elle pouvait. Et quant cil l’ot monté en tel manière, Quand il l’eut ainsi fait monter, il se retorne viers l’uis de la sale il fit demi-tour vers la porte de la salle et s’en issi (5) fors (6), et sortit, et puis s’en vait si grant aleure comme il puet traire (7) del destrier puis il s’en alla « de toute la vitesse qu’il put obtenir de son coursier » (8) . Et celé, qui s’en voit porter en tel guise, Et cette jeune personne, se voyant entraîner malgré elle, crie tou¬tes voies cria de toutes ses forces : « Ha ! rois Artus, je sui morte et honnie par l’asseuranche que je avoie en toi et en ton ostel se tu ne fais tant que je soie ostee des mains de cel chevalier ! » « Ah ! roi Arthur, si tu ne fais rien pour m’enlever des mains de ce chevalier, « c’en est fait de ma vie et de mon honneur » (Marcotte) puisque j’avais confiance en toi et en ta maison.

(1) Expression de la concomitance. La locution conjonctive en che que marque la simultanéité entre deux procès « parloient » et « entra ». (voir si « a ce que » est attesté dans l’œuvre). Il s’agit d’une proposition subordonnée circonstancielle de temps.
(2) Note de G. Roussineau : es vous = voici
(3) Utilisation du présent dramatique.
(4) Expression reprise à S. Marcotte.
(5) Issir de : sortir de.
(6) Fors : dehors, à l’extérieur
(7) Traire : obtenir d’un cheval
(8) Traduction de Marcotte.


§ 262 :

Ensi (1) s’en vait li chevaliers qui la damoisiele enporte, Ainsi s’en alla le chevalier qui emporta la jeune fille et celé vait toutes voies criant au roi Artus qu’i la sekeure, tandis que celle-ci criait de toutes ses forces au roi Arthur de la secourir. Et lors dist Merlins as barons de la court Merlin dit alors aux seigneurs de la cour : « O biel signour, ne vous est bien avenu chou que je vous avoie pramis de .III. aventures que je vous dis que chaiens avenroient hui en cest jour ? » Nobles seigneurs, ne vous est-il donc pas arrivé ce que je vous avais promis, à savoir les trois aventures qui se sont produites aujourd’hui même ? Et il dient : « Merlin, qu’en dirons nous ? Et ceux-ci répondirent : que dire de plus, Merlin ? Vous en estes aussi voir disant coume vous estes de vos autres paroles. » Comme à l’accoutumée, vous avez dit vrai. Et Merlins dist maintenant au roi Pellinor : Merlin s’adressa ensuite au roi Pellinor : « Rois, qu’en dirés vous ? Seigneur, qu’en dites-vous ? Iceste daarrainne aventure est vostre a achiever. C’est à vous de mettre un terme à cette dernière aventure. Montés quant il vous plaira et alés apriés le chevalier et ramenés la damoisiele, et si le faites que vous i aiiés hounour. » Montez à cheval quand il vous plaira, poursuivez le chevalier et ramenez la jeune fille, et puissiez-vous en retirer un grand honneur si vous y parvenez. Et il le mierchie moult de cest don et dist que il se metera a la voie au plus tost que il porra. Le roi Pellinor le remercia grandement de cette gratification et déclara qu’il se mettrait en route dès que possible.

(1) : Ensi : ainsi ; note de l’édition de G. Roussineau : ensi, ensi … que, si … que ; par ensi que = de telle sorte que ;


A suivre ...